Eté 2025 européen : le début d’un siècle d’humiliation ?

Un avenir à court terme bien périlleux pour l’Europe avant un éventuel renouveau porté par une prise de conscience...
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L’été éditorial 2025 a vu la multiplication d’articles et d’analyses rapprochant la situation de l’Europe, à savoir l’Union européenne et les pays qui la composent, et le « siècle de l’humiliation », thématique majeure de l’histoire moderne de la Chine qui a subi de 1839 (début de la première guerre de l’opium) jusqu’au moins 1949 (réunification et fin de la guerre civile gagnée par les communistes) une succession ininterrompue de défaites militaires, de pertes de souveraineté objets de multiples « traités inégaux », d’abandons de territoires et d’un affaiblissement économique continu, alors que le pays avait été de façon séculaire la première économie et la première population du monde.

Faiblesse européenne

Citons par exemple l’entretien de François Lenglet dans le Figaro du 5 août dernier « l’Europe entame son siècle de l’humiliation », ou bien celui en date du 21 août 2025 dans le média de gauche Regards de l’ancien ministre de l’économie grec Yannis Varoufakis « Un siècle d’humiliation pour l’Europe ».

L’été 2025 a effectivement été meurtrier pour l’Europe, avec de cruelles manifestations dans ses contacts avec les trois superpuissances mondiales (États-Unis, Chine et Russie).

Concernant les États-Unis, trois réunions ont théâtralisé la situation de faiblesse européenne face à Donald Trump : le sommet de l’OTAN du 25 juin 2025, où les pays européens ont pris des engagements budgétaires en matière de défense (jusqu’à 5 % de leur PIB) probablement intenables du fait de la situation des finances publiques (catastrophique pour la France) et de l’économie européenne. Cela s’est poursuivi avec la rencontre le 27 juillet en Ecosse entre Donald Trump et Ursula Von der Leyen avec un accord commercial objet des articles cités de François Lenglet et Yannis Varoufakis (tarif de 15 %, engagements d’achat d’énergie et d’investissements aux États-Unis…). La séquence s’est achevée à date avec la rencontrer le 18 août à Washington, où les principaux dirigeants européens ont été reçus à la Maison Blanche, pour tenter d’influer sur les orientations américaines dans ses relations avec la Russie. Il est tout à fait notable que cette triple scénarisation de la faiblesse européenne vis-à-vis de son principal allié a lieu alors que les mêmes États-Unis doivent s’accommoder de relations infiniment plus résistantes de la part des trois autres puissances mondiales que sont la Chine, l’Inde et la Russie.

Pour la Chine, la réunion marquant le 50e anniversaire des relations bilatérales avec l’Europe du 24 juillet 2025 n’avait pas été plus brillante : réduction de la réunion de deux à un jour à la demande du président chinois, dignitaires européens transportés en autocar, aucune avancée majeures sur aucun dossier, incompréhension totale sur le conflit russo-ukrainien. Il est à peine utile d’évoquer les relations des pays européens avec la Russie, marquées par un renforcement constants de sanctions économiques européennes aux effets incertains et la tentative d’isolement des Européens construite sous l’administration Biden, désormais prise à revers par le changement d’attitude des États-Unis de Donald Trump reconnus par la Russie comme interlocuteurs pertinents, à la différence de pays européens considérés comme des pays à la fois vassaux, hostiles et insignifiants, ceci sans compter sur la neutralité bienveillante de la Chine et de l’Inde vis-à-vis de la Russie.

Après les constats, il est intéressant de s’interroger sur les raisons de cette situation patente de faiblesse. On peut sur ce point s’appuyer sur l’analyse faite par l’économiste allemand Jurij Kofner, proche de l’AfD, dans un entretien disponible sur une chaîne YouTube et une nouvelle fois intitulé « L’Europe entre-t-elle dans un siècle d’humiliation ? » Est d’abord mentionnée l’absence totale de souveraineté européenne sur le plan technologique et militaire. 95 % des plates-formes numériques utilisés par les Européens sont des plates-formes américaines et l’Europe n’a pas ou peu de positions solides dans le domaine des semi-conducteurs ou de l’intelligence artificielle. Elle n’a pas, davantage, de souveraineté en matière militaire. Elle tente de retenir en Europe, par sa gestion du conflit ukrainien, des États-Unis qui indiquent de façon explicite leur volonté de se dégager d’Europe, ou au moins de faire payer leur soutien aux Européens au prix fort et, avant tout, au service des intérêts américains.

