[LE GÉNIE FRANÇAIS] La formidable expédition scientifique de La Pérouse

On peut retrouver l’histoire de Lapérouse dans une attraction du parc du Puy du Fou.
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L’explorateur héroïque a donné sa vie à la France et à la science

Il a emmené à l’autre bout du monde deux cents marins et une vingtaine de savants, dont le physicien Lamanon, le naturaliste Dufresne, le chirurgien et anthropologue Rollin, des dessinateurs, des astronomes, des botanistes, etc. Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, est né en 1741 à Albi. À 15 ans, il entre à l'école navale de Brest et se trouve une véritable vocation pour la mer. Il s'engage dans la guerre de Sept Ans contre l'Angleterre, où il est blessé et fait prisonnier à 18 ans. Puis il rejoint la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783), toujours contre les Anglais. Envoyé par l’Armée royale de France, il se fait apprécier par une attaque-surprise des Britanniques dans la baie d'Hudson.

Louis XVI lui confie l’expédition dans le Pacifique

Ses grandes qualités humaines sont remarquées, dont sa bravoure et son humanité envers les prisonniers. Il est alors nommé capitaine de vaisseau. Louis XVI en personne le reçoit pour lui confier une grande expédition dans le Pacifique. Il en dessine avec lui les plans et l’itinéraire. Le but étant de rétablir la puissance économique et politique de l’Empire français en allant au-delà des découvertes de James Cook. Le roi souhaitait poursuivre la cartographie de la planète, ouvrir de nouveaux comptoirs commerciaux et de nouvelles routes maritimes autour du monde.

Il faut rappeler que Louis XVI, souvent maltraité par l’histoire de la République, n’est pas juste « un serrurier » mais un véritable ingénieur, passionné par la marine. Il a hérité les qualités de son grand-père Louis XV, amateur de géographie et d’astronomie, et considéré lui-même comme un des princes les plus instruits de son temps. Louis XVI possède une douzaine de cabinets scientifiques privés, avec des maquettes de vaisseaux, et dans lesquels il s'adonne à des expériences d’électricité, de physique et de chimie.

La Boussole et l’Astrolabe prennent le large pour 4 ans

1er août 1785. Jean-François de Lapérouse prend le large à Brest pour quatre ans et 150.000 kilomètres à la conquête du Pacifique, avec deux frégates, la Boussole et l'Astrolabe. Chacune est équipée des instruments d'observation et de navigation les plus perfectionnés, d’une bibliothèque consistante et des animaux prévus comme cadeaux. Nous sommes au siècle des Lumières et de la Science. Lapérouse commande la Boussole et confie l'Astrolabe à son grand ami Paul Antoine de Langle, choisi pour son caractère breton, de cette Bretagne qui nous a donné les meilleurs marins, et pour ses connaissances en sciences.

Après une année de mer sans encombre…

Six mois plus tard, en février 1786, les deux navires franchissent le cap Horn et atteignent la mystérieuse île de Pâques, première étape importante par les échanges curieux avec la population indigène. Les statues monumentales impressionnent l'équipage. Pendant près de trois années, ils parcourent tous les océans du globe : après Hawaï et les îles Sandwich, puis une escale au Chili, ils atteignent les côtes de l’Alaska où ils font face au premier drame (13 juillet 1786). Une étroite entrée d'un bras de mer est repérée. Malgré la réticence de La Pérouse, trois canots s’y aventurent pour faire un repérage hydrographique. L’un d’eux chavire. Puis celui qui veut leur porter secours aussi. En quinze minutes, 6 officiers et 15 hommes d’équipage périssent. L’ensemble de l’expédition est consterné. La Pérouse et Langle espèrent pendant deux semaines retrouver des survivants. En vain. Ils passent ensuite par la Californie, traversent le Pacifique vers Macao, en Chine. Ils poursuivent leur route vers les Philippines et le Japon (un détroit y porte le nom de La Pérouse), la Corée, le Kamtchatka (l'extrême est de la Russie) avant de jeter l'ancre en Australie.

Mauvais pressentiment ? La Pérouse confie ses documents

Au Kamtchatka, La Pérouse décide, comme par prémonition, de confier ses documents (dernières découvertes, journaux, cartes, notes…) à Barthélémy de Lesseps, son traducteur russe de 21 ans, en le chargeant de les emporter à Versailles, à 16.000 km de là. Le commandant de la Boussole se sépare donc d'un travail colossal réalisé en deux ans de navigation et d'exploration. Lesseps aurait préféré continuer l’expédition, il est persuadé que La Pérouse sera à Versailles avant lui. Il voyage durant treize mois, d’abord à traîneau tiré par des chiens ou des rennes, puis en barque. Et arrive enfin à Versailles, le 17 octobre 1788. Il y est présenté au roi et reçu en héros.
Les explorateurs, quant à eux, transmettent régulièrement depuis leurs vaisseaux leurs découvertes par courrier depuis les ports qui ont des liaisons avec les pays européens. Le tout dernier envoi est confié aux Anglais de Botany Bay (l'actuelle Sydney) avant qu’ils n’entament enfin leur voyage de retour. Hélas, ils ne reviendront jamais.

