La Macronie bloquerait un rapport explosif sur une mise en danger du nucléaire

La « modulation nucléaire » à grande échelle, pour s’adapter aux énergies intermittentes, n’est pas sans risques.
@Pexels
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Les 15 et 16 janvier derniers, Bernard Fontana est à Berne pour le Congrès suisse de l’électricité 2026. Et voilà qu’au détour d’une allée, le PDG d’EDF lâche une petite phrase qui ne tarde pas à faire grand bruit. Interrogé sur un rapport de l’entreprise dont la publication, initialement prévue pour la fin 2025, se fait toujours attendre, Bernard Fontana confirme qu’EDF « veut toujours publier le rapport », mais que sa publication pourrait néanmoins ne pas se faire avant « des semaines ». Voilà qui pourrait confirmer la rumeur qui commence à se répandre sur un possible blocage venant d’en haut.

Dangers de la modulation nucléaire

Mais que raconte donc ce rapport qui semble enfoui comme un officieux secret d’État ? Le document, commandé à ses troupes par Bernard Fontana au lendemain de sa nomination à la tête d’EDF le 5 mai 2025, traite en fait de « la modulation nucléaire ». Rien d’explosif jusque-là, la modulation consistant à opérer des montées et baisses de puissance des réacteurs afin de s’adapter aux variations de la demande d’électricité. Tout dépend, cependant, de pourquoi, à quel niveau et à quel rythme on module. Et c’est bien de là qu’est venue la polémique. Des éléments du rapport, transmis à RTE (entreprise gestionnaire du transport de l’électricité) et ayant fuité via l’interne d'EDF, indiquent que la modulation, telle qu’EDF doit la pratiquer désormais, provoque un vieillissement prématuré de certains équipements des centrales nucléaires.

En cause, la part montante des énergies intermittentes dans le mix énergétique français, imposée par nos récents et actuels gouvernements, qui contraint de plus en plus le nucléaire à moduler, devenant ainsi une simple variable d’ajustement qui produit quand l’absence de soleil et de vent ne permet plus de satisfaire la demande d’électricité.

Blocage d’État

De là à imaginer que certains, au plus haut niveau de l’État, bloquent un rapport qui met à mal leurs projets de développement de l’éolien, il n’y a évidemment qu’un pas. Et faute de réponses claires, ce pas a été franchi. Sur son compte X, le journaliste scientifique Mac Lesggy compare la modulation à la conduite automobile : la « pilotabilité, c’est conduire sa voiture en respectant les limitations de vitesse », rappelle-t-il, mais la « modulation, c’est imposer en plus à sa voiture des freinages d’urgence/arrêt/redémarrage en trombe plusieurs fois par jour. » Et pour Mac Lesggy, pas de doute possible, le « rapport explosif d’EDF le confirme : la modulation imposée à nos centrales pour cause de développement incontrôlé des énergies intermittentes accélère leur vieillissement et met en danger la filière ».

Pour l’association pro-nucléaire Documentaire et Vérité, « nous sommes en plein vaudeville ». Synopsis de cette mauvaise pièce de boulevard : « EDF commande un rapport technique pour comprendre ce que la modulation fait réellement à son parc nucléaire. RTE publie, presque simultanément, des chiffres montrant que cette modulation va exploser, dans les années à venir. » Et voilà que la vérité éclate, « au pire moment politique, juste avant publication de l'autre arlésienne électrique, cette si fameuse PPE 3 [plan de programmation de l’énergie] ». Les politiques se sont, depuis, emparés de l’affaire. Sur son compte X, le député RN Guillaume Bigot pointe les responsabilités politiques : « Après avoir commencé à démanteler le nucléaire avant de faire machine arrière, la Macronie sabote nos avantages industriels avec des énergies intermittentes ruineuses et non fiables. Encore un délire idéologique. »

Risques économiques et de sécurité

Dans un entretien accordé à Transitions & Énergies, Vincent Louault, sénateur de l’Indre-et-Loire (groupe Les Indépendants - République et Territoires), s’en prend frontalement aux « conseillers de ministres et aux hauts fonctionnaires qui ne veulent pas entendre parler des experts parce que leurs avis ne leur conviennent pas ». Connaissant à fond son dossier, il constate que « les conséquences sur la machinerie, tant le système primaire, nucléaire, que secondaire, la production d’électricité, ont été sous-estimées ». Et les conséquences, dont la divulgation gêne à l’évidence tant le pouvoir, sont aussi concrètes qu’inquiétantes. « Le problème le plus important est lié aux radiations quand vous avez un arrêt du réacteur. » Pour illustrer son propos, Vincent Louault rappelle que les « turbines Arabelle d’Alstom qui produisent l’électricité avec la vapeur nucléaire ne peuvent pas être arrêtées longtemps. Il faut les faire tourner avec un moteur quand la centrale est à l’arrêt, pour ne pas voiler l’arbre. » Voilà qui fait soudain froid dans le dos...

