Face aux accusations de Radio France, les médias du groupe Bolloré contre-attaquent

Cette fois, la querelle est sous les projecteurs : peut-on être un média public et partisan ? Évidemment non !
Pascal Praud

La réponse de Pascal Praud au cadre de Radio France rappelle l’ouverture de Cyrano de Bergerac :

« — Allons, quel est celui qui veut ouvrir la liste ?
Vous, Monsieur ? Non ! Vous ? Non ! Le premier duelliste,
Je l’expédie avec les honneurs qu’on lui doit !
— Que tous ceux qui veulent mourir lèvent le doigt ».

Le premier duelliste fut Vincent Meslet. Le directeur éditorial de Radio France a défouraillé sans frein dans Le Parisien de ce samedi 13 septembre. Déstabilisé par l’affaire Cohen-Legrand, ces deux éditorialistes de France Inter pincés par le mensuel L’Incorrect le doigt dans la connivence et la manipulation médiatique au profit du PS, il est monté au créneau pour défendre la vaste, coûteuse et très orientée maison ronde. « Généralement nous ne répliquons pas, mais cela va changer », a grondé Vincent Meslet, remonté. « Nous ne laisserons pas un concurrent nous déstabiliser », menaçait le cadre matamore, pressé de s’en prendre au groupe Bolloré, qui détient Europe 1 et CNews. Un groupe qu’il voit comme « la négation du pluralisme », « la négation du métier de journaliste, puisqu’il considère que faire du journalisme, c’est faire de la politique ». L’attaque touche donc l’ensemble des journalistes du groupe Canal+, de CNews, Europe 1 et de la presse propriété de Bolloré (JDD, JDNews, Capital…).

« Ces gens deviennent fous »

Dès lors, le patron de l'entreprise publique a franchi le Rubicon qui sépare les habituelles piques entre dirigeants de médias concurrents de l’attaque frontale à la dignité de la totalité des journalistes du groupe Canal+. Pas d’amalgame, comme on dit ! La réplique était prévisible, elle ne s’est pas fait attendre et Pascal Praud, ce lundi matin, a la lunette et le propos saignants. Dans son billet éditorial de 9h05, sur CNews et Europe 1, il attaque l'interview « lunaire » d’un « apparatchik du service public que personne ne connaissait avant-hier », clouant au pilori « un dirigeant aux abois qui perd ses nerfs ». L’occasion est belle : « Vous avez un dirigeant du service public payé par nos impôts qui attaque directement CNews, un de ses concurrents, en disant "C'est nos pires adversaires" », s'indigne Praud. Le journaliste vedette du groupe Bolloré a les idées claires : « Ou il démissionne, où il est viré [...] Vincent Meslet doit être viré », estime-t-il, avant d’en appeler directement au ministre de la Culture : « J'espère que Rachida Dati va dire quelque chose. C'est inadmissible, ces gens ont perdu le sens commun [...] ces gens deviennent fous. »

Les couteaux sont donc sortis. Sur le marché des médias d'information, la lutte est a priori inégale. Le groupe Radio France fait figure de Goliath, face à CNews et Europe 1. Radio France, c’est 4.621 salariés, fin 2023, 623 millions d’euros reçus généreusement de l’État, donc des mains des Français, pour alimenter pas moins de sept antennes (France Inter, France Info, Ici (ex-France Bleu), France Culture, France Musique, FIP et Mouv'). Il faut que ce géant public, qui compte la première radio de France par son audience (France Inter), ait le sentiment d’avoir des pieds d’argile pour attaquer ainsi ouvertement un concurrent et ses salariés, tentant au passage de décrédibiliser une partie de la profession. La dynamique d’audience de CNews et d’Europe 1, qui ne coûtent pas un sou au contribuable, inquiète, en haut lieu, sans doute pas sans raison.

