Il y a 220 ans brillait le soleil d’Austerlitz…
C’était une autre époque, bien sûr. L’époque où la France, en une grosse vingtaine d’années, avait connu la fin de l’Ancien Régime, la Terreur républicaine, la Convention, le Directoire, le Consulat puis, un an avant que la bataille la plus célèbre de notre Histoire récente n’ait lieu, le sacre d’un petit général corse qui devint notre premier empereur.
Napoléon Bonaparte était l’un de ces esprits exceptionnels qui se taillent un nom à coups d’épée. On l’avait envoyé un peu partout pour qu’il n’intrigue pas trop, pour que son génie militaire et déjà politique ne devienne pas trop visible. Il avait fait ce qu’on lui avait demandé, notamment tirer au canon sur des royalistes, en enfilade dans la rue Saint-Roch. On l’avait successivement considéré comme un excellent outil tactique, puis comme un arriviste un peu gênant. Enfin, par une suite de coups de force, aidé par des fidèles aussi héroïques que lui, il avait posé sur sa tête une couronne d’un genre nouveau, qu’immortaliserait David.
Un an après le sacre, donc, l’Empereur affrontait, quelque part sur le territoire de l’actuelle République tchèque, les Autrichiens et les Russes. L’avancée de la Grande Armée semblait irrésistible. Avec leur inimitable mélange d’admiration craintive et de dérision respectueuse, les soldats français avaient confiance en leur « petit caporal ». Ses adversaires, eux, pensaient qu’il était aux abois et qu’il ne tarderait pas à déposer les armes. N’avait-il pas fait mine de vouloir parlementer ? Et n’avait-il pas essuyé, deux mois plus tôt, une terrible défaite sur mer, à Trafalgar, face aux Britanniques de l’amiral Nelson ?
Une manœuvre rapide et audacieuse
La veille au soir, l’Empereur bivouaqua au milieu de ses hommes. Il les avait rassemblés pour les convaincre que c’était facile. Qu’ils allaient y arriver. Face à eux, les Autrichiens et les Russes, pleins d’une arrogance qui les ancrait, à leur corps défendant, dans un monde qui avait déjà cessé d’exister sous nos latitudes, pensaient la partie gagnée.
Au petit matin, la bataille commença. Face aux manœuvres coordonnés des Français, les Alliés désorganisés commirent maladresse sur maladresse. On raconte qu’à la fin de la journée, l’Empereur, certain de la victoire, s’était déjà allongé pour dormir. Avec un sens tactique génial, il avait parfaitement coordonné une manœuvre rapide et audacieuse, servi par l’excellence de ses généraux. À Trafalgar, c’est son manque de confiance en ses amiraux qui l’avait fait perdre, tandis que Nelson s’était contenté d’un ordre bref : « Aucun commandant de bâtiment ne fera d’erreur fondamentale s’il place son navire le long de celui de l’adversaire. » À Austerlitz, la subsidiarité qui lui avait manqué sur mer emportera la décision.
Le soir du 2 décembre 1805, sur le balcon du château d’Austerlitz, l’Empereur prononcera ce célèbre discours : « Soldats, je suis content de vous… » C’était il y a 220 ans exactement.
Pourquoi reparler d’Austerlitz, bataille à laquelle nous avions déjà consacré quelques lignes en 2020 ? Parce que cette illustration de la gloire de l’Empire, le jour même où Emmanuel Macron, satrape impuissant, reçoit Volodymyr Zelensky, escroc martial, dont il est le dernier et aveugle ami, nous fait évidemment mal au cœur. Parce que c’était l’époque où la France, avec ce mélange de volonté de puissance monarchique et de méticulosité administrative républicaine qui n’appartenait qu’à l’Empire, comptait 133 départements aux noms fleuris, qui couvraient une bonne partie de l’Europe. Parce que nous aimons regretter notre grandeur passée sans nous apercevoir que la nature de notre peuple, conquérant mais râleur, casanier mais avide d’aventures, n’a pas changé, et qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que ça reprenne. Pas grand-chose : une flamme. Une petite flamme allumée par l’un des premiers rayons de ce glorieux soleil d’Austerlitz, qui nous parle de gloire et de fougue et nous semble étrangement familier. C’est tout le mal que nous pouvons nous souhaiter, 220 ans plus tard, ce qui est à la fois si loin – et avant-hier…
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44 commentaires
Il ne faut pas tout mélanger. Remarquable bataille, à tout point de vue, une tactique brillante, des généraux à la hauteur du plan conçu … Oui, un mauvais stratège, qui ne connaissait rien à la politique étrangère (l’erreur de la vente de la Louisiane, entre autres) , les ordres stupides donnés à Villeneuve, pour Trafalgar. Une campagne russe curieusement dirigée sur Moscou plutôt que sur Saint-Petersbourg, la capitale. Démarrée trop tard (ignorance des températures continentales et de l’immensité de l’espace russe, les Allemands feront la même erreur 136 ans plus tard). Mais la Grande Armée a céjà maigri des deux tiers quand il entame la retraite. Les historiens russes tiennent la Bérézina pour une remarquable victoire tactique (grâce à Eblé et plus de 400 pontonniers morts gelés), où il a évité que son armée soit littéralement acculée par les Cosaques. Il perd en Allemagne parce que les Saxons le trahissent ! Le troisième jour de la bataille de Leipzig-Bautzen… Politique médiocre, mais administrateur sur lequel nous visons encore. Le seul pays que la défaite n’abat pas : le nôtre. On peut ne pas aimer, mais la France a tenu sous Vichy, grâce à sa fonction publique et aux cadres de l’Instruction publique… Surtout, pendant dix ans, la première fois de puis Charlemagne, il y a eu un Etat, un Empereur, une Administration, une langue, un Code civil… Il en reste plus que des traces dans toute l’Europe, sauf, bien sûr, en… Grande-Bretagne !!! Oui, il nous a coûté cher, mais il nous a appris qu’on peut être grand , quand nous le voulons, et que cela représente quelque chose, pour tous ! Pour ses parties d’échecs contre cette chère Rémusat, c’est en poussant les pions qu’on bloque les Grands. Bravo au soleil d’Austerlitz ! Ler prtoblème a vec les Français et, ça, depuis les Gaulois, c’est qu’on préfère bien se faire valoir (les charges inutiles de Ney…) plutôt que, tout simplement, comme les Anglais, tenter de gagner avant l’heure du thé (Blücher arrive à 17 h, quand Wellington vient d’annoncer que la bataille est perdue…
Pour la vente de la Louisiane, Napoléon n’a pas eu trop le choix : l’immense territoire supposé français allant du Golfe du Mexique jusqu’à la frontière canadienne était vide d’hommes, alors que toutes les colonies anglophones entre l’Atlantique et le Mississipi débordaient…..Le problème entre la France et l’Angleterre fut exporté en Amérique, la France a toujours eu de l’espace vital et n’a pas eu besoin d’émigration, l’Angleterre, petite île surpeuplée a envoyé partout ses enfants…D’ailleurs, les USA ont payé un accompte et jamais réglé le solde, je crois savoir…..
