Groenland : une éternelle histoire de conquêtes et de convoitises

Bien avant Donald Trump, cette terre glacée a attisé bien des désirs.
D. Trump réaffirme ses vues sur le Groenland. Photo de stein egil liland: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/lumieres-rayonner-magnifique-aurore-boreale-6555898/
D. Trump réaffirme ses vues sur le Groenland. Photo de stein egil liland: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/lumieres-rayonner-magnifique-aurore-boreale-6555898/

Le Groenland, ce vaste territoire du Grand Nord, évoque d’abord un paysage presque lunaire, une immensité de glace scintillante, des fjords creusés par les glaciations et des montagnes abruptes battues par les vents polaires. Cependant, derrière cette description spectaculaire se cache une histoire complexe, reliant les premiers explorateurs européens aux grands enjeux géopolitiques du XXIe siècle. L’épopée du Groenland est celle d’une terre peuplée depuis des millénaires par les peuples inuit, redécouverte par des Scandinaves à la fin du premier millénaire, intégrée progressivement à la monarchie danoise avant de devenir un territoire largement autonome. Aujourd’hui, alors que ses ressources naturelles et sa position stratégique dans l’Arctique attisent les convoitises, les déclarations de Donald Trump relancent le débat sur sa souveraineté et son devenir.

Les origines et la découverte européenne

Les premiers habitants du Groenland sont les Inuit, descendants de populations venues d’Asie il y a plusieurs millénaires, après avoir franchi le détroit de Béring alors immergé durant les périodes glaciaires. Ces peuples développèrent une culture parfaitement adaptée aux conditions extrêmes de l’Arctique, fondée sur la chasse, la pêche et une connaissance fine de l’environnement polaire.

Vinrent ensuite les Vikings, ces marins et explorateurs scandinaves, qui furent les premiers Européens à atteindre le Groenland. En effet, vers l’an 985, Erik le Rouge, banni d’Islande, navigua vers l’ouest et explora les côtes sud de l’île. Afin d’inviter des colons à le suivre, il baptisa ce territoire la « terre verte », « greenland », et ceci, malgré le climat rude qui y régnait. Des colonies norroises s’établirent ainsi peu à peu sur e territoire. Toutefois, ces communautés disparurent au début du XVe siècle, pour des raisons encore débattues par les historiens.

L’intérêt des Européens pour le Groenland se raviva à l’époque des grandes explorations. À partir de 1721, le missionnaire luthérien Hans Egede entreprit la recolonisation danoise de l’île. Le Groenland devint alors une colonie du royaume uni du Danemark et de la Norvège. Après la séparation des deux royaumes en 1814, le Danemark conserva la souveraineté sur le territoire. Toutefois, au cours du XIXe et du début du XXe siècle, des tensions persistèrent entre la Norvège et le Danemark au sujet de la possession de l’île. Ce différend fut tranché en 1933 par la Cour permanente de justice internationale, qui reconnut officiellement la souveraineté danoise sur l’ensemble du Groenland. Le territoire conserva néanmoins son statut colonial.

De colonie danoise à l’autonomie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Groenland devint un enjeu stratégique majeur et marqua le début de l’ingérence américaine sur l’île. En effet, avec l’occupation du Danemark par l’Allemagne nazie en 1940, le Groenland se retrouva isolé de sa métropole. Les autorités danoises locales refusèrent toute allégeance au régime nazi et autorisèrent les États-Unis à installer des bases militaires sur l’île. Ces installations jouèrent ensuite un rôle clef durant la guerre froide, notamment la base de Thulé, toujours utilisée par les États-Unis.

En 1953, le Groenland perdit officiellement son statut de colonie et fut intégré comme territoire à part entière du royaume du Danemark, ses habitants devenant citoyens danois. Dans les décennies suivantes, les Groenlandais réclamèrent davantage de contrôle sur leurs affaires internes. En 1979, le Danemark accorda au territoire une autonomie territoriale, instaurant un Parlement local. Puis, en 2009, une loi d’autonomie renforcée reconnut le droit aux Groenlandais de réclamer, s’ils le veulent, leur indépendance par référendum. Le Danemark conserve néanmoins la responsabilité de la défense, de la politique étrangère et de la monnaie.