Scandale

Il faut aussi que les assauts répétés de Pascal Praud (et d’autres, parmi lesquels BV) contre l’évidente absence de neutralité des antennes de Radio France fasse mouche : impossible, désormais, de jouer les durs d’oreille. Secouée par des salariés furieux, atteints et déstabilisés, la direction de Radio France est sortie sous la mitraille.

Mais pouvait-on imaginer pire défense ? Vincent Meslet aurait été plus crédible s’il avait courageusement été au-devant des médias témoigner des dérapages inacceptables de ses antennes. Oui, nous prenons de force l’argent des contribuables, notamment ceux de droite, et certains de nos salariés assument de faire campagne pour le PS à Paris. Oui, nous sommes financés par tous les Français, y compris ceux qui votent à droite, et ils peuvent constater chaque jour à quel point nous les méprisons. Oui, la ligne de France Inter, en particulier, assume de s’adresser aux bobos des grandes villes en méprisant les autres, ceux qui pensent différemment et sont contraints de la financer.

Toute défense est impossible. Les dirigeants du service public auront beau tenter de salir la concurrence, l’ancrage à gauche de nos médias publics (Radio France et France Télévisions) est un scandale. Tous les médias de France ont le choix de leur ligne éditoriale, c’est la liberté de la presse, mais le service public devrait respecter une neutralité maladive, par respect envers ceux qui le financent. Il affiche plutôt un engagement partisan maladif. Le déni de propagande est un scandale. La captation de l’argent des Français par l’impôt pour cette entreprise est un scandale. L’affaire Cohen-Legrand est un scandale. La défense de Vincent Meslet est inacceptable, il faut le dire. L’affaire a au moins le mérite de placer sous les projecteurs, une nouvelle fois, la déviance problématique du service public audiovisuel devenu obèse et manipulatoire. En s'exposant, Vincent Meslet a ouvert la boîte de Pandore. Les suivants réfléchiront sans doute à deux fois...

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 18/09/2025 à 18:39.
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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

114 commentaires

  1. A supprimer en urgence et nous ferons en plus des économies.
    Bravo Cnews et je demande aussi la réouverture de la chaîne RT.

  2. On peut être « de gauche » mais pas forcément idiot ! N’importe qui peut en effet comprendre que ces journalistes pris la main dans le pot de confiture n’ont d’autre option que de faire profile bas. Et les premières jérémiades de Cohen qui s’offusque de la méthode sont vite passées sous silence au vu de la vidéo qui voit ce même Cohen qui justifiait alors cette même méthode. Le ridicule ne tue plus, ça on sait, mais les nouvelles explications présentées sentent le réchauffé. Alors, faut-il faire semblant de les croire parce qu’on est de gauche, ou faut-il reconnaitre l’évidence quitte à être « accusé » d’être de droite ?

    • Ils sont à bout, ils perdent pied;
      Les manifestants de Londres ? D’extrême droite.
      La pétition de PDV ? copinage avec l’extrême droite.
      Charlie Kirk ? Il l’a cherché, il était d’extrême droite.
      Le RN ? D’extrême droite, pas républicain (ancien président Hollande).
      J’en ai marre de pester depuis 30 ans et de perdre du temps à tenter d’ouvrir les yeux de mes proches, et moins proches.

  3. le truc que je n’admet pas c’est que l’on doive supporter leurs pubs alors qu’ils sont déjà payés grassement par nos impôts. Quelle entreprise tourne par des subventions ? aucune. Si donc ,il faut qu’elles soient subventionnées pour tourner c’est qu’elles doivent mourir.
    Et ça nous ferait faire des économies.

    • « Quelle entreprise tourne par des subventions »? La SNCF par exemple. Mais je ne sais pas si on peut la qualifier « d’entreprise »…

    • Entreprises sous subventions ? La RATP, la SNCF, Radio-France, l’Humanité, Le Monde, Libération et bien d’autres au moins partiellement .

