Le chanoine Kir, quand République et catholicisme faisaient bon ménage
Le 22 janvier 1876, il y a tout juste cent cinquante ans, naissait en Côte-d’Or une figure singulière de l’Histoire de la France du XXe siècle. 150 ans après sa naissance, le chanoine Félix Kir demeure bien présent dans la mémoire collective. Bien au-delà du célèbre apéritif qui porte son nom, il incarne la figure d’un prêtre enraciné dans son époque, d’un résistant courageux, d’un maire bâtisseur et d’un député respectable. Son parcours témoigne d’un temps où l’engagement chrétien dans la vie publique ne paraissait ni incongru ni menaçant pour la République. À l’heure où la place du christianisme au sein de la nation française est souvent contestée, menacée ou minorée, l’exemple du chanoine Kir nous éclaire sur une époque où la France était capable d’assumer pleinement ses principes de laïcité sans renier ses racines chrétiennes qui ont contribué à forger son identité.
Libérateur et résistant
Félix Kir naît le 22 janvier 1876 à Alise-Sainte-Reine, haut lieu de notre mémoire nationale lié à la figure de Vercingétorix, dans une famille modeste. Ordonné prêtre en 1901, il exerce son ministère dans plusieurs paroisses de Côte-d’Or avant de devenir chanoine honoraire de la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon. Très tôt, il s’investit dans la vie sociale, éducative et patriotique, convaincu que le rôle du prêtre ne se limite pas au seul cadre religieux mais s’inscrit pleinement dans la vie de la cité.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se distingue ainsi par son engagement actif au sein de la municipalité de Dijon, où il siège dans la délégation municipale, mais aussi dans la Résistance. Profitant de son statut d’élu local, de prêtre et de notable respecté, il facilite alors l’évasion de près de 5.000 soldats français prisonniers des autorités allemandes.
En 1944, Félix Kir devient la cible d’un attentat perpétré par la Milice, auquel il échappe de justesse. Désormais menacé de mort, il décide de quitter la ville avant d’y revenir quelques mois plus tard, au moment de la Libération, où il est alors presque accueilli comme un héros ayant défendu la cité lors des heures les plus sombres
Un prêtre catholique engagé en politique
Fort de son engagement local et de son action pour la défense de la patrie, Félix Kir est élu maire de Dijon en 1945, fonction qu’il occupera sans discontinuer jusqu’en 1968. Son long mandat est alors marqué par la reconstruction de la ville, le développement de nouvelles infrastructures, la modernisation urbaine et une ouverture vers l’international.
À ce sujet — Il y a cinquante ans mourait le chanoine Kir
Parallèlement, il est élu député de la Côte-d’Or de 1945 à 1967 et siège à l’Assemblée nationale sous différentes étiquettes de centre droit. Le fait qu’un ecclésiastique exerce un mandat parlementaire ne suscite alors aucun scandale majeur. La République reconnaît en lui un élu dévoué à l’intérêt général, respectueux des institutions et attaché aux principes démocratiques. La France de l’après-guerre, malgré les lois de laïcité héritées de 1905, admet ainsi sans difficulté qu’un membre du clergé catholique puisse faire partie de son paysage politique, sans constituer en aucun cas une menace pour l’ordre républicain.
Son activé politique s’achève en avril 1968, lors de son décès à l’âge de 92 ans. Félix Kir, tel le prêtre qu’il était fidèle à son sacerdoce jusqu’au bout, aura exercé sa charge municipale avec la même constance et le même sens du devoir, servant Dijon jusqu’à la fin.
Un personnage populaire, truculent et aux curieuses fréquentations
Homme de terrain et de contact, le chanoine Kir cultive aussi un style direct, parfois truculent, qui contribue largement à sa popularité. À un député communiste qui contestait l’existence de Dieu au motif qu’on ne saurait croire en ce que l’on ne voit pas, il répliqua, avec son sens proverbial de la provocation : « Et mon cul, tu ne l’as pas vu ? Et pourtant, il existe ! » Un autre jour, répondant à des accusations d’opportunisme contre lui, il lança depuis la tribune de l’Assemblée nationale : « Mes chers confrères, on m’accuse de retourner ma veste et pourtant, voyez, elle est noire des deux côtés », allusion malicieusement assumée à la soutane sombre qu’il portait jusque dans l’Hémicycle.