Les États-Unis et le Groenland : une convoitise ancienne

En parallèle de cette histoire singulière, marquée par la volonté du Groenland d’acquérir progressivement une forme d’indépendance sans pour autant rompre avec ses racines danoises, le territoire dut également composer avec les ambitions des États-Unis. En effet, l’intérêt américain pour l’île ne date pas de Donald Trump. Dès 1867, dans la foulée de l’achat de l’Alaska à la Russie, le secrétaire d’État William Seward envisagea déjà l’acquisition du Groenland et de l’Islande - sans succès. Plus tard, en 1946, en plein contexte de guerre froide, le président Harry Truman proposa officiellement au Danemark d’acheter le Groenland pour la somme de 100 millions de dollars en or. Copenhague refusa catégoriquement, réaffirmant avec fermeté que l’île n’était pas à vendre.

Cette volonté persistante de Washington de contrôler le Groenland s’explique par sa position géostratégique exceptionnelle, située à la croisée de l’Amérique du Nord et de l’Europe, indispensable pour la surveillance militaire et les systèmes de défense antimissile. À cela s’ajoutent les immenses ressources minières et énergétiques que recèle son sous-sol. Ainsi, le Groenland continue encore aujourd’hui son histoire de territoire convoité par les grandes puissances du monde.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

39 commentaires

  1. « Toutefois, ces communautés disparurent au début du XVe siècle, pour des raisons encore débattues par les historiens. » Raisons essentiellement climatologiques : Lorsque les Vikings découvrirent le Groenland, les températures terrestres dépassaient de deux degrés les notres car ils vivaient dans la période historique de « l’optimum médiéval » où le Groenland était tout vert (Green land). Ensuite, le climat a basculé vers le » petit âge glaciaire », les températures ont chûté, le Groenlad s’est couvert de neige et les Vikings sont partis.

  2. Effectivement. Un petit retour au réel est nécessaire
    Sur la trace des Vikings, le Danemark (-Norvège) a traversé l’Atlantique au 18è siècle pour envahir et finalement acheter le Groenland en 1814. Pour l’exploiter évidemment ; Pas par amour des hommes.
    L’Europe a traversé l’Atlantique pour envahir l’Amérique du Nord, a détruit presque toute la population d’origine et parqué les survivants dans des réserves, avec quelques Bisons restants.
    Tous les Européens ont considéré ces politiques comme « normales », « démocratiques »…
    Les Francs-Maçons français ont dressé une statue à New-York pour célébrer cette conquête de « LA LIBERTÉ » sans se préoccuper du sort des indigènes.
    Trump envisage d’annexer politiquement et économiquement le Groenland, juste de l’autre côté du détroit du Labrador. Sans tuer personne, ni changer le régime politique et social des 56.000 habitants,voire en achetant le Groenland. Qui deviendrait ainsi, au pire, le 51è état des USA.
    Quelle Horreur ! Certains « Démocrates Éclairés » européens vocifèrent contre ce « Dictateur d’Extrême Droite », qui selon eux menace les libertés au Groenland et a enlevé et emprisonné « le pauvre » Maduro.
    « l’Empire Voyou » proclament-ils. Celui de Trump ou celui de Maduro le dictateur-trafiquant international de drogue ? Une centaine de morts à l’occasion de la capture de Maduro ? Combien de centaines de milliers de morts, physiquement et socialement, dans le monde, du fait du trafic de drogue organisé par Maduro ?
    La France a vendu la Louisiane aux USA en 1803 pour 15 millions de dollars. En quoi Trump serait un « voyou » parce qu’il projette de rattacher le Groenland aux USA ? Et en quoi les Européens, à 5000km de là, seraient légitimes et plus « démocrates » en s’y opposant ?
    Les seuls qui sont en droit d’apporter une réponse démocratique sont les 56.000 habitants du Groenland dans un référendum. Pourquoi le Danemark et les USA ne l’organiseraient-ils pas conjointement ?
    Une réalité de bon-sens cependant : Le Groenland est stratégiquement une préoccupation légitime pour les USA et les Groenlandais ne seront pas des martyrs si le pays devient US.