Les dangers liés à la modulation sont pourtant connus de longue date, par les scientifiques et acteurs de la filière nucléaire, mais aussi par les politiques. Le sujet aurait déjà fait l’objet d’une « audition parlementaire en janvier 2023 », rappelle le site Montel News. Et BV a retrouvé trace d’une question écrite posée par le député RN Jean-Philippe Tanguy (publiée au JO du 27 février 2024) et intitulée « Conséquences de la modulation nucléaire ». Constatant que « faire fonctionner des centrales nucléaires en dessous de leur pleine puissance entraîne une perte considérable des recettes et donc une hausse du prix du MWh », le député rappelle par ailleurs que « cette variation de production peut avoir des conséquences importantes sur les centrales nucléaires, notamment celles construites entre 1978 et 1999 n'étant pas destinées à pratiquer une telle modulation ». Rien de bien nouveau, donc...

Difficile retour au réel

Pour éviter le pire, économiquement mais aussi en matière de sécurité nucléaire, Vincent Louault demande l’impossible aux idéologues au pouvoir. Pour lui, il faut que « la PPE3 paraisse tout de suite en la séparant en deux ». La première partie confirmerait « la relance du nucléaire pour rassurer la filière ». Et deux mois plus tard sortirait la seconde partie de la PPE avec « une révision de l’ambition de développement des capacités renouvelables de 80 % à la baisse ». Pour lui, « il faut que l’État soit enfin capable de revoir une trajectoire ».

Émerger du grand sommeil idéologique pour répondre enfin aux défis du réel, qu'il s'agisse d'économie ou de sécurité ? Dieu que le réveil s’annonce difficile…

Vos commentaires

80 commentaires

  1. Moi je vois le processus à venir selon le schéma suivant : premier temps on installe suffisamment de générateurs nucléaires pour subvenir aux besoins de la nation et même pour vendre une part de notre production à l’étranger ; ensuite le RN prend le pouvoir et il ne lui reste plus qu’à abandonner progressivement les « énergies renouvelables », ce qu’il pourra faire sans difficultés particulières puisque l’outil de production nucléaire sera déjà effectif. En revanche il serait utile de bloquer toutes les subventions au solaire et à l’éolienne dès aujourd’hui !

  2. Et dire que nos ministres et députés incompétents votent comme un seul homme pour continuer le développement de ces mer.es d’énergies « intermittentes ».

  3. La Macronie à toujours chercher à cacher la vérité c’est leur dada à l’image de leur chef incompétent qui se nomme Macron que TRUMP et entrain de se foutre de lui et de ses lunettes RAYBAN . Il voulait jouer gros bras ,mais il est tombé sur plus fort que lui . Il devrait avoir honte et d’aller se cacher

  4. Il ne fallait pas etre grand clerc pour deviner que demander à nos réacteurs nucléaires de faire le yoyo pour complaire aux caprices du vent, du soleil et des écolos, ça n’allait pas les arranger. La production de masse de l’électricité dans une grosse machine comme une turbine à vapeur nécessite un réglage fin qui permet d’obtenir le meilleur rendement possible. On ne peut pas modifier ce réglage en permanence sans conséquence.

  5. Voilà encore une affaire qui sent bon le conflit d’intérêts. Une bonne pincée de corruption ne serait pas non plus une surprise. Certaines grandes amitiés pourraient avoir fait naître comme une, envie de s’enrichir. Si ça marche chez le copain, pourquoi pas chez ceux qui ne sont rien. Et puis avec la peur d’une guerre au ventre, personne n’ira mettre son nez là-dedans.

  6. Merci à M. Lombard de faire connaître ce scandale par lequel le gouvernement veut cacher ce rapport pour faire passer la funeste PPE3 qui doit consacrer le déferlement des éoliennes et panneaux solaires sur nos territoires. Ces moyens de production intermittente et aléatoire sont inutiles puisque notre électricité est décarbonée à 95% grâce au nucléaire et à l’hydraulique et que nos moyens de production électrique sont excédentaires. La PPE3 conduirait donc inutilement à augmenter lourdement nos factures d’électricité, permettrait d’enrichir les fournisseurs de matériel, tous étrangers et surtout chinois, dévasterait nos campagnes et bords de mer et engraisserait des opérateurs privés (la plupart étrangers) grâce à de juteux contrats à prix garantis très supérieurs aux prix du marché. Je conseille la lecture du magazine « Transitions et Energies », cité dans cet article, qui alerte depuis des années sur ces scandales énergétiques.