Félix Kir entretint également une relation singulière avec le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev. Bien qu'il lui fût déconseillé par sa hiérarchie ecclésiastique d’accueillir à Dijon le chef d’un État persécutant les chrétiens, il autorise sa venue en mars 1960, tout en refusant de le rencontrer afin de ne pas contrarier son évêque. Quelques mois plus tard, il s’entretient néanmoins avec lui à Paris, avant d’être invité à Moscou en 1964, sans doute en raison du jumelage conclu en 1959 entre Dijon et Stalingrad - aujourd’hui Volgograd.
En dehors de ces anecdotes politiques, le maire-député-prêtre popularisa aussi un apéritif devenu emblématique, mélange de crème de cassis et de vin blanc de Bourgogne. Offert lors de réceptions officielles à l’hôtel de ville de Dijon, il est rapidement baptisé du nom de kir.
Ainsi, chaque Français qui commande cette boisson et la savoure rend, sans le savoir, un hommage discret à ce chanoine dont le parcours rappelle qu’il exista une France capable d’assumer pleinement la laïcité tout en reconnaissant sereinement ses racines chrétiennes, acceptant sans difficulté la présence d’un prêtre au cœur de ses institutions. La popularité durable de Félix Kir témoigne également de la confiance que lui accordait le peuple français dont il sut être, tout au long de sa vie, le défenseur attentif des corps autant que des âmes.
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39 commentaires
Sans l’avoir jamais rencontré, toute mon enfance et adolescence j’ai entendu parler en bien du chanoine KIR. il était aussi populaire que l’abbé Pierre. Mais de mon temps, il y avait aussi un religieux dans l’église attenante à mon lycée. C’est lui qui me fit faire ma première communion et j’en suis très fier. Ce prêtre se joignait souvent à nos jeux dans la cour de récréation. Au Plein Air, il roulait sa soutane, apparaîssait vêtu de ses sous-vêtements blancs et jouait au rugby avec nous. Et il ne se faisait pas prier pour nous plaquer, je vous prie de le croire. On le lui rendait bien…Quelle fraternité avec ce prêtre ! C.ela me semblait tout naturel de lui servir la messe comme enfant de coeur quand il me le demandait
Article émouvant, et des commentaires de très bon niveau, merci à tous
Il est victime à son domicile d’un attentat perpétré non pas par la Milice, mais par des Français à la solde de l’Occupant, appartenant « au Kommando Sandrin organisé par l’Abwehrstelle« . Blessé de plusieurs balles, hospitalisé, il se soustrait aux recherches de la Gestapo en quittant Dijon, où il revient le 11/09/1944, jour de la Libération de la ville.
Souvenons nous que la laïcité est un principe chrétien (« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), donc, en toute logique, un clerc n’a pas à être empêché d’être élu.
Ma famille est dijonnaise de longues dates…et j’ai rencontré le chanoine Kir de nombreuses fois à Dijon, car à chaque 14 Juillet, nous étions conviés au vin d’honneur qui suivait le défilé au Cours du Parc ( mon père avait été résistant!).
Le Chanoine Kir, est mort en mai 1968 et son successeur fut le Dr Veillet, avant que Robert Poujade devienne maire après les élections qui suivirent.
Il fut un membre éminent de la Résistance aux nazis ( alors Curé de Notre Dame de Dijon) avec le Curé de Saint Michel, le Père de Cossé-Brissac. Il faut noter que l’évêque à cette époque, Mgr Sembel, n’eut pas nos seulement une attitude courageuse ou neutre, mais il affichait des sentiments pétainistes et même pro-nazi.
