La glace : une complice historique contre les étés brûlants

Avec les vagues de chaleur, les glaciers enregistrent des ventes spectaculaires
Photo pexels-roman-odintsov
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La France fait face à une nouvelle canicule : les températures dépassent régulièrement les 40 °C dans plusieurs régions, poussant la population à chercher désespérément des moyens de se rafraîchir. Dans cette bataille contre la chaleur, un allié se démarque : la glace, sous toutes ses formes. Des cornets croustillants aux pots familiaux en passant par les sorbets fruités, la demande explose logiquement.

Un été record pour la consommation

Le phénomène dépasse largement les terrasses. Chez Picard Surgelés, l’enseigne a annoncé, début juillet, un record historique : près de 100 glaces vendues à la minute, lors de la journée la plus chaude de l’été. Sa présidente, Cécile Guillou, confiait que dans ses 1.200 magasins, près d’un produit sur trois achetés était une glace.

La tendance touche aussi le secteur du café : les cold brew infusés à froid, parfois préparés pendant 24 heures, connaissent un succès fulgurant. Alliant gourmandise et fraîcheur, ces boissons glacées prolongent ainsi le plaisir bien après la dégustation.

Une recette oubliée

Le congélateur et le frigo tournent à plein régime, mais le saviez-vous ? La passion humaine pour les douceurs glacées ne date pas d’hier. Les premières traces apparaissent dès... l’Antiquité : à Rome ou en Chine, on conservait de la neige ou de la glace naturelle dans des glacières rudimentaires pour les piler et les mélanger à des sirops de fruits, du miel ou des épices. Ces ancêtres des sorbets étaient néanmoins réservés aux élites, car leur préparation et la conservation de la glace nécessitaient une logistique considérable et beaucoup d’argent pour transporter les blocs de glace depuis les montagnes jusqu’aux palais.

Malheureusement oublié avec la chute de Rome, ce mets rafraîchissant revient en Europe par plusieurs voies. Avec les croisades, les chrétiens découvrent les recettes des Arabes, et notamment leurs délicieux sherbets parfumés, qui deviendront plus tard les sorbets. Ramené en Italie, le mets est peu à peu transformé : on y ajoute du lait, de la crème et même des œufs, donnant naissance aux glaces telles que nous les connaissons aujourd’hui. Ces gelati deviennent ainsi rapidement des spécialités prisées. Au XVIe siècle, la reine de France Catherine de Médicis, en épousant le roi Henri II, aurait contribué à introduire ces préparations à la cour de France, où elles deviennent synonymes de raffinement, de plaisir et d’élitisme.

La démocratisation de la glace

Peu à peu, la glace cesse d’être un luxe réservé aux plus riches. Au XVIIIe siècle, à Paris, les premiers cafés et glaciers s’installent. Le café Procope, par exemple, sert des glaces aux fruits et à la crème, pour le plus grand bonheur de ses clients.

Plus tard, l’invention de techniques de congélation plus efficaces et durables transforme la glace en un produit accessible à la classe moyenne. Le XXe siècle marque ainsi l’ère de la démocratisation. De plus, avec l’essor du capitalisme et de la mondialisation, les marques rivalisent d’inventivité pour proposer de nouveaux parfums et formats, pour séduire toutes les générations. La production industrielle permet également la création, à grande échelle, des formats que nous connaissons aujourd’hui : pots familiaux, bâtonnets ou encore cornets. Ces derniers apparaissent notamment lors de l’Exposition universelle de Saint-Louis, en 1904. Pendant l’événement, un glacier se retrouve à court de récipients. Non loin de là, un pâtissier syrien nommé Ernest Hamwi a alors une idée de génie pour aider son voisin : rouler ses propres gaufrettes pour en faire des contenants comestibles, donnant ainsi naissance au cornet.

Ainsi, le lien entre chaleur extrême et consommation glacée s’inscrit dans une longue Histoire, celle de l’Homme cherchant à capturer un peu de froid pour mieux savourer la vie.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Avec le réchauffement climatique passager , nous sommes condamnés à sucer des glaces et des sorbets de toutes sortes pour notre plus grand plaisir .

    • Sûrement, après deux semaines de voyage en charrette sous l’abri partiel de couches de paille, réservoir de microbes, parasites et insectes. A votre santé!

  2. C’était mieux avant. Oui. De petits glaciers déambulaient dans nos calmes villages. Le tintement de leur clochette annonçait leur arrivée. On se précipitait en bord de route avec la menue monnaie préparée par avance. On attendait sa venue, son passage programmé. La simple découverte de son véhicule original était déjà une satisfaction. Toujours généreux et aimable notre glacier . Ses cornets de glace artisanale nous comblaient. Le profit insuffisant a certainement détruit cet avantage. Et pourtant, il y a de la demande.

  3. J’imagine les queues dans l’ile St Louis, devant les différents franchisés de la maison Berthillon. Déjà qu’en hiver, les gens attendent sur les trottoirs …

  4. Avec le réchauffement climatique sans précédent que notre planète connaît et qui nous obligera à des mesures écologiques drastiques lors des prochaines décennies, tout moyen de se rafraîchir un peu est bon à prendre.
    Les glaces en font effectivement partie.

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