Immigration : scepticisme au RN après les propos fermes de Nicolas Sarkozy

« Gros rouge qui tâche », « cocus en permanence », les députés RN réagissent.
Capture d'écran
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Dans une situation de crise politique, les voix de l’expérience sont précieuses. À droite, celle de Nicolas Sarkozy porte toujours autant, malgré son retrait de la vie politique en 2016 - voilà presque dix ans. L’ombre de l’ancien président de la République plane sur la droite qui peine à se trouver un leader naturel, incontestable et incontesté comme le fut l’ancien ministre de l’Intérieur.

Avant le vote de confiance au Premier ministre et à son gouvernement, le 8 septembre, Le Figaro a recueilli la parole de l’ancien chef de l’État dans un long entretien. Alors que Nicolas Sarkozy est « persuadé qu’il n’y aura pas d’autre solution que la dissolution », celui-ci ne croit pas à l’émergence d’un nouveau « front républicain » ou, tout au moins, à son efficacité. Et il ne le souhaite pas, préférant qu’une « majorité, au moins relative », se dégage.

L’ancien maire de Neuilly évoque même une possible victoire du RN : « Le Rassemblement national est un parti qui a le droit de se présenter aux élections. Il peut donc aussi les gagner si c’est le choix des Français ! À mes yeux, ils appartiennent à l’arc républicain. » Réagissant à ces propos, le député RN de la Somme, Matthias Renault, s’en amuse : « L’arc républicain semble être une notion officielle, alors qu’il est une règle du jeu proclamée pour contourner l’esprit de la Constitution. » « Au temps de De Gaulle, il n’y avait pas d’arc républicain », raille-t-il auprès de Boulevard Voltaire. « Le fait majoritaire impose à nos adversaires qu’ils reconnaissent que notre formation politique pose le bon diagnostic », souligne auprès de BV Guillaume Bigot. Le député mariniste du Territoire de Belfort décrit l’arc républicain comme « un cache-sexe » pour ceux qui n’ont pas de « brevets de républicanisme » à décerner. Le député n’a pas oublié le rejet du referendum de 2005 et son contournement par l’adoption du traité de Lisbonne, deux ans plus tard. « C’est une vérité et une évidence, nous explique Julien Odoul, le député RN de l’Yonne, ces propos sont fracassants seulement dans le microcosme déconnecté marqué à gauche. »

Quand Nicolas Sarkozy fait du Jean-Marie Le Pen

L’ancien président de la République revient pourtant, dans ses échanges, sur la politique d’immigration avec une fermeté remarquée. « La crise migratoire n’a pas commencé, souligne-t-il, chiffres à l’appui. Dans 30 ans, l’Europe passera de 550 à 480 millions d’habitants quand l’Afrique passera de 1,2 à 2,4 milliards. » Des propos qui résonnent avec ceux de Jean-Marie Le Pen lorsqu’il faisait ses démonstrations démographiques. En 1984, le président du Front national dénonçait « la véritable vague déferlante de l’immigration en provenance du tiers-monde vers un pays comme le nôtre frappé par la dénatalité. Des pays qui sont à la fois pauvres et connaissent une explosion démographique. » Nicolas Sarkozy va jusqu’à évoquer « un risque existentiel pour l’Europe ». Pour l’eurodéputé RN Gilles Pennelle, cela ne manque pas de piquant, alors que « lorsqu’il était président de la République, les vannes étaient grand ouvertes » et que, sous son mandat, « des records ont été battus en matière d’immigration ». Si les reproches fusent, Julien Odoul « se réjouit quand ceux qui ont eu une politique laxiste et immigrationniste de peuplement découvrent la réalité et rejoignent le RN sur le constat ». Guillaume Bigot reproche, quant à lui, à l'ancien Président un « diagnostic qui n’est jamais suivi d’effets », alors que ce qui importe, selon le parlementaire, ce sont les « changements du droit, les révisions constitutionnelles » pour « desserrer le carcan juridique » qui empêche d’agir. Matthias Renault craint de ne voir dans cette fermeté de l’ancien chef de l’État, qu’un effet « gros rouge qui tache », allusion aux propos cavaliers de ce même Sarkozy, en 2009, lors du débat sur l’identité nationale qu'il avait lancé et qui fit chou blanc...

S'abstenir au vote de confiance

L’ancien président de l’UMP n’hésite pas, non plus, à égratigner sa famille politique, plaidant pour une abstention lors du vote de confiance du 8 septembre, « alternative crédible ». « Si l’on se dirige, comme je le crois, vers des élections législatives dans quelques semaines, comment les Républicains pourront-ils faire campagne sans être assimilés à un gouvernement auquel ils auront voté la confiance ? » s’interroge-t-il. « Il y a autant de positions à droite sur ce sujet que de chefs », raille Matthias Renault, qui constate « une diversité des opinions entraînant une politique illisible ». Guillaume Bigot y voit un choix de « Ponce Pilate » et « une position confortable pour se garder quelques places au chaud ». « Calculs de boutiquiers, atermoiements, frilosité » : Julien Odoul dénonce une position qui illustre, selon lui, le « décrochage électoral » d’un parti devenu « la béquille d’Emmanuel Macron ». Le porte-parole du RN appelle les électeurs LR à les rejoindre « plutôt que d’être cocus en permanence ». Des propos sarkozystes interprétés par la formation nationaliste à la lumière d’un passé qui ne passe pas.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

110 commentaires

  1. Monsieur Sarkozy à toujours de bonnes idées mais à retardement j’aurais tant aimé que les LR aient le courage de Éric Ciotti mais loin s’en faut ce parti n’a plus rien de gaulien les uns après les autres se dérobent et deviennent comme les centristes qui traversent le temps pendant des années .ces opportunistes qui croquent à tous les rateliers sont insignifiants quant à avoir des convictions fortes comme CDG c’est désespérant.

