[ENTRETIEN]« À Beyrouth, la vie suit son cours, les attaques sont très ciblées »

Le Hezbollah est extrêmement affaibli, depuis un an, ses activités sont désormais clandestines.
Liban
entretien Richard Haddad

Le conflit entre Israël, les États-Unis et l'Iran embrase le Moyen-Orient et c'est désormais le Liban qui est touché. En riposte, semble-t-il, à des attaques menées par le Hezbollah en solidarité avec l’Iran, Israël mène, depuis ce lundi matin, des frappes sur le sol libanais. Le Premier ministre libanais a annoncé « l’interdiction immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah » et exigé que la formation « remette ses armes à l’État libanais ». Décryptage et analyse d'une situation susceptible d'évoluer d'heure en heure, avec Richard Haddad, spécialiste du Moyen-Orient.

 

Sabine de Villeroché. Quelle est la situation sur place, au Liban ?

Richard Haddad. Au Liban, contrairement à ce que l’on pourrait croire en regardant les titres des chaînes d’information, il ne se passe rien de très nouveau. Un chef du Hezbollah, Hussein Moukalled, a été tué, dimanche soir, par un missile israélien dans la banlieue de Beyrouth et des bombardements ont lieu sur des sites cachés de ce même mouvement dans le sud du pays, à proximité de la frontière israélo-libanaise. Mais cela arrive presque tous les jours depuis un an. Je dis bien tous les jours . Des chefs du « parti de Dieu » sont éliminés, des dépôts d’armes sont ciblés. Les chefs éliminés sont souvent iraniens, le Hezbollah ne trouve même plus de Libanais à nommer aux postes de commandement. Et puis, il faut savoir que ces attaques sont très ciblées et ne concernent en rien la plus grande partie de la population. À Beyrouth, la vie suit son cours, c’est la routine. Même l’aéroport de Beyrouth, qui se trouve à quelques centaines de mètres de la banlieue chiite, est toujours ouvert et la compagnie locale MEA poursuit ses vols.

 

S. d. V. Quelle est la vitalité du Hezbollah au Liban, alors que le mouvement est régulièrement visé, ces derniers mois, par des attaques israéliennes ?

R. H. Au Liban, le Hezbollah est en réalité extrêmement affaibli, ses activités sont désormais clandestines, son armement est très réduit et il a perdu la quasi-totalité de son état-major. Les quelques roquettes envoyées sur le nord d’Israël hier en témoignent. Il y a deux ans, il envoyait des missiles en grand nombre et de longue portée… Il avait promis de réagir si Khamenei était tué : comment pouvait-il faire autrement ? Son « objet social » étant d’attaquer Israël et de défendre la République islamique d’Iran, s’il ne réagissait pas, il n'aurait plus lieu d'être. Sa réaction est suicidaire, mais incontournable. Par ailleurs, le Hezbollah n’est soutenu que par un tiers des chiites (qui ne représentent que 30 % de la population libanaise). Le deuxième tiers, lui, est hostile et le troisième soutient son allié, le mouvement Amal, plus pragmatique, moins lié à l’Iran et qui, d'ailleurs, prend de plus en plus ses distances avec lui. Le navire coule ou est en passe de couler, les rats quittent le navire.

 

S. d. V. Le président libanais Joseph Aoun déplore « l'insistance à utiliser une fois de plus le Liban comme plate-forme pour des guerres qui ne (le) concernent pas ». Les Libanais se sentent-ils impliqués