Les sermons du chanoine Kir et du Père de Cossé-Brissace sont restés dans la mémoire comme d’une audace incroyable face à l’occupant…
Le Général de Gaulle , après la Libération de Dijon , refusa d’assiter au Te Deum à la Cathédrale Saint Bénigne, pour aller à l’Eglise Saint Michel…
Le chanoine échappa à la mort lors d’un attentat dans son appartement , rue du Rabot,, derrière Notre Dame pour deux raisons: l’inexpérienec et la trouille de ses assassins ( dont je pourrais donner les noms, c’étaient des lycéens de l’Ecole Saint François de Sales où je fu élève), et d’autre part parce qu’il s’est caché derrière sa cuisinière…mais son derrière dépassait…et les balles heurtèrent son porte-feuille…Sa partie charnue était donc célèbre d’où sa répartie à l’Assemblée Nationale.
Lors des aménagements de la circulation à Dijon, il lui arrivait de descendre de sa DS et de prendre la place du policier…pour régler, ou plutôt dérégler la circulation…
Il fit à cette occasion une découverte: les feux rouges duraient trop longtemps à la différence des feux verts…
Autre anecdote avérée….lors du décès de l’évêque Sembel, il se rendit auprès du défunt comme maire de Dijon et ancien curé de paroisse…Comme on peut s’en douter , il ne portait pas l’évêque dans son coeur…
En sortant de l’évêqché de la rue du Petit Potet, il eut cette phrase inoubliable: » Il a sa tête des mauvais jours! »
L’article publié oublie une réalisation importante du chanoine à Dijon: le creusement du Lac Kir dans les années 1962/1965…Autre aventure…en voulant aller surveiller les travaux de creusement alors que Dijon subissait des inondations…la DS du chanoine, pourtant en position haute fur emportée par les flots…
Pour revenir à ses réalisations, il fut , comme curé de Bèze, un ardent créateur des clubs sportifs des jeunes…Pendant sa mandature, il créa un campus universitaire ultra-moderne qui s’est étendu ensuite sur l’Est de Dijon…
Le fameux kir, le vrai, est exclusivement à la crème de cassis et au bourgogne aligoté. Tout autre assemblage est de la contrefaçon, même le dit « royal »! Le chanoine a ainsi sauvé de la faillite certains vignerons, dont la récolte cette année là était quasi imbuvable. Avant lui, les cafés ne servaient que du « blanc cassis »! Signé : une pure Bourguignonne!
Ah ! Un bon kir en apèro… un mêlé cass’ !
A notre époque où de nombreux clercs, évêques comme abbés, fricotent avec l’islam(isme) et invitent les prédicateurs musulmans à lire le Coran dans les églises, peut-être est-il plus sage de ne pas les inciter à s’occuper de nos affaires politiques. Lorsqu’ils auront repris raison et auront pris les armes (les arguments, un réarmement intellectuel) contre les conquérants, pourrons-nous à nouveau leur faire confiance. Aujourd’hui, les clercs de l’Eglise catholique sont, pour la plupart, tombés dans l’oecuménisme qui n’est qu’une lâcheté face à l’islam conquérant.
Je l’ai rencontré devant l’Assemblée étant gamin, avec sa soutane, ses gros godillots… et son caractère! Assemblée d’où, d’ailleurs est partie la réputation du Kir. Vouant combattre la mévente de l’Aligoté, il avait persuadé la buvette d’en acheter et de servir les premiers Kir, que ses collègues ont largement répandu dans leurs circonscriptions….
« un élu dévoué à l’intérêt général, respectueux des institutions et attaché aux principes démocratiques » tout le contraire de ce que nous avons maintenant ,!
c’était avant !! Avant que d’autres religions importées viennent se superposer sur celle d’origine de notre pays !!
Il avait été aviateur durant la première Guerre Mondiale ; son avion s’appelait « Antoinette ».
Un peu difficile, le constructeur d’Antoinette ayant fait faillite en 1911…
Et il était, sur son âge, invité aux réceptions au mess off de la base de Dijon Longvic.