1805 Austerlitz / 1815 Waterloo . Tout est dit .
Penser à cette immense victoire montre combien 220 ans après le pays est en pleine médiocrité. Quant à la lecture de certaines interventions de lecteurs est affligeante de médiocrité et cela est bien dans l’air, hélas !
Le calamiteux Chirac,symbole eminent de lz fausse droite ,s il avait totalement ignoré Austerlitz,n avait pas manqué de festoyer avec les Anglais pour commemorer Trafalgar avec eux.Qu un chef d etat préfére fêter les défaites plutot que les victoires en dit long sur ce qu il est.
Quand est-ce que Napoléon revient…!!!!
Tacticien sans doute ponctuellement habile, mais Napoléon était un stratège minable. Comment était-il possible de mener 600 000 hommes à l’abattoir en campagne de Russie pour revenir à 30 000, alors qu’il est si facile de prévoir qu’à l’approche de l’hiver, la température à Moscou peut atteindre facilement -30°C. Pour ceux qui sont toujours aussi convaincus du « génie » militaire de Napoléon, il est possible d’étudier les parties d’échecs de Napoléon contre Madame de Rémusat, pour se rendre compte que ce premier n’était qu’un « pousseur de bois » comme on dit dans le jargon échiquéen.
Votre éloge du génie tactique de Napoléon est certes magnifique. Mais vous oubliez que Napoléon était un piètre stratège. Il suffit de regarder les parties d’échecs de Napoléon contre Madame de Rémusat pour se rendre compte que Napoléon n’était qu’un « pousseur de bois », comme on dit dans le jargon échiquéen : trouver le meilleur coup en vue des 2 prochains coups, c’est bien, mais prévoir les 20 prochains coups au moins approximativement, c’est beaucoup plus fort. Ainsi, que dire de Napoléon et de sa campagne de Russie, où, partis à 600 000 ils sont revenus à 30 000 ? Même l’idiot du village sait qu’il peut faire jusqu’à -30°C à Moscou (même à Saint-Pétersbourg), et cela Napoléon a été incapable de le prévoir ! Alors les éloges perpétuels de Napoléon me semblent perpétuellement exagérés. Jusqu’à son Code Civil où les Animaux ne sont considérés que comme des biens. Il n’a pas été capable non plus de prévoir que 220 ans plus tard, le rôle des Animaux ne serait plus le même que celui d’une table ou d’une chaise.
Jeff.
Vous en savez beaucoup plus que moi, mais je prends les éloges exagérées. C’est une fierté que d’avoir un Napoléon dans notre Histoire, et de savoir que « la France couvrait alors une bonne partie de l’Europe »
Grandeur et décadence :)
A chacun ses critères … Il faut croire que les votre sont très efficaces ; Echecs, Russie, animaux vous permettent d’arriver aux même conclusions que Jospin en son temps dans un livre qu’il avait consacré au personnage. Pauvre Jospin qui ne voyait pas que c’était Bonaparte qui avait sauvé la Révolution et l’invention qui va de pair, la gauche sans la quelle il n’existerait pas.
Merci pour cet excellent article. Mais notre premier empereur n’avait-il pas été Charlemagne ?
Charlemagne, Roi des Francs (et non de France) est couronné Empereur d’Occident par Léon III le jour de Noël de l’an 800 et sa capitale est Aix la Chapelle. Pas tout à fait la même chose que l’Empire Français de Napoléon.
Et le 2 Décembre 1804 il était proclamé Empereur des Français. Merci Napoléon de nous avoir donné le Code Civil, avec le travail de Talleyrand, l’Abbé Sieyès, et Ducos. C’est sûr, ça n’a rien à voir avec Méluche et Jupiter 200 ans plus tard.
La France faisait beaucoup d’enfants à l’époque et était la Nation la plus peuplée d’Europe… Et surtout elle était souveraine.
Parler de Napoléon, pour évoquer Macron… Il y a quelque chose, à la fois de choquant et d’inquiétant. Le premier, il y a 220 ans de cela. Pas sûr que le citoyen du 21 ème siècle aimerait connaître, un épisode similaire. Quant au second, pour l’instant, nul ne sait ce qu’il va nous faire vivre. Et c’est ça qui est très inquiétant. Perso, ni l’un ni l’autre me font rêver, bien au contraire.