    • Nous on boycotte le service public audiovisuel tellement ça pue l escroquerie intellectuelle et le lavage de cerveau mais ce que je ne supporte plus c est de payer grassement ces gens qui m insultent Il faut supprimer le service public audiovisuel qui ne sert à rien et coûte un pognon de dingue puisqu en plus le gouvernement cherche des économies à faire

    • Malgré les confortables subventions cela ne suffit pas, l’Etat étant un tellement piètre gestionnaire !
      Consolez-vous en vous disant que toutes ces pubs sont autant de subventions supplémentaires auxquelles vous échappez !

    • Oui mais pour la propagande d’état c’est bien pratique
      Et, comme chacun sait, l’état ne se gêne pas pour faire ce qu’il veut

  4. À Radio France, la direction ferait bien de se poser les bonnes questions !
    La première d’entre elles, qui a elle seule apporte la réponse à toutes les autres : « pourquoi Léa Salamé fait-elle un flop ? »
    La propagande, quand elle est « de-gauche » rend aveugle et violente !

  5. L’odieux sévices publics comme l’appelle Me Goldnadel a encore frappé. Mais frappé au coin du bon sens semble ne pas être une expression qui sied à ces gens-là. Malheureusement, nous devons contribuer à leurs émoluments sans possibilité de s’y dérober. C’est ça aussi la France Inter soi.

  6. P. Praud devient fatiguant à force de passer plus de temps à régler ses comptes en direct sur les ondes qu’à commenter l’actualité. Qu’il se limite à son travail. S’il veut faire de la politique qu’il quitte son emploi et se présente aux élections, on verra alors sa réelle notoriété.

    • lorsque on est attaqué on se défend ! Pascal Praud règle les comptes à france inter au nom de tous les Nicolas (dont je fais partie) qui financent cette radio de propagande, ne vous en déplaise.

    • Idiotie! IL ne règle pas ses comptes mais NOS comptes. IL démontre que nous les comploteurs ne devons plus baisser la tête. Vous comprenez cela? J’en doute!

    • Gerbay.
      PP ne fatigue pas tout le monde. Certains considèrent qu’il est grandement nécessaire. Il existe la liberté de choisir, celle de l’écouter ou pas.

    • rien ne vous oblige à regarder l’Heure des Pros avec l’excellent Mr Praud (je ne suis pas toujours d’accord avec lui) mais au moins il défend la FRANCE comparativement à rance inter. Nous payons des impôts pour être insulté par ces moins que rien du sévice public : STOP

    • C’est justement en commentant l’actualité, que Praud en vient à dresser des constats qui déplaisent à ses opposants,lesquels n’évoquent certains sujets ,cosiétaix notamment,qu’avec une circonspection frileuse qui frôle souvent la complicité .Quant à la notoriété qui découlerait de sa candidature aux élections,je suis bien persuadé qu’il serait désavoué par le troupeau électoral influençable et versatile,qui se trompe massivement dans ses choix depuis 40 ans et plus.

    • Que l’on soit d’accord ou pas avec la ligne de P. Praud, ce dernier reste conforme à la règle Républicaine qui est de donner réponse démocratiquement, par argumentations. Il est vrai, les débats de ce genre, lassent un tantinet.

    • Effet miroir. Si cohen et sa clique veulent faire de la politique qu’ils se présentent aux élections ….
      Au moins P. Praud ne me coute rien contrairement a Legrand et consort.

    • C’est un peu vrai que notre ami P Praud passe bcp de temps à polémiquer et remettre trop souvent sur le tapis ses sujets d’agacement… 

  7. Tout media traitant de politique n’est il pas partisan avec un directeur de ligne éditoriale et des employés eux mêmes partisans ? Si oui, il faut supprimer les médias « publics », et être encore plus envahi par la publicité à la radio pour la financer.

    • Il est d’ailleurs anormal que l’état subventionne les médias, quels qu’ils soient ! Sans les subventions, des journaux comme l’Humanité ou Libération, par exemple, n’existeraient plus par manque de lecteurs ! Alors, il faut stopper toutes ces subventions et privatiser les chaînes publiques (radio et télé).

