La population libanaise victime collatérale du conflit iranien excédée par le Hezbollah
La mort du père Pierre El Raï, prêtre catholique maronite, victime de tirs israéliens le 9 mars dernier au sud Liban, a ému l'opinion internationale. Il était connu pour sa ténacité à encourager les chrétiens, malgré les appels à l'évacuation lancés par l'armée israélienne, à ne pas abandonner leurs villages par crainte de les voir tomber dans les mains du Hezbollah. Depuis le début du conflit iranien, en représailles aux tirs de roquettes lancés par son bras armé, l'armée israélienne multiplie les frappes ciblées sur le sud Liban et certains quartiers de Beyrouth, causant des victimes collatérales au sein de la population. Le chiffre de 1 000 morts est évoqué depuis le début de ce nouveau conflit et plus d'un million de personnes ont dû fuir. Sur les chaînes de télévision libanaises, la colère des habitants explose, dirigée contre les milices du Hezbollah.
Pour comprendre ce que vit la population libanaise, son rejet des partisans du Hezbollah et les raisons de l'impuissance du gouvernement à le désarmer, BV a interrogé le politologue et historien, spécialiste du Moyen-Orient déjà connu des lecteurs de BV, Richard Haddad.
« Ne viens pas chez nous, sors d'ici ! »
La séquence ce ce reportage tourné par les caméras de TF1 dans un village du Sud Liban est éclairante : « Ne viens pas chez nous, sors d'ici ! » hurle une habitante à un homme qui semble appartenir au Hezbollah, avant de se tourner vers le cameraman pour lui expliquer : « nous, on ne peut avoir de relations qu'avec des gens respectueux et celui qui nous traite comme un paillasson on ne lui pardonnera jamais ». Tandis qu'un voisin renchérit : « Ma crainte serait que des soldats du Hezbollah rentrent si on quitte ce village ; ce serait un énorme désastre ». Ces Libanais sont en effet pris au piège : exposés aux représailles israéliennes, ils résistent de toutes leurs forces pour ne pas laisser entrer les milices du Hezbollah sur leurs terres.
« Israël n'a pas de visées territoriales sur le Liban », tient à préciser Richard Haddad qui reconnait que jamais la population n'avait à ce point manifesté autant son « ras le bol » de la présence du Hezbollah. « Les langues se délient », dit-il. Il cite à l'appui cet exemple frappant des funérailles du père Pierre el-Raï, le 11 mars, à l'occasion desquelles un député « "de gauche" considéré comme trop proche du Hezbollah a dû être exfiltré pour échapper au lynchage de la foule ».
في بلدة القليعة، طرد النائب الياس جرادة. جرادة من المدافعين عن خيارات #حزب_الله العسكرية. pic.twitter.com/9xTrcSSOAm
— Mariam Seif (@MariamSeif) March 11, 2026
Selon lui, depuis le début de ce nouveau conflit avec l'Iran, personne ne veut plus de la présence du Hezbollah : certaines municipalités chrétiennes ont pris des arrêtés pour interdire l'accès de leur village aux réfugiés chiites (majoritairement pro Hezbollah) et « même les communautés druzes et sunnites n'en veulent plus ». « En remontant du sud vers certains quartiers de Beyrouth pourtant sunnites, explique-t-il à BV, ces réfugiés dont la population se méfie se comportent de manière agressive et arrogante - certains allant même jusqu'à arborer le drapeau du Hezbollah - exigeant d'être accueillis », ce qui a donné lieu à des bagarres de rue. « Des coups de feu ont même été tirés, il suffit de regarder les télévisions libanaises », images à l'appui.
(bagarre et coups de feu dans la rue Hamra à l'Ouest de Beyrouth entre sunnites et réfugiés chiites)
(Un automobiliste chiite réfugié est agressé verbalement par un habitant qui lui dit : « Ne venez pas chez nous faire ce qui vous plaît »)
Comme un éternel recommencement pour les Libanais victimes éternelles des milices armées qui combattent Israël sur leurs terres. Mais comment expliquer cet état de fait et surtout l'inefficacité du gouvernement libanais qui s'est pourtant engagé, depuis le 2 mars à l’interdiction immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah ?
