[HISTOIRE] 11 septembre 1789 : le jour où naquit le clivage gauche-droite

Ce vieux clivage, que l’on croyait dépassé, perdure et semble appelé à survivre bien après Emmanuel Macron.
@Wikimedia commons
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Il divise, il fait réagir, il ne laisse personne indifférent : le clivage gauche-droite constitue, depuis des siècles, le moteur de notre vie politique française. Son origine remonte alors à une scène fondatrice, à l’aube de la démocratie moderne. En effet, le 11 septembre 1789, au cœur de l’Assemblée constituante, un simple choix de placement - s’asseoir à gauche ou à droite dans un hémicycle - a suffi pour faire naître un repère politique qui structure encore aujourd’hui notre vie publique.

Le vote du 11 septembre 1789

Deux semaines après l’adoption de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le 26 août 1789, l’Assemblée nationale constituante débat du droit de veto royal. Deux options s’affrontent alors : soit un veto absolu renforçant le pouvoir royal, soit un veto suspensif, partiel et limité.

Pour faciliter les votes, les députés s’installent dans la salle : les partisans du veto suspensif, favorables à restreindre le pouvoir royal et à permettre à la Révolution de ne commettre aucune limite, prennent place à gauche du président, tandis que les défenseurs du veto absolu, attachés à la royauté et à son pouvoir, s’asseyent à sa droite.

Le veto suspensif l’emporte alors, 673 voix contre 325, et donnent sans le savoir à cette scène une portée symbolique : c’est la première apparition officielle du clivage « gauche-droite » tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Un ancrage historique et persistant

Dès octobre 1789, les débats déménagent, comme Louis XVI et sa famille, à Paris et s’installent dans la salle du Manège, aux Tuileries. La disposition reste alors la même : à gauche, « le côté du Palais-Royal », occupé par les « patriotes » révolutionnaires autour de Mirabeau ; à droite, « le côté de la reine », peuplé par les « aristocrates » conservateurs tels que l’avocat Jean-Joseph Mounier. Cette répartition dans l’espace incarne alors durablement une opposition idéologique, instaurant une grille de lecture politique concrète, dans l’imaginaire collectif.

Cette structuration n’est toutefois pas immédiatement dominante, tout au long de la Révolution : elle cède parfois la place à d'autres oppositions, notamment « haut-bas », avec l’affrontement entre les Montagnards et les Girondins.

Cependant, le clivage gauche-droite finit par réapparaître et par se renforcer au fil du XIXe siècle, notamment entre royalistes et républicains, partisans de l’ordre et promoteurs du mouvement, conservateurs et progressistes.

Tentative et échec de Macron pour dépasser le clivage

En 2017, Emmanuel Macron s’était présenté comme le candidat capable de dépasser ce vieux clivage. Avec son mouvement « En marche ! », il avait ainsi prétendu proposer un nouvel axe politique. L’idée était alors belle, moderne, attrayante, séduisante et redoutablement efficace pour gagner des élections présidentielles. Cependant, l’ancienne tradition politique de la France s’est avérée bien plus tenace.

En effet, sept ans plus tard, le souhait d’Emmanuel Macron s’est fracassé contre la volonté manifeste des Français. Le vieux clivage, que l’on croyait alors affaibli, n’a jamais vraiment disparu mais est même revenu avec force. La dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 en est la preuve éclatante : voulue pour consolider le pouvoir présidentiel, elle a fini par relancer les deux camps historiques, droite et gauche, et surtout aux extrêmes de l’échiquier politique.

Aujourd’hui, le camp présidentiel n’est ainsi plus qu’une force réduite, minoritaire et fragilisée, dans une Assemblée nationale profondément polarisée. Emmanuel Macron, dont les marges de manœuvre se réduisent chaque jour et qui rêvait de dépasser les clivages, se retrouve aujourd’hui prisonnier d’un affrontement qu’il voulait rendre obsolète mais qui demeure le moteur implacable de la vie politique française.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Emmanuel Macron est de droite.
    Il disait vouloir effacer le clivage droite/gauche mais c’était pour faire une politique de droite.

