Faux ! La cathédrale de Toulon n’a jamais été une mosquée

Les troupes de Barberousse n'ont jamais utilisé la cathédrale de Toulon pour y prier Mahomet.
Arudsch-barbarossa par Charles Motte / Achille Devéria - Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=386201
Arudsch-barbarossa par Charles Motte / Achille Devéria - Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=386201

Depuis 2018, une légende prétend servir l’Histoire contemporaine : la cathédrale de Toulon aurait servi de mosquée aux troupes de Barberousse. C’est faux.

Certes, le cours Lafayette qui relie la haute ville au port n’est plus ce qu’il était. Le « marché de Provence » qui l’anime quotidiennement a bien changé, depuis la chanson de Bécaud, et l’on y parle davantage l’arabe que le provençal. Ce n’est pas une raison, toutefois, pour arranger l’Histoire et donner à Mahomet ce qui revient au Dieu des chrétiens.

C’est en 2008 qu’apparaît cette histoire, reprise depuis ici et là, y compris sur Arte. C’est Wikipédia Grande-Bretagne qui sert de source, renvoyant au livre d’un auteur anglais, Roger Crowley, qui lui-même se réfère à un autre auteur, Ernle Bradford, lequel, relatant les événements de 1543, écrivait (dans un ouvrage paru en 1969) : « À voir Toulon, on se croirait à Constantinople, chacun poursuivant ses affaires avec le plus grand ordre et la plus grande justice. » De là à en déduire que la cathédrale Notre-Dame-de-la-Seds fut un temps une mosquée, c’est faire preuve d’imagination.

Piqué au vif par cette histoire à laquelle n’a jamais cru le clergé local, aucune trace ne figurant dans les archives de l’Église, Dominique Delahaye a décidé d’enquêter. Sa conclusion est nette : tout cela est faux, cette histoire ne repose sur rien.

Quand François Ier faisait alliance avec Soliman le Magnifique

La plus vieille représentation de la ville de Toulon, port ô combien convoité, a été découverte dans la bibliothèque du Trésor du Vieux Sérail, à Istamboul. Elle date du XVIe siècle et relate les expéditions militaires menées en 1543 par Khayr ad-Dîn, grand amiral des flottes de l'Empire ottoman, plus connu sous le nom de Barberousse.

C’est alors François Ier, allié à Soliman le Magnifique dans sa guerre contre Charles Quint - lequel cherche à récupérer la Provence -, qui a invité les troupes ottomanes à prendre leurs quartiers dans la rade. C’est une armada de 110 galères, 40 galiotes et 4 nefs qui vient prêter main-forte au roi de France. Barberousse file sur Marseille où il réside quelque temps mais, impatient d’en découdre avec l’ennemi, il se joint aux troupes françaises pour bombarder Nice et sa citadelle, alors aux mains de Charles Quint. Sans succès.

Mais l’automne arrive avec ses tempêtes. Pas question de reprendre la mer. La flotte franco-turque s’installe à Toulon, « aux frais du trésor royal ». Le 8 septembre 1543, le roi ordonne aux 5.000 habitants de quitter Toulon pour laisser place à « l'armée du sieur Barberousse ». Il faut négocier le Grand Remplacement. Une délibération du Conseil général de Toulon, datée du 25 septembre, entérine le fait « que les enfants seulement et femmes qui vouldroient en aller [...] et qu'on y mectroyt telle police que ny aurait désordre ny inconvénient ». En contrepartie de l’occupation – les 30.000 hommes de Barberousse se sont installés dans des camps de toile au pied du Faron –, la ville obtient d’être exemptée de la taille pendant dix ans.

En 1544, les hostilités ayant cessé, Barberousse et ses troupes reprennent la mer, chargés de somptueux cadeaux pour le sultan Soliman. Cela coûta à François Ier « 800.000 écus d’or, pièces d’orfèvrerie et draps de soie en grand nombre plus vivres et munitions », nous disent les archives du temps. Ce qui ne l’empêcha pas, une fois signé avec Charles Quint le traité de Crépy, le 18 septembre 1544, de s’engager à combattre les Ottomans…

Ni hier ni demain…

Alors que rien, jusqu’ici, n’en faisait mention, on laisse entendre aujourd’hui que la cathédrale Notre-Dame-de-la-Seds aurait, entre septembre 1543 et mars 1544, été transformée en mosquée pour permettre aux troupes de Barberousse d’y pratiquer leur culte. Ce que dément une nouvelle étude menée par un passionné d’histoire. « Bien que plusieurs historiens et sites d’infos aient relaté l’événement, je me suis alors mis en tête d’analyser les sources premières pour voir s’il s’agissait réellement d’une erreur historique », confie Dominique Delahaye à Nice-Matin.

Afin de pouvoir décrypter les sources les plus anciennes, cet ancien industriel se forme en paléographie. Il est formel : aucun récit historique de l’époque ne mentionne ce fait qui aurait dû connaître un retentissement certain « dans le contexte d’un royaume chrétien du XVIe siècle ». Or, « ni Jérôme Maurand, ni Jean Sleidan, pas plus que Blaise de Montluc, auteurs contemporains de "l’affaire", ne l’évoquent dans leurs œuvres ».