  7. « Après avoir commencé à démanteler le nucléaire avant de faire machine arrière, la Macronie sabote nos avantages industriels avec des énergies intermittentes ruineuses et non fiables. Encore un délire idéologique. » Macron et ses écologistes nous auront tout fait, jusqu’à mettre nos vies en danger. en arrêtant les centrales nucléaires comme on le ferait d’une ampoule électrique. Et les vrais scientifiques n’ont pas leur mot à dire.
    Il faut reconnaître que Macron est un spécialiste de l’insécurité. Vivement qu’il parte, que l’on puisse avoir quelqu’un d’intelligent et de sensé à la tête du pays…

  8. Quand on arrête un réacteur nucléaire, on ne peut pas se contenter déteindre la lumière et de fermer la porte, sinon on a Tchernobyl, épisode II . La réaction résiduelle qui en découle produit de la chaleur dans le circuit primaire qui doit être refroidit par des pompes de circulation. Comme on peut s’en douter, il ne s’agit pas de petites pompes comme pour refroidir un moteur de voiture mais là on parle de centaines de kilowatts sans compter la consommation des instruments de contrôle commandes et tout les systèmes nécessaires au fonctionnement et à la surveillance de la centrale. Ajoutez à cela le personnel qui doit rester bien sur sur place et vous tenez là une belle gabegie. Tout ça pour engraisser les promoteurs d’éolien et de solaire.

    • L’accident de Tchernobyl vient au contraire du fait qu’on avait pas arrêté le réacteur alors qu’on l’avait débranché de ses consommateurs d’énergie. L’énergie produite s’est donc retrouvée piégée dans le réacteur qui a chauffé et fondu !

      • Exact mais la même chose peut se produire si on arrête le réacteur sans continuer à le refroidir. L’énergie d’un réacteur nucléaire est uniquement calorifique, on fait chauffer de l’eau sous pression pour faire de la vapeur qui fait tourner une turbine qui entraîne un ou plusieurs alternateurs qui produit le courant électrique, c’est d’ailleurs le même principe pour toutes les centrales thermiques charbon, pétrole ou gaz. Les gents s’imaginent, et c’est de cette ignorance que vient la défiance du nucléaire, qu’une sorte de magie s’opère entre l’uranium 235 et les électrons qui alimentent notre réseau électrique. Une gamine de Greenpeace m’a un jour dis que même à la maison l’électricité nucléaire était dangereuse car elle émettait des radiations. Ça ma pris un certain temps pour lui expliquer qu’un réacteur nucléaire n’était en fait qu’une chaudière à vapeur, certes un peu complexe. Pour info, cinq ans dans l’industrie atomique, agent DATR habilité secret défense.

  9. La léthargie idéologique a effectivement un coût : considérable. En termes financiers, de sécurité, de liberté. Depuis des dizaines d’années les amateurs qui nous gouvernent, apprentis sorciers gréants selon les vents de la mode, nous ont amenés dans le gouffre actuel. L’exemple que vous citez ici, M. Lombard, est particulièrement parlant, parmi bien d’autres, enfin. Il contribue à faire sauter les verrous et à faire apparaître crûment les effets et le prix de ce jeu sinistre et irresponsable.

  10. La responsabilité de Macron dans ce « consciencieux » démantèlement de la France sera énorme. J’espère qu’un jour il aura à rendre des comptes.

  11. .
    BV 07 12 25 Fabien Bouglé
    Rapport du ministères de l’Ecologie
    En 2 ans l’électricité a augmenté de 35 % le prix de l’électricité c’est 1/3 le cout de production , 1/3 la TVA et le financement des éoliennes , 1/3 le réseau et raccordement au réseau.
    Qui gagne les exploitants du renouvelable (éolien solaire biogaz) et les fonds de pension.
    En 2024 le prix du marché était de 58 e le MW/h , l’éolien terrestre est racheté 91 e le MW/h , l’éolien en mer est racheté 200 e le MW/h .
    Le mécanisme européen , l’éolien et le solaire sont prioritaires dans le réseau au niveau européen .
    Le prix de l’électricité européenne est basée sur le prix de l’électricité la plus chère , l’électricité allemande produite par le gaz et le charbon .
    La consommation baisse car les consommateurs ne peuvent plus payer , les particuliers baissent leur consommation et les professionnels ruinés cessent leur activité .
    L’augmentation du prix de l’électricité est voulue par l’écologie punitive pour créer de la décroissance .
    Le choc gazier lié à la guerre en Ukraine , augmentation du prix du gaz et arrêt des centrales nucléaires en France suite à des problèmes de corrosion , ont fait exploser le prix de l’électricité .
    Le cout de l’énergie est 3 a 5 fois plus élevé en Europe qu’aux USA. La Russie est autonome énergiquement ,les E.U. sont autonomes énergiquement .
    L’Europe importe 58 % de ses ressources énergétiques , comme on a bloqué les relations commerciales avec la Russie on achète aux E.U. de l’énergie plus chère que sur le marché U.S.

  12. le nucléaire n’a d’intérêt que… s’il fonctionne « bien » et surtout est bien entretenu. Si nous perdons ces deux volets : aie, aie, aie ! Mais ça participe à la destruction, je suppose.

    • Et le nucléaire va couter de plus en plus cher , la construction de nouvelles centrales demande un délai trés long et coute trés cher .

  13. Il y a des sujets graves où le président ne devrait plus avoir la main tout seul. C’est hyper dangereux. Cacher ce genre d’informations nous met en danger pour l’avenir.

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