Déséquilibres anthropologiques et culturels

L’Europe n’a pas davantage de position solide, en matière d’énergie : absence de matières premières (ou refus de les exploiter pour des raisons environnementales), suicide énergétique allemand (sortie de l’énergie nucléaire, fin de l’approvisionnement russe), déstabilisation de l’efficient écosystème énergétique français, obsession du tout énergie renouvelable sans en maîtriser les technologies, à la différence de la Chine.

La démographie européenne est également chancelante, avec une crise de la fertilité et de la natalité qui touche tous les pays, qu’ils aient ou non une politique familiale nataliste. Cette évolution est couplée avec une augmentation massive de l’immigration attirée pas la protection sociale à l’européenne et qui transforme les équilibres anthropologiques et culturels partout sur le continent.

Toutes ces évolutions s’organisent à partir d’un projet fédéraliste européen bâti autour d’une Commission européenne bureaucratisée et idéologisée qui a peu à envier à l’administration soviétique et qui instrumentalise voire favorise les crises pour étendre de façon continue ses attributions (santé avec la pandémie de Covid-19, défense avec la crise ukrainienne). Cette soviétisation s’appuie sur des obsessions idéologiques : développement durable (il faut sauver la planète à n’importe quel prix, y compris la mort de l’économie européenne), immigration et vivre ensemble (même si cela peut conduire à la guerre civile), obsessions diversitaires, dictature des minorités sexuelles et autres, sortie si nécessaire d’un cadre démocratique serein avec répression des formations politiques non conformes. Bref, un système peu stable et totalement inadapté aux immenses défis auxquels l’Europe fait face.

La revue de ces éléments conduit donc à considérer que le début d’un siècle d’humiliation pour l’Europe est une vraie possibilité. Jurij Kofner prévoit des moments très difficiles dans un avenir très proche (fin des années 2020 et année 2030) sans aller jusqu’au scénario de guerres civiles qui est toutefois une possibilité.

Notons, enfin, que selon l’Américain John Mearsheimer, il est dans la nature même de l’anarchique et darwinien système international que les pays faibles soient abusés par les pays forts, et les exemples historiques sont légion en la matière.

Voilà donc un avenir à court terme bien périlleux, pour l’Europe, avant un éventuel renouveau porté par une prise de conscience, de nouvelles élites et beaucoup d’efforts.

Picture of Georges Le Breton
Georges Le Breton
Haut fonctionnaire en activité, spécialiste des politiques publiques.

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Erreur ! Celà ne commence maintenant. L’Europe a commencé son humiliation en 1992 avec Maa-strikt…… et le tapis rouge déployé à Soros et à ses sbires.

  2. Frexit ! Reprise de notre Souveraineté Nationale dans son Intégralité ! Vive la France Libre, Souveraine et Indépendante !

    • Je suis en accord avec vous.
      Mais aux dernières élections, combien les partis « frexiteurs » ont ils obtenu de voix?

  3. Il restera dans « l’hystouâââre » le macron. Mais pas du bon côté de la force ! pays effondré, socialement, économiquement, culturellement, avec des services publics en capilotade et une population excédée et à l’os. La caisse est cramée et le FMI va arriver bientôt. On attend la dégradation des notes des agences, le taux d’emprunt ( prévu massif à l’automne! – encore) à + de 3,5%… planquez vos sous, ils vont les prendre.

  4. Il suffit de voir comment Trump et Poutine regardent notre Mozart de la finance, accessoirement Jupiter national. Beaucoup d’amenitr, de pitié dans les regards portés à notre président incompétent, celui qui n’aura été capable que de sanctuariser l’avortement et de soutenir une loi sur l’euthanasie. Les Trump et poutine défendent et soutiennent la famille et montrent chaque jour que leur but principal est de défendre leur pays. Eux ne rampent pas, ne s’applatissent pas devant des dictatures qui les méprisent et les vomissent depuis des décennies.

  5. Cette UE , que nous avions refusée, n’est qu’une machine hors sol qui a détruit nos économies et nos nations.
    C’est devenu un nain économique, une coquille vide sans plus aucun poids international.
    La France avant UE avait plus de poids que cet amalgame hétérogène .
    Il faut rendre aux nations leur autonomie et laisser naître une Europe d’alliance comme elle l’était lors des grandes réalisations européennes, avant l’UE ( qui n’en a fait aucune ).