  2. Je suis d’accord pour son analyse, mais il n’a pas su (ou pu) la faire au moment où il était président et où ça aurait été utile. Je ne crois pas que sa parole ait encore beaucoup d’effets, mais il aurait surtout dû s’excuser des ereeurs qu’il a fait et qui ont participé au déclassement de la France.

  3. C’est probablement le dernier vrais président que nius avons eu, je lai soutetu, jai milité, jai ete encarté, mais je n’oublie pas qu’il nous a trahi a plusieurs reprises. C’est trop fort d’ avoir participé a la décrépitude de notre pays et maintenant de donner des leçons, il détruit notre police, participé activement a l’augmentation de l’immigration, ignoré les urnes lors du référendum sur l’Europe et maintenant il voudrait se présenté en vierge effarouchée, stop LR, la droite dite républicaine, pour moi c’est terminé que des lâches sans courage, seul le RN peut nous sortir de cette impasse, et toutes les critiques formulées a leur encontre sont contre-productives, car on n’a jamais essayé le RN, et il sera difficile de faire pire que ce qui est fait depuis Mitterand

  4. Monsieur Sarkozy a commis de nombreuses fautes lorsqu’il était au pouvoir. Le karcher, pléthore de socialistes dans son gouvernement et notamment à la culture, la réduction du nombre de policiers, une immigration massive sous son mandat et surtout cette trahison avec le traité de Lisbonne, qui est un point de non retour. Mais, il a au moins le courage aujourd’hui de reconnaître, par ses déclarations, ses dérapages d’antan. Ce n’est pas le cas des autres cadres de sa famille politique. Le RN doit cependant être sur ses gardes malgré quelques louanges proférées par l’ancien président. Nicolas Sarkosy a soutenu Macron et ne s’est jamais désolidarisé de la droite macron-compatible de B. Retailleau. Au contraire, il est celui qui a permis ce suicide. N.Sarkosy est un LR et restera un LR.

  5. Aller chercher encore « les humeurs » de M. Sarkozy, érigé par cette presse indécrottable en figure tutellaire de la Nation, celle-là même qu’il a trahi tout au long de son mandat, du Kärcher à Lisbonne, montrant au peuple le sabre du combattant qu’il baissait aussitôt devant le sourcil réprobateur de ses pourfendeurs de cette Gôche destructrice.
    Celui que certains nostalgiques prennent encore pour un Sage ne devrait plus peser que pour la presse-people, qui continue à le choyer, entre les premiers pas touchants de la petite dernière propulsée dans le jet-setisme tropézien des réseaux sociaux, sous le discret coaching de « Carla » et l’ascension napoléonnienne de l’espoir familial débarqué des US sur la Côte d’Azur pour commencer ses « 100 jours » par un Coup de Menton.
    Le pays est ainsi tombé bien bas qu’on aille, dans ce chaos national imminent que nous prédit l’ennemi de l’intérieur, re-chercher cette Aura fantasmée, usée par les tribunaux, taillée en pièce par un adversaire du calibre d’un Hollande, et qui voulut faire gober à tous que des talonnettes pouvaient sauver la France…

  6. tous ces anciens présidents ont la recette pour la France mais ils l ont enterrée quand ils étaient au pouvoir

  7. celu qui a vendu la françe a l’ue et piétiné le vote des français et tout le reste un des fossoyeurs de la françe faux cul comme les autres

  8. Sarkozy se fiche vraiment de notre poire en parlant ainsi,lui qui a dit que l’immigration était une chance pour la France et qui a détourné le résultat du référendum de 2005 par la signature du traité de Lisbonne en 2008 donnant pouvoir à l’union européenne sur notre pays,et là,on a la sensation qu’il tente,pour quelle raison d’ailleurs,de siphonner par procuration en faveur d’un candidat futur, les voix des électeurs du RN ou de Reconquête. J’aimerais vraiment que ce soit sincère mais vu les coups qu’il nous a fait,la confiance n’est pas là, car pour moi,c’est non,non et encore non.

  9. Sarkozy… De beaux discours, mais rien derrière. Quand il a eu l’opportunité de peser sur la politique française, il n’a su que trahir ses électeurs. A dégager, lui aussi!

  10. On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont créés ! Sarko c’est la suppression de la double peine, c’est le référendum en 2005 non respecté, c’est le karcher resté dans sa boîte etc… aucune confiance

  11. Le roi du pipeau règle ses comptes avec Bayrou. Son bla bla, personne n’y croit plus, il n’a que trop enfumé les français. Qu’il se taise maintenant.
    Rien ne changera vraiment tant que les institutions ne seront pas débarrassées des squatters qui les polluent, idem pour les lois scelerates sur lesquelles ils s’appuient pour empêcher toutes réformes salvatrices.

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