Attaqués par des indigènes

Paul-Antoine de Langle et ses hommes accostent sur l'île Maouna (des Samoa, en Polynésie). Ils ont besoin d’eau potable. Ils attendent, sur leurs chaloupes chargées de barriques d'eau, que la marée soit haute pour rejoindre l’Astrolabe. Arrivés par surprise, des indigènes encerclent et agressent les canots. Paul-Antoine refuse de tirer, la mission doit rester « pacifique », selon les ordres du roi. Mais douze marins sont tués, vingt blessés et Paul-Antoine est achevé à coups de massue. C’est une perte terrible pour La Pérouse, qui confie : « J’ai perdu mon meilleur ami, mon ami de toujours, un homme d’esprit, de jugement et l’un des meilleurs officiers de toutes les marines d’Europe. »

Les drames s’enchaînent

Début 1788, La Pérouse et son équipage quittent l'Australie vers l’est pour l'océan Indien, mais l'Astrolabe et la Boussole s’échoueront à 2.000 kilomètres de là, dans les îles Salomon, par une nuit de tempête, sur les récifs de Vanikoro, au-dessus de la Nouvelle-Calédonie. Vanikoro ne figurait pas encore sur les cartes ! Une centaine d’hommes auraient survécu, réfugiés sur une plage non loin du lieu du naufrage. Mais que sont-ils devenus ? Personne ne le saura jamais. Le mystère ne sera élucidé, en partie, que quarante ans plus tard, par un capitaine britannique, Peter Dillon, qui récupèrera des débris de l'Astrolabe. L’épave sera retrouvée par l’officier explorateur Dumont d’Urville, en 1828 (celui-là même qui découvrira l’Antarctique et la terre Adélie en 1840). Et celle de la Boussole par un plongeur néo-zélandais, en 1962. Le double drame a alimenté des passions et donné lieu à d’incessantes fouilles jusqu’aux années 2000. Louis XVI le premier, s’adressant à un bourreau sur l’échafaud, aurait eu ces mots* avant de mourir : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? » En 2022 a été présenté un projet de reconstruction de la Boussole, confirmé par le président de la République. On peut retrouver l’histoire de La Pérouse dans une attraction du parc du Puy du Fou.

 

*Ses derniers mots en tant que roi étant : « Peuple, je meurs innocent ! Je pardonne aux auteurs de ma mort ! Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France ! »

Picture of Antoine de Quelen
Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Jose Bobo vous qui préférer les Anglais aux Français que pensez vous de la tapisserie de Bayeux qui représente la très belle victoire des Français(Normands) contre les Anglais et graçe à Guillaume le Conquérant devenu roi en Angleterre un Français devenu roi.

  2. Avec cette attraction on chemine à l’intérieur de la coque de l’Astrolabe, balancée par un mouvement de roulis qui fait que par les hublots on voit la mer monter et descendre. Vers la fin de ce parcours l’eau dégouline du plafond et se précipite par les flancs….on est en plein naufrage. Fantastique ! J’ai fait cette attraction deux fois de suite, coup sur coup, tellement c’est fabuleux de vivre ce naufrage avec un tel réalisme. Bravo le Puy du Fou !

    • Absolument. Nous y avons été avec les enfants. C’était formidable. On a eu peur de se faire tremper, mais finalement l’eau passait à côté ! Et surtout, on a sursauté alors qu’on regardait un mannequin assis dans le navire, qui tout d’un coup s’est levé pour venir nous serrer la main !

  3. Le plus remarquable dans cette histoire des explorateurs de l’Océan Pacifique est la différence de réussite entre les Français emmenés par La Pérouse et les Anglais emmenés par le Capitaine James Cook. Ce dernier a tout réussi, même sa mort romantique, mangé par des indigènes après trois voyages d’exploration extraordinaires, tandis que La Pérouse disparut sans laisser de traces dès sa première expédition…
    Le France venait de perdre la Guerre de Sept ans ou s’était joué l’avenir de l’Amérique du Nord contre les Britanniques et avec le voyage de La Pérouse elle échouait à les concurrencer sur toutes les mers du globe…
    Par la suite le RU battra inlassablement la France, capturera Napoléon, construira le plus grand empire de tous les temps et imposera pendant un siècle sa loi et sa langue sur toute la planète… Pour moi l’histoire de La Pérouse et de son échec reste un des plus puissants symboles de la supériorité de l’Angleterre sur la France aux XVIIIe et XIXe siècles…

    • José Bobo, Faut-il êtres si dur avec la France qui prend bien assez de coups comme ça ? Surtout par vos amis qui lui tombent dessus tous les jours ? Il n’empêche que depuis votre fauteuil vous pouvez voir comment ces gens là ont donné leur vie à la science et au roi. On aimerait en dire autant des serviteurs de Macron et de l’oligarchie générale qui à l’inverse pillent la France chaque jour.