  3. Mais surtout ne laissez pas macron se mêler de cette histoire car à coup sûr il vas encore nous mettre la honte !

  4. Le Groenland va finir sur le drapeau étoilé des USA, c’est inévitable car il représente trop d’intérêts pour échapper à la première puissance militaire de la planète.

    • J’ai compris cela il y a deux mois, et je vois la fin de l’affaire d’ici l’été. En plus, ce faisant, les USA vont encercler le Canada et Sa Majesté britannique ne dira rien.

  5. Le Groenland sera forcément obligé de choisir entre son appartenance au Danemark donc à l’Europe qui n’existe pratiquement plus dans les décisions internationales, la Russie et/ou la Chine qui veulent la route ouverte par le réchauffement climatique et l’Amérique de Trump qui veut ce territoire depuis longtemps déjà. Quel serait le pire scénario pour les Groenlandais qui peinent à vivre, déchirés entre traditions et monde moderne (le taux de suicides est l’un des plus élevés dans le monde) ? L’argent nécessaire à l’exploitation des richesses naturelles est colossal ; si les choses se passent comme au Svalbard où les Russes ont voulu extraire les minerais et ont finalement tout laissé à l’abandon avec des mines désaffectées visitées par les touristes, les Groenlandais seront les perdants.

  6. Bizarre quand poutine a envahit l’ukraine, biden a commencé à amener des troupes au Groenland , sans que ça gène les Danois. Il y a désormais plus de militaires Américains que Danois au Groenland. Quand les USA installaient le barrage sonar sur le GIUK ça ne génait pas le Danemark, qui se savait protégé par les USA. trump veut reconstituer son « empire » d’avant la fin de la guerre froide, face aux résurgences des envies d’extension Russes.

  7. En fait ce que cherche Donald, c’est de pouvoir disposer d’une ou deux bases militaires pour contrôler la nouvelle route maritime de l’extrême nord

  8. Pour être allé plusieurs fois au Groënland avec la marine nationale en 1968- 1969 jusqu’à Thulé en baie de Disko,de grâce, laissez ce magnifique pays en paix. Nous avons déjà assez saccagé de coins dans le monde comme ça.

    • En l’absence de Thulé, et donc de ses personnels importés, vous n’y seriez pas allé. Ne confondez pas la paix avec l’élimination de l’homme, ce prédateur saccageur de sainte nature.

  9. Il n’y a aucune des caractéristiques groenlandaises qui inspirent Trump qui ne soient pas valables pour l’Europe. Nous aussi avons besoin de contrôler ce territoire, nous (européens) avons besoin de ses ressources naturelles et avons les industries pour les exploiter, et donc que Trump aille se faire voir.

    • Vous avez totalement raison : « nous (européens) avons besoin de ses ressources naturelles [du Groenland] et avons les industries pour les exploiter ». Alors pourquoi ne le faisons nous pas ? Par ailleurs, l’Europe a-t-elle la puissance pour défendre ce territoire ? Certains Européens qui veulent que « Trump aille se faire voir » ont préféré doter leur armée de marteriels américains dont ils sont totalement dépendant. En effet, grâce à des systèmes électroniques et informatiques sophistiqués leurs avions ne peuvent décoller qu’avec l’autorisation des USA… je le répète, je suis d’accord avec vous sur le principe. Mais avons nous les moyens d’envoyer Trump se faire voir ? Car vous l’avez bien compris, nous sommes rentré dans un monde où la force prime le droit.

      • Le Groenland est une colonie danoise..peut etre qu’un référendum  » danois ou américain » applanirait les choses..

      • Tout cela est juste, mais le Danemark n’a rien fait, Quant à l’union européenne malfaisante, mieux vaut pour tout monde qu’elle n’y touche pas.
        Le mieux serait en effet de laisser ça pays tranquille, mais pas d’angélisme, ça n’arrivera pas.

