[INFO BV] Radio France contrainte de supprimer les vacances de rêve de sa nomenklatura

Panique à bord : « Le contexte budgétaire très contraint de l'audiovisuel public impose de réinterroger nos dépenses. »
© Photo by Gilles Targat / Gilles Targat / Photo12 via AFP
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Polémiques, menaces de coupes budgétaires et de privatisation : on passe de la peur diffuse à la peur bleue, dans les étages de la direction de la puissante Radio France. Dans un message nominatif adressé, ces derniers jours, par La Poste, en recommandé avec accusé de réception s’il vous plaît, aux salariés de la maison ronde, la direction des ressources humaines de Radio France annonce que la fête est finie. « Le contexte budgétaire très contraint de l'audiovisuel public nous impose de réinterroger nos dépenses », commence la DRH. Cela sent la coupe sombre, la disette annoncée, la période de jeûne et abstinence. Hélas, la maison qui aura englouti, en 2025, plus de 666 millions d’euros pour nourrir ses 4.621 salariés (chiffre 2023) se contentera, pour l’instant, d’une mesure symbolique. « Dans ce contexte, la direction de Radio France a examiné la subvention de 3,9 millions d'euros versés chaque année au Comité des activités sociales et culturelles inter-entreprises (CASCIE, l'ancien Comité d'entreprise CI ORTF - sic, le goût des traditions !) […] et considère qu'il pourrait en être fait un meilleur usage. » Un meilleur usage ? Non… Eh bien, si ! Car la vie est douce, à Radio France. « Le CASCIE donne aujourd'hui accès à des séjours et des colonies de vacances pour les salariés mais aussi certains anciens salariés », constate benoîtement Radio France.

« Un coût par séjour de plus de 4.000 euros ! »

Une recherche rapide amène aux activités du CI ORTF, référence des vacances et séjours de l’audiovisuel public couvrant France TVC, Radio France et l’INA. Il fonctionne plein pot depuis… 50 ans ! Personne n’est aussi bien placé que ce CI ORTF pour vanter ses activités, aux frais du contribuable. « Le CI ORTF représente 8 villages vacances en France (6 tout public, 2 dédiés aux colonies de vacances), 18.000 séjours, 100 destinations en France et dans le monde… et une équipe de 600 professionnels, permanents et saisonniers », explique une communication maison.

Le site du confortable CI ORTF est plus discret ; il faut, pour y entrer, un identifiant et un mot de passe. Mais sa présentation vous met aussitôt l’eau à la bouche : « Cette saison Hiver-Printemps 2025-26 regorge de nouveautés ! Vous pourrez découvrir les nouvelles destinations sélectionnées avec soin par notre équipe, de nouveaux séjours made in CI ORTF, les futurs lieux de villégiature de vos enfants ou petits-enfants... » Au diable l'avarice, quand on aime, on ne compte pas : on invite ! Au total, « 969 séjours ont été ainsi financés en 2024, soit un coût par séjour de plus de 4.000 euros ! » On aurait tort de se priver !

Mais le plus drôle reste à venir : dans cette maison qu’on pensait travaillée par les valeurs de la gauche égalitaire et généreuse, ouverte au monde et diversitaire, il y a, semble-t-il, de sacrés privilégiés, façon nomenklatura brejnévienne. Car ces avantages merveilleux, « en moyenne, moins de 12 % d'entre vous en bénéficient chaque année », écrit la DRH aux salariés de Radio France. Vous vous dites que cela aide peut-être les plus humbles, que quelques enfants sortiront pour la première fois de tours HLM sordides pour découvrir la mer ? Pas du tout ! « 38 % des bénéficiaires sont situés parmi les rémunérations les plus élevées de l’entreprise », précise la DRH. Et les enfants sont parfois... âgés. À Radio France, même à la retraite, on profite de la générosité du contribuable : « 20 % des utilisateurs sont des retraités », précise la maison ronde.

« Montant élevé de la subvention »

Ces menus avantages encouragent apparemment à la dénonciation de l'égoïsme chez les riches, à la haine de la France enracinée et à la lutte contre les inégalités - autant de valeurs cardinales de la maison.

Cinquante ans que cela dure, donc, mais cette fois, promis, on arrête tout ! « Nous avons considéré que le niveau de prestations, l'attractivité de l'offre et surtout le nombre de salariés qui utilisent concrètement ses services n'étaient pas satisfaisants au regard du montant élevé de la subvention versée qui correspond à 74 % du budget dédié aux activités sociales et culturelles (hors restauration) de l'entreprise. » Tout de même…

La maison coupe, mais elle met les formes... Dans un autre message aux salariés, Radio France se justifie. Non, non, on ne va pas se serrer la ceinture, rassurez vous ! On procèdera simplement à une « réallocation de cette somme (3,9 millions) au bénéfice du plus grand nombre de salariés » pour contribuer « plus significativement » à leur pouvoir d’achat ! À Radio France, l’égalité, c’est un combat.

