[HISTOIRE] Ces élections municipales véritablement historiques
En novembre 2024, alors que les grandes manœuvres pour les élections municipales n'avaient pas commencé, Georges Michel avait rappelé l'ancienneté de nos communes, qui doivent tout à la tradition et bien peu à la Révolution. Ancienneté, ou même antiquité, si l'on songe aux « municipes » romains, ces villes d'Italie puis de l'Empire romain qui obtinrent le droit de cité romain tout en conservant leur autonomie. Institution millénaire, donc, et centenaire pour nos communes modernes, avec la loi de 1884 instituant l'élection des conseils municipaux au suffrage universel direct. Sans remonter à la IIIe République ni s'arrêter sur les changements de mode de scrutin, il est possible de repérer quelques grandes dates qui ont marqué l'histoire de ces élections municipales, avec un enjeu national.
1945 : les premières élections de la Libération furent les municipales
Que les communes soient au fondement de notre démocratie fut encore confirmé à la Libération : alors que la guerre n'était pas encore terminée et qu'elles ne purent être organisées dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Moselle et du Territoire de Belfort, ce furent les premières élections de la France libérée, les 29 avril et 13 mai 1945. Doublement historiques, puisque ce furent les premières élections où les femmes purent voter. Des maires issus de la Résistance socialiste ou communiste s'imposent dans certaines grandes villes, comme Gaston Defferre à Marseille, Raymond Badiou à Toulouse ou Georges Guingouin à Limoges. Mais la France s'étant dotée d'une nouvelle Constitution, il lui faut revoter pour des municipales dès 1947.
1947 : victoire historique d'un nouveau parti, le RPF
Nouvelle Constitution et apparition d'un nouveau parti, que le général de Gaulle, qui a quitté le pouvoir le 20 janvier 1946, s'est résolu à créer : le RPF. Les élections municipales des 19 et 26 octobre 1947 sont pour lui le premier test électoral, et c'est un succès, qu'il ne retrouvera d'ailleurs plus à des municipales, ni sous la IVe (en 1953, c'est un net reflux), ni même après 1958 sous le nom de l'UNR. Mais, en 1947, il obtient 38 % dans les villes de plus de 9.000 habitants et peut prendre les mairies de Paris, Marseille, Bordeaux, Lille, Strasbourg et Rennes, ainsi que des communes plus petites, souvent au détriment du PCF. Preuve qu'un courant peut s'imposer nationalement sans être dominant à des municipales, et réciproquement !
À ce sujet — [HISTOIRE] Ces communes que nous aimons tant !
1977, 1983 : ces municipales annonciatrices d'une alternance nationale
Analysant les enjeux de ces municipales 2026, Georges Michel a rappelé combien celles de 1977 et de 1983 avaient eu une dimension nationale, avec des raz-de-marée en faveur des oppositions de l'époque (la gauche en 1977 et la droite en 1983), permettant une alternance dans les années suivantes (la gauche en 1981, la droite en 1986). On pourrait y ajouter les municipales de 2001 : alors que la gauche plurielle triomphante a imposé une cohabitation à Chirac depuis 1997, ces élections municipales constituent pour elle un échec, avec la perte de plusieurs dizaines de villes moyennes. Mais ce désaveu de la gauche est masqué par ses succès à Paris, que prend Delanoë pour le PS, et à Lyon, avec la victoire de Gérard Collomb. La gauche n'a pas vu monter le thème de l'insécurité : le coup de tonnerre de la présidentielle de 2002, qu'elle lui croyait acquise, sera d'autant plus violent. Jospin est éliminé, derrière Chirac et Jean-Marie Le Pen. Il arrive donc que des résultats dans certaines grandes métropoles masquent des tendances plus profondes, visibles dans des villes moyennes, et qui feront l'élection nationale suivante. Autre vote sanction : 2014. La majorité PS du Président Hollande est laminée et son Premier ministre Jean-Marc Ayrault démissionne.