      • Un referendum, avec l’argent américain en poche, les gens vont voter US, c’est évident. Je ne pense pas que la population le désire,mais une jolie habitante en a parlé, il y a dans l’île des gens qui pensent pognon comme partout ailleurs. Comme on dit pour Poutine, après le Groenland, ce sera l’Islande, le Spitzberg ( Svalbard) etc etc et le Canada tombera aussi, les Brits ne réagiront pas plus que les Vikings, quant à Ursula, est est en Amérique du Sud, elle danse avec Lula.

      • La question des systèmes d’armes américains que les USA maitrisent et qu’il faut consulter pour l’entretien et la maintenance, il y a une solution si on veut éviter les USA et utiliser « nos » F35, on s’arrange avec les ingénieurs israéliens, ( ça va faire bondir la gauchaille mais il faut lui dire qu’ils détestent Trump, alors il faut choisir) qui selon l’info générale n’ont pas besoin des USA pour fairer voler « leurs » F35.

  10. NB : les terres dites rares ne sont pas rares, mais il se trouve qu’une série d’accords fait que la Chine en a le monopole ! C’est ballot, non ?

  11. Le Groenland a une positon hyper stratégique, entre Russie et USA. La Norvège, la Scandinavie, aussi d’ailleurs. Et la Chine a déjà tenté, esquissé des approches. La démarche de Trump est loin d’être stupide !

    • « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt… ». Les « Trumpophobes » se délectent de pouvoir denoncer ses velléités « expansionnistes » sans voir qu’au delà des terres rares, en voulant récupérer le Groenland, le président américain lance surtout un coup de semonce à la Chine qui, en sous main tente des approches. Imaginez ce pays stratégique au centre de l’Occident occupé par la Chine qui détient déjà toutes la majorité des terres rares ? « Si les Ricains n’étaient pas là, demain nous parlerions tous chinois… ».

  12. On remarquera que pendant que Trump convoite le Groenland, la France est prête à lâcher son immense zone maritime du Pacifique, très riche en nombreux minéraux et en pétrole et en gaz vers l’Australie.
    Et MLP, qui a donné raison à la minorité de destructeurs kanaks de Nouvelle Calédonie, trahissant les loyalistes, ne ferait pas mieux que la gauche pour notre zone Pacifique.
    On peut objecter que ces ressources ne sont pas exploités, mais c’est parce que nos députés, sous Hollande, ont voté un moratoire interdisant toute exploitation de ces ressources au nom de l’écologie.
    On a la France qu’on mérite.

  13. La situation actuelle permet aux USA d’installer des bases militaires au Groenland , il y en a eu plusieurs , il n’en reste qu’une mais possibilité d’en installer d’autres avec l’accord du Danemark , la sécurité n’est donc pas un argument pour une « invasion » de ce territoire .
    Reste la seule question importante , la question économique , les richesses en pétrole et minerais divers dont les terres rares si convoitées . Là non plus une « invasion » ne se justifie pas , il suffit de contracter .

    • Contracter c’est exactement ce que veut faire Trump. Mais il veut le faire en situation de force. Alors il menace d’une intervention militaire pour effrayer les pétochards de l’UE afin d’obtenir, aux meilleures conditions possibles, l’exploitation des ressources Groenlandaises par les compagnies américaines.

      • Je pense exactement comme vous. Il fait ce qu’il sait le mieux faire : marchander, c’est avant tout un homme d’affaire. Pour lui vendre ou acheter un immeuble ou un pays c’est kif kif.

    • je vous rejoints sur tous les points.
      Une « invasion » (ou une conquête) ne se justifie pas.
      J’appelle cela un vol.

      • Quand on laisse les Turcs s’installer à Chypre, sans broncher, il ne faut pas s’attendre à des réactions guerrières depuis Bruxxxelles, et les gens comme Trump ont bien compris cela. Je ne sais pas s’il y aura annexion brutale, mais il y aura encore marchandage et l’UE devrait exposer la question de l’OTAN et de son utilité avec les USA.

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