« Un problème de volonté politique »
Selon Richard Haddad qui, à l'occasion de ses travaux universitaires s'est penché sur l'histoire de l'armée libanaise, « le problème de l'armée libanaise c'est que, loin d'être un modèle de vivre ensemble multi confessionnel, elle est bien peu utilisée, en dehors des opérations de police, par des dirigeants qui craignent qu'elle ne se coupe en deux ou trois, c'est d'ailleurs ce qui risque d'arriver en France à force d'intégrer des populations multi culturelles ». Il relativise l'idée que les officiers libanais sont "mal payés" : « Ils sont comme tous les autres Libanais, victimes de la crise économique et de l'inflation à la différence près que les hauts gradés bénéficient d'avantages (logement, voitures) que les autres n'ont pas et la corruption y prolifère. L'armée a parfaitement les moyens de désarmer le Hezbollah à condition d'en payer le prix humain et matériel. C'est un problème de volonté politique. Même le Pentagone, principal fournisseur en armes de l'armée libanaise l'a récemment affirmé ».
« Le gouvernement libanais est paralysé par sa structure même »
Selon le politologue, le gouvernement libanais est paralysé par sa structure même car composé d'une mosaïque de représentants de toutes les communautés dont celle chiite sous la coupe du Hezbollah. Pour illustrer cette paralysie gouvernementale, Richard Haddad cite une anecdote troublante de l'arrestation de trois partisans du Hezbollah le 3 mars dernier, déférés devant le tribunal militaire puis relâchés par un juge, le lendemain, moyennant une caution de 20 dollars. Une affaire médiatisée par une bloggeuse libanaise qui, billet de 20 dollars d'une main et pistolet de l'autre, évoque ce tribunal militaire qu'elle nomme « la serpillère militaire qui manie le deux poids deux mesures selon qu'on est chrétien ou chiite ». Rien ne permet de dire si le magistrat a agi par peur ou esprit partisan. Il a, quoiqu'il en soit, provoqué la fureur du ministre de la justice chrétien proche du parti phalangiste.
Voir cette publication sur Instagram
Une publication partagée par Sabine Youssef (@sabinejeanyoussef)
Pourtant précise Richard Haddad à BV, le Hezbollah est particulièrement affaibli depuis le changement du régime syrien qui laissait passer armes, argent et matériels fournis par l'Iran mais qui, depuis, est devenu son "ennemi mortel". De quoi imaginer qu'une simple volonté politique pourrait régler bien des problèmes...
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































5 commentaires
le Hezbollah, prochaine destination la France ou peut-être la Belgique pour commencer, ça fait 15 ans que nos gouvernants s’y efforcent.
Je n’ai aucun élément pour dire si les Libanais se plaignent ou non du Hezbollah, mais je ferais remarquer (et ça c’est véridique et incontestable) que ce n’est pas cette organisation chiite mais l’ARMEE ISRALIENNE qui bombarde, tue, blesse et chasse la population civile libanaise (femmes, enfants, vieillards, hommes). Après, chacun pense ce qu’il veut.
Il serait bon de vous ouvrir à d’autres sources que Richard Haddad… En tous cas, ce n’est pas le Hezbollah qui bombarde le Liban. Pour viser un membre du Hezbollah, Israel détruit l’immeuble entier et ceux qui y vivent avec. L’occident cautionne ou tourne la tête.
On en a de la chance, on peut déjà assister à ce que sera notre pays dans 30 ans.
Ils ont eu bien de la patience, les Libanais. Remarquez, en France vu le temps depuis lequel on subit les exactions des racailles sans broncher , nous sommes aussi admirables !