Depuis 2014, des résultats difficilement lisibles
Pourtant, la lecture des deux derniers scrutins municipaux est difficile. Même en 2014, où le journal l'Opinion parle de « déferlante » et de « vague historique » en faveur de la droite, la situation est plus complexe et Libération tempère cet enthousiasme, relevant qu'en 2014, « les listes de droite ont recueilli 45,3 % des bulletins exprimés, contre… 45,9 % au second tour de 2008 ». En fait, « sa victoire électorale est donc surtout la conséquence du camouflet spectaculaire de la gauche, passée en six ans de 50,9 % des voix exprimées à 43,8 %. À l'inverse, la progression de l'extrême droite est spectaculaire : quasi absente du second tour en 2008 (0,4 %), elle a recueilli 8,7 % des suffrages exprimés dimanche. » Même illisibilité des résultats en 2020, lors d'élections où l'épidémie de Covid-19 entraîna une chute historique de la participation, avec des maires - souvent - très mal élus. Si la vague bleue de 2014 était « en trompe-l'œil », comme l'écrivait Libé, que dire, alors, de « la vague verte historique » décrite par Le Monde en 2020 ? Il y a bien un « brouillard » des municipales.
Pour le percer et en tirer un enseignement politique pertinent, les élections municipales requièrent une lecture fine des résultats, entre enjeu local et national, entre métropoles, grandes villes et villes moyennes, entre poids du maire sortant et dégagisme, entre tendances tapageuses mais éphémères et mouvements moins médiatiques, mais plus profonds.
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11 commentaires
Avec la nouvelle loi électorale pour les communes de moins de 1000 habitants nous ne pouvons plus choisir les personnes. C’est maintenant la proportionelle et elle offre bien moins de liberté: plus de panachage possible et bien des électeurs n’ont pas compris la répartition des sièges qui en fait n’est pas du tout proportionelle aux nombre de voix que chaque liste obtient et ceci n’est qu’un aspect de ce nouveau scrutin pour nous les ruraux: moins de liberté, moins d’égalité ce qui conduit à plus de bulletins nuls ou abstention.
Dans l’isoloir, j’ai voté pour ma liste et les autres listes je les ai déchirés et jetés dans la poubelle prévue à cet effet pour éviter toute récupération
Et alors? Comme tout le monde.
Les votes blancs devraient être comptabilisés. Mais même avec le système actuel, je vais toujours voter.
Au regard des minables listes en présence il serait grand temps de comptabiliser et de tenir compte des votes blanc, nul et abstention. Cela changerait également la donne. Voter par défaut pour l’une ou l’autre minable liste n’est pas une solution. Malheureusement on retrouve toujours les mêmes qui changent de liste majoritairement issus du monde public et associatif en fait de tout ce monde qui est en permanence gavé par les fonds publics. Le restant des listes n’étant que « les colleurs d’affiche » qui n’ont mot a dire. Alors voter pour la peste ou le choléra n’est pas une issue pour la sérénité d’un pays. La démocratie quoi que l’on dise est largement bafouée en France.
Com’dab, les magouilleurs vont bidouiller et nombre de scrutins ne correspondront pas à la réalité sociale de la commune !
Reste à espérer que le bourrage des crânes intensif organisé par lfi reste sans effet
Dans l’Aveyron (30% de voix patriotes) RN et UDR sont absents des 5 plus importantes agglomérations. Les électeurs ont le choix entre des LR alliés à Macron et des PS alliés à Mélenchon. Merci qui ?
Dans les petites villes je ne suis pas sûr que la connotation politique soit très importante. Les gens regardent le bilan du maire sortant, s’il se représente, les personnes présentes sur sa liste. Alors qu’il soit de droite ou de gauche n’a pas vraiment d’importance. A souligner que les mairie de gauche ont rarement un bilan positif.
Je me disais qu il fallait juger en fonction du bilan du maire mais aujourd’hui, je n en suis plus certaine. Vu la gravité du manque de compétence du gouvernement, je pense qu il faut avoir une vision au dessus des municipales et commencer à voter pour la tendance que nous souhaiterions en 2027 pour préparer le terrain. Il est certain que nous sacrifions peut être de bons maires mais nécessité fait loi.
Dans mon village deux listes, donc un seul tour, le maire sortant et un ex employé municipal se présentent les deux sans étiquette, ni droite ni gauche . Le choix est cornélien, les deux ont des programmes quasi identiques alors que faire, et bien dans notre couple nous allons voter différemment et on verra qui l’emportera. Ceci dit je crains que l’abstention soit la grande gagnante de cette élection par contre dans les banlieues où le changement de population est visible, les listes UDMF (gauche) vont faire un carton, hélas !