De même, dit-il, les historiographes les plus pointus n’en font aucune mention dans leur histoire de Toulon. C’est d’autant plus surprenant « quand on sait que le passage de Barberousse ici est très documenté ». Aucune mention, non plus, dans les délibérations du Conseil mentionnées plus haut, pas plus que dans le « livre du chapitre, histoire officielle des évêques de la cathédrale ». Et de préciser : « On connaît aussi le nombre de baptêmes qui se sont déroulés là-bas entre 1543 et 1544… et qui ne montre aucune évolution. »

Notre-Dame-de-la-Seds n’a jamais été transformée en mosquée, même pour six mois. Souhaitons alors qu’elle ne le soit jamais. Et très joyeux Noël à tous !

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

19 commentaires

  1. En résumé, les « fake news » ne datent pas de notre époque !!!!
    Merci pour cette mise au point.
    Bonne journée à tous

    • J’allais l’écrire et je vous ai lu avant. ND de Paris a juste failli devenir en 2019 le temple de la raison que les cocos de 1789 n’avaient pu faire … mais l’incendie a loupé son but…. et la macronie aussi.

  2. Ce genre d’histoire est toujours intéressante à connaitre, mais le plus important dans ces réflexions ne serait-il pas de se préoccuper de l’époque présente, et de ce qui risque, inévitablement d’arriver, si nous ne nous réveillons pas ?…
    Alors, debout les gars réveillez vous !… comme je chanterai si bien Hugues Auffray, mais avec une grande urgence dans la réaction…

  3. Oui , la , avec les traitres qui nous dirigent , ce n’est pas gagne . Les corsaires de Barberousse savaient eux qu’ils n’etaient la que pour un temps limite .Quant a la gestion de francois premier, elle fut vomme son regne une calamite que le Pape reussit a calmer en le menacant d’excommunication ….

  4. On voit malheureusement depuis quelques années, pour ne pas dire quelques décennies, monter une effervescence accrue concernant les religions. Ce ne sont pas les chrétiens qui en sont la cause mais à force d’être titillés, ils n’ont d’autre choix que de répondre à la conquérante islam. C’est bien dommage d’entendre parler de « chacun son Dieu ». L’unité de Dieu comme son nom l’indique ne se partage pas. Seule la foi peut différer dans son expression selon celui qui la vit. La spiritualité est un don, un éveil. Elle n’est pas là pour satisfaire les goûts de telle ou telle personne et provoquer la zizanie. La Paix dans le monde au lieu d’être vraiment recherchée devient une affaire de dispute comme du temps des guerres de religion. Où se trouve la maturité de l’Homme dans l’Histoire ? Son expérience semble être de peu de poids et l’entraîne toujours autant dans ses travers. Nous sommes d’éternels Diogène dont la lanterne ne suffit pas à éclairer notre jugement.

  5. L’on sait que les origines de Kheireddine (écrit à la tunisienne…) n’étaient pas arabes. Quant au passé islamisé du sud de la France, il fut assez bref et date d’avant Charles Martel…

  6. « une armada de 110 galères, 40 galiotes et 4 nefs qui vient prêter main-forte au roi de France » , mais qui ramait , de bons musulmans fiers de servir ?

  7. Partout où les Ottomans sont passés les églises, lorsqu’elles n’étaient pas détruites, étaient bien souvent transformées en mosquées. Et on voudrait nous faire croire que Barberousse, cruel chef de guerre musulman, n’aurait pas touché à la cathédrale de Toulon.

    • J’y ai fait deux années de catéchisme, cette cathédrale est froide et austère, pour faire partie de l’association du Musée du Vieux Toulon , ce commentaire est bien une hérésie !! et votre commentaire généraliste aussi !!

    • Donc si je comprend bien à vous lire, vous en connaissez plus que Dominique Delahaye qui a fouiller dans les archives de l’époque. Peut être disposez-vous de document pour le confirmer ?. Mais j’ai bien peur que vous êtes du genre de ceux que je rencontre dans mon village et qui me gonfle grave au sujet de la petite chapelle de Sanilhac et de la Tour de Brison, contestant les archives du XII ème siècle qui vont pas dans leurs sens ! Bon Noël à vous !!

  8. Excellent article documenté et précis. Au demeurant Barberousse, n’était pas -selon la quasi totalité des auteurs- ni Turc ni Arabe mais d’origine grecque ou albanaise et donc chrétienne.

  9. Bien !
    N’empêche que pour 800 000 écus d’or (quelle valeur aujourd’hui ? 3,4 g d’or/écu : environ 2,7 tonnes) pour quitter Toulon, François 1er a bien plus perdu que gagné dans l’affaire !
    D’ailleurs Français 1er c’est beaucoup de magnificence, peu de positif !

    • La France était alors encerclée et menacée par les Habsbourg au nord (Flandres), à l’ouest (Espagne) au sud (Naples, la Sardaigne), à l’est (Franche-Comté, Allemagne, Autriche). François 1er a réussi par une diplomatie désespérée à éviter la disparition de la France.

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