  2. Déjà bien avant 1789 tout ce qui n’était pas bien était qualifié de « gauche » à l’opposé du « droit ».
    Aujourd’hui encore, pour les Italiens la Gauche est « sinistra »

    • Depuis la Rome antique, s’opposaient le droit (dextra) et le tordu (senestra). Notre problème actuel est que les tordus ont pris le pouvoir et s’y accrochent, ça se constate tous les jours avec leur bilan.

  3. Ce clivage perdure en devenant de plus en plus flou. Les LR ( appelés autrement naguère ) ont mis du temps a accepter d’être appellés de droite à l’époque RPR ou UDR _ par pure commodité, car ce sont surtout des libéraux ( libéraux, traditionnellement de gauche ). Un politique averti humorisait en disant_ naguère là aussi _ qu’il y a en France deux blocs de gauche dont l’un s’appellera opportunément de droite afin d’équilibrer. Lorsqu’aujourd’hui, il existe dans le paysage, LFI-Poutou, ou même Faure etc peut-on encore dire que ces gens soient de « gauche », et en quoi exactement ? Le problème _ et avantage pour eux _ est que cette posture et imposture sémantique leur soit tout bénéfice ( « gauche = gentil ! » )

  4. Ce clivage est intemporel, il existe toujours, mas pas là où l’on veut nous le faire croire :
    La GAUCHE privilégie la collectivité sur l’individu par toujours plus de lois. Elle permet la solidarité et, à l’excès, elle aboutit à la dictature, fasciste ou communiste (je ne vois pas de différence).
    Exemple extrême-gauche de nos jours : LFI
    La DROITE privilégie l’individu sur la société. Elle permet la liberté et, à l’excès, elle aboutit à l’élitisme où une caste impose sa loi au peuple. Autrefois la monarchie absolue.
    Exemple extrême-droite de nos jours : Renaissance, avec l’élite mondialiste richissime qui impose sa loi aux peuples pour mieux les exploiter. Ainsi, tous ceux qui veulent se maintenir dans l’union européenne sont d’extrême droite et anti-démocrates (eh oui…).
    Le CENTRE équilibre les valeurs de Gauche (collectivisme) et de droite (individualisme). Il permet la liberté et la solidarité bien comprises.
    Exemple de nos jours : tous ceux qui veulent protéger la nation (permettant, elle seule, de la démocratie), par exemple Les Patriotes.
    C’est simple, et pourtant le classement qu’on constate dans les médias est complètement faux…

  5. La gauche et la droite étaient déjà bien poreuses en 1789, contaminées par la franc-maçonnerie,contre laquelle l’impératrice d’Autriche avait mis en garde sa fille, Marie-Antoinette, qui n’y voyait pas de danger !
    C’est toujours le cas aujourd’hui, il n’y a qu’un cloaque, un marigot qui se partage le gâteau France !

  6. L’émergence d’un bloc central de voulant ni droite ni gauche qui peut paraître séduisant est le plus sûr moyen d’arriver à une situation délétère. Si le bloc central est majoritaire les oppositions sont rejetées aux extrêmes, il exerce une hégémonie et toute possibilité d’alternance est exclue. S’il est faible il n’y a pas de majorité et l’on arrive à une situation de blocage telle que celle que nous connaissons actuellement. Finalement, le bon vieux clivage droite gauche n’ est pas si mauvais dans la mesure où demeure toujours l’espoir d’une alternance possible …

    • C’est exactement cela ! Mais juste ajouter que le centre était encore « un centre droit » et à côté un « centre gauche ». Ces deux centres ont été balayé (pour régner), d’un côté par le PS et son chef Mitterrand en 1981, et de l’autre côté par le RPR puis l’UMP, et leurs chefs respectifs, CHIRAC puis SARKOSI, après 1995…BAYROU ayant eu l’idée de « relancer » un nouveau centre, dans le même temps, mais un centre assumé comme clairement et exclusivement de…gauche. Ce n’est d’ailleurs et pourtant pas BAYROU qui a véritablement rejoint MACRON en 2017, mais…bien l’inverse !

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