      • Je suis passionné d’histoire et lorsque j’ai étudié cette période j’ai été frappé par ce que j’expose dans le commentaire auquel vous répondez. Que cette réalité soit dure pour la France n’est pas la conséquence de ma désaffection pour elle mais tout simplement la manifestation d’une certaine objectivité de ma part… Mais vous avez raison, on peut voir le verre à moitié plein et déclarer que la France fut la première nation du monde, mise à part l’Angleterre qui nous a dominé et à dominé le monde pendant ces deux siècles. Être la deuxième nation du monde ce n’est déjà pas si mal, surtout lorsque l’on sait l’influence qu’a eu la culture française sur la première, l’Angleterre, qui nous est donc très proche quoique étant notre rivale.

  4. Et à Nouméa on peut découvrir une superbe collection exposant les résultats de plongées effectuées par des Calédoniens sur les épaves à Vanikoro.

  5. Ces temps sont révolus hélas.
    LaRepublique est passée par là et les petits hommes sont au pouvoir ( celui de se remplir les poches).

  6. Jean-François de Galaup n’est pas exactement né à Albi mais au domaine familial de Gô alors à 5km d’Albi dans un boucle de Tar (le Tarn pour les ‘Francimans’). Sa famille paternelle comme maternelle (Résséguier) est originaire du Rouergue (que la Révolution a rebaptisé « Aveyron »), notamment de Sauveterre-de-Rouergue. Il était très attaché à sa terre et à notre culture (v. ses lettres)

  7. Des gens instruits et courageux, la Royauté n’engendrait pas le vice, mais plutôt la vertu. Nous pouvons être fier de ces régimes et non l’inverse.

    • La monarchie française absolue était un système d’une injustice insupportable et d’une inefficacité notoire. A la même époque elle se faisait tailler des croupières partout sur la planète par le premier régime moderne quelque peu démocratique. L’Angleterre, qui bien que trois fois moins peuplée et doté de richesses géographiques et naturelles bien moindres a sans cesse battu la France et l’inconséquence de ses rois « de droit divins » qui n’avaient pas un niveau intellectuel et politique pour rivaliser avec le Parlement anglais.

      • Que vous soyez anglophile,cela reste votre affaire.
        Il m’arrive également d’aimer les britanniques,surtout depuis leur »Brexit ».
        Mais de là à déverser des contrevérités sur le fait que l’Angleterre aurait »sans cesse battu la France « me semble un peu hasardeux,de même que le niveau intellectuel des membres du parlement anglais eût-été,d’après-vous,supérieur aux souverains français serait,pour le moins, sujet à caution.
        Les anglais,grâce à leur immense modestie ainsi que l’amour immodéré qu’ils portent à l’endroit de notre pays,n’ont pas besoin de votre aide pour nous cracher dessus.
        Si l’actualité, pourrait vous donner raison,notre passé est bien plus flatteur que vous le laissez entendre en dépit de quelques griefs bien mérités.
        Vous avez toutes les chances de faire carrière au sein d’un tabloïd de la perfide Albion.

    • Je ne suis pas particulièrement « anglophile », en revanche je sais reconnaître les mérites de nos voisins même lorsqu’ils sont supérieurs aux nôtres, cela s’appelle tout simplement l' »objectivité » !

      • Je sais ce que veut dire ce mot.Et c’est bien la raison pour laquelle l’employer de façon inappropriée ou sans aucune raison »objective »,cela devient « subjectif ».
        Mais je sais que vous savez ce que veut dire ce mot…

  8. N’oublions jamais que la France, sous le règne de Louis XVI disposait de la meilleure marine au monde. Il avait réussi à réaliser un des grands projets du Cardinal de Richelieu qui avait vu tout le potentiel que la France pouvait tirer de la mer.

    • Oui mais trop tard pour sauver le Canada (mais pas la meilleure reine du monde ; d’où le désastre dont nous subissons encore les conséquences …)

    • Non, la meilleure marine au monde était évidemment britannique… Qui gagna la Guerre de sept ans et qui produisit le Capitaine James Cook, excusez du peu !

Commentaires fermés.

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