Mise à jour des effectifs de Radio France : 4621 en 2023 et non près de 4000.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

102 commentaires

  1. La fonction publique nous coute le dépôt de bilan 6 millions de fonctionnaires 7 millions de chômeurs 5,6 millions d’étrangers et on cherche d’où vient la faillite

  2. Visiblement si les drh en sont encore a l’ère de la lettre recommandée..
    Alors que les courriels sécurisés nominatifs existent.

  3. Ces Villages de Vacances appartenant aux  » gros » Comités d’ Entreprises, des vrais Club Med pour fonctionnaires. Il y en a quelques uns sur la côte Atlantique et en Région Parisienne qui peuvent rivaliser avec des Clubs privés. Depuis 1983, la loi attribue 0.23% de la masse salariale de l’ entreprise aux Comité d’ Entreprise qui gère cette manne financière, certains font du vrai Social, d’autres surfent sur des vagues fluctuantes, Il y a peu de scandales pour 33.000 CSE qui gèrent les vacances de 11 Millions de salariés.(pas tous fonctionnaires)

  4. Ce sont les médias qui font les élections en donnant de fausses informations en calomniant certaines personnalités ( affaire Fillon) , en abusant de la naïveté de certains auditeurs qui ont été formatés voire décérébrés par l’école publique ( la fabrique du crétin de J P Brighelli ) ;le traitement princier des exécutants est logique dans cette chaine de corruption.

  5. Le vent commencerait-il à tourner ? Que la vie serait-donc simple s’il n’y avait pas d’empêcheurs de se la couler douce du genre Sarah Knafo…

  6. Bah ! Ils feront ce que l’administration fait chaque fois que les médias la surprend avec les doigts dans le pot de confiture. Ils ne feront rien.
    Ils feront le dos rond et ils laisseront passer l’orage. Jusqu’à ce que tout le monde oublie.
    Si les campagnes de presse contre l’usage délirant de l’argent du contribuable avaient un quelconque effet on le saurait depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir. Celle-ci ayant phagocyté tous les postes susceptibles de sanctionner ce type de pratiques, il n’y aura pas de sanctions. Ou pire. On échangera cette bienveillance contre un service. Service payé par Nicolas, bien entendu.

  7. 3,9 millions d’euros rien que pour le CE !!! La fête est belle avec l’argent du contribuable ! Il faut urgemment privatiser Radio France, France Télévisions et d’ailleurs, TOUS les médias !

  8. Là ,où ,hier une seule personne annonçait l’actu , en ces jours ,une « équipe de joyeux drilles Hilare anime ?
    Problème majeur , ils parlent en même temps ?
    TANT Contents de leur sinécure face à leurs usagers .
    Mais que penser de RATP,SNCF, EDF , Bercy, et autres servants plus favorisés que leurs EMPLOYEURS ?

  9. Pourquoi ce genre d’avantage en nature n’est-il pas inclus dans le revenu imposable ? Moi je me paye des vacances avec ce qu’il me reste de bénéfice, et après impôt…

  10. En voilà des économies toutes trouvée et mieux arrêtons cette machine infernale en la privatisant et en dégraissant le Mammouth de leurs salaires mirobolants 400 000 € pour Delphine Ernotte qui ne sait rien gérer tous les ans l’états (nos impôts) réinjecte entre 5 à 20 millions d’€, dans le privé toute la direction serait mis à la porte depuis longtemps, des incapables dirigent des incapables que peut il sortir de bon, rien, du mauvais oui des déficits…..

  11. Pauvres petits salariés d’un établissement pseudo privé, biberonnés aux subventions comme les aime tant le parti socialiste pour lequel il n’y a pas de petits profits surtout pour les privilégiés du système. Vous avez dit démocratie, bizarre ne pensez-vous pas ?

  12. Oups ! Pris dans le pot de confiture…Mais faut être honnête tout le monde le sait depuis longtemps et regarde ailleurs. Pourquoi ? De ce que j’ai vu et compris dans ma vie professionnelle je dirais que là où il y a pot de confiture il y a syndicat.

    • Ou plus précisément comité d’entreprise, derrière lequel se cache un syndicat, il est vrai. Les comités d’entreprise les plus favorisés (celui d’EDF qui reçoit chaque année 1% du montant de TOUTES les factures émises en France, industrie comprise; celui de Radio France et de France Télévisions; celui de la SNCF; celui de la RATP) sont ceux qui sont adossés aux syndicats les plus à gauche (CGT, Sud). Rien pour étonner.

  13. Rassurez vous braves gens , tous ces « Bobos Gochos » sont majoritairement de gauche et sont là pour défendre le bon peuple !! Mais ils appliquent « Charité bien ordonnée commence par soit même » !! Et on cherche où faire des économies ??

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