  8. Il faut PRIVATISER le service public car quoi qu’on fasse il ne changeront pas d’angle d’attaque. Ils s’en prennent même à Léa Salamé. On aura tout vu. J’en ai assez de payer pour des gens qui nous insultent à longueur de journée, infiltrés par l’islamo gauchisme.

    • Si les « acheteurs » se nome Pigasse ou Niel, rien ne changera sauf que l’audience peu s’écrouler et un milliardaire n’aime pas perdre son argent.

  9. Vivement qu’un prochain gouvernement leur coupe les vivres généreusement versées par les Français…Ces types sont une insulte à l’information!

  10. Cohen réclame que les enregistrments complets soient communiqués à un huissier. Comme je pense que les gens de l’Inco ne sont pas des id.ots, m. Cohen devrait se méfier. La suite risque d’être intéressante.

  11. Un cap intéressant est dépassé, les journalistes villipendés en permanence par l’extrême gôôôche et maintenant par ce nid de gauchistes qui habitent feu la « maison de la radio ».
    CNews et Europe 1 montent au créneau, ça fait plaisir et c’est légitime.
    Geoffroy Lejeune va sans doute enfoncer le clou ce week-end et Arthur a sans doute encore des cartouches à sortir !
    Toute la gôôôche est arcbouté sur cette affaire qu’il eut été facile d’étouffer comme il le fond d’habitude, mais cette fois des rats vont quitter le navire qui prend l’eau !
    Chaque jour le monopole de gauche s’effrite et perdre pieds et c’est ainsi que ça les ulcerent, ils ne vont pas tarder à s’étouffer de rage…

  12. « donc des mains des Français », vous voulez sans doute dire « donc arrachés aux mains des Français ».
    Pour ma part, cette participation imposée me déplait.

  13. Il est grand temps que la gauche apprennent à travailler par elle-même, sans être subventionnée. Il en va de même pour toutes ces associations qui profitent avec largesse de cette même gauche administrative qui se dit pluraliste.
    La blague doit cesser, rapidement !

  14. Il a un moyen simple de ne plus financer ce machin, se séparer de la télévision et ne plus écouter ses satellites.
    En fait ne plus écouter ces âneries et s’attacher à son esprit libre, accepter d’être un électron libre

    • Oui, mais dès qu’on allume la télé, c’est la première chaîne TF1 qui apparaît et les Français restent scotchés à leur écran. Vu la médiocrité intellectuelle des « veaux » français, il ne faut pas s’étonner qu’ils avalent tout ce qu’on leur dit et sont infantilisés me semble t-il

    • Pour être libre, éteignons la radio, la télé et ne lisons pas ?
      On n’ arrête pas le progrès, si j éteins la radio , automatiquement elle n’est plus financée par les impôts ?

      • On peut très bien actionner les boutons de commande de nos radios et télés de façon à sélectionner des stations et des chaines non subventionnées,et lire la presse qui ne l’est pas non plus.Etant précisé que ces médias politiquement incorrects ont parfois été boudés par les annonceurs, qui les font vivre,placés parfois dans l’obligation de refuser d’apparaitre dans des émissions où intervenaient des personnes aux positions trop sulfureuses aux yeux des associations sorosiennes,de type Sleeping Giants.Il a s’agissait de les asphysxier,financièrement parlant.Ce fût le cas avec Zemmour,du temps où il était reçu sur le plateau de C. Kellyavant d’entrer frontalement en politique.

      • C’est justement parce que les journaux ne faisaient plus recette que Mitterrand les a stipendiés et parce que la TV était de moins en moins vue que Macron nous a obligés à payer de notre poche ses employés même s’ils sont entretenus par les gauchistes.

    • @ le réel Euh… Comment dire, je crois que vous n’avez pas compris le problème. Meme si vous jetez votre TV et votre radio aux orties vous continuerez de payer !!!

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