  6. Trump n’a fait que mettre en lumière notre vassalité , l’UE n’est composé que de petits bonhommes sans envergure, incapables d’avoir une vision globale de la géopolitique de l’Histoire , donc ils sont traités comme tels ! On récolte ce qu’on a semé.

  7. La photo illustrant cet article me fait avoir une question ! …
    Monsieur TRUMP montre « un pouce levé » devant la VDL ;;; mais Où est son autre main ? ! …
    La photo qui montre les « kékés » assis face aux « Maître d’école » assis à son bureau ovale est tout aussi parlante sur la soumission de l’UE aux USA ! …

  8. L’union européenne est une aberration idéologique. On ne peux pas contraindre à s’unir des pays qui n’ont qu’une chose en commun: Leurs différences. Ce qui a marché pour les états unis après le bain de sang de la guerre civile américaine (que nous nommons à tort guerre de sécession) et qui reste fragile, ne peux en aucun cas fonctionner pour des pays qui ne partagent aucun intérêt commun. Foutons le camp de ce marigot fétide.

    • Pourquoi « à tort » guerre de sécession ? Jusqu’en 1860 les états faisaient partie d’une Union qui s’est fissurée en 1861 lorsque, sous la présidence de Lincoln, les « Etats du Nord » ont voulu interdire l’esclavage aux Etats du Sud qui tiraient leur richesse de la culture du coton necessitant énormement de main d’œuvre… Plutôt que de s’y plier, les États du Sud ont voulu faire sécession et sortir de lUnion. Ce qui a déclenché cette guerre de SECESSION qui était bien une guerre civile, les ressortissants d’un même pays se faisant la guerre en eux…

      • Vous avez raison sur le fond mais la plupart des américains appelle ça « The civil war » même si il y a bien eu de fait une sécession.

      • Votre « présentation historique » de ce qui s’est passé aux USA est « facile » et surtout invisibilise les amérindiens qui eux étaient Là bien avant les colons européens et leurs esclaves ! …
        Les « blancs » se sont battus entre eux pour « savoir comment se partager le continent Nord américain » ! …
        Peu de temps après, ces mêmes « colons » ont reluquer tous les autres « trésors » qu’il y avait sur la planète ! …

  9. (avant un éventuel renouveau porté par une prise de conscience), on peut rêver. Un constat lucide mais sans remède , car prendre l’économiste allemand proche de l’AFD est déjà un gros risque, alors ce risquer à l’équivalent en France … c’est faire face aux veaux manipulés, gueulards mais sans courage. Et le voeux pieux de fin d’édito…Le risque est l’apanage de peu de personnes, surtout dans les périodes de perdition.

  10. L’UE ne pourra se réformer de l’intérieur, trop d’intérêts particuliers sont en jeu.
    Il faut se rendre à l’évidence et envisager sérieusement une sortie de cette aventure qui vire au cauchemar. Ce sera douloureux mais pas pire que si nous continuons à croire que nous pouvons encore dévier cette énorme machine de la collision fatale.

    • On nous précisait que 7 plaies comme dans l’Égypte de moïse s’abattraient sur l’uk si elle  » brexitait » la seule plaie qui s’y est aggravée est l’immigration, donc pourquoi pas nous ? Nos 4 plus gros handicaps  » nos plaies » sont notre énorme dette..qui nous soumet a l’etranger( hors europe),l’Euro dont nous ne maîtrisons pas les  » courbes », notre soumission a l’allemagne( dans le « couple « nous sommes cocus) enfin en étant  » poli » le manque de courage de tous nos politiques,a moins que ce ne soit l’appât du gain ,certes UE étant un superbe Ephad pour nos « Zelites mediocres »quand on en veut plus…

  11. Tant que les populations Européennes ne fouteront pas dehors VDL et la commission qui sont les chiots des américains , tant que l’on ne remettra pas les écolo a leur place , tant que certains pays Européens préféreront acheter du matériel militaire aux américains , tireront la couverture a eux pour défendre leur propre économie au détriment de l’économie européenne ; cette europe de papier mâché ne pourra grandir et ce faire respecter dans le monde.
    le constat est simple soit c’est maintenant , soit ce qui reste de l’Europe s’effondre , emportant avec elle ce qui reste des économies des pays qui la compose, nous mettant pieds et mains lier aux diktats des américains et des chinois , mettant par la même également les populations dans la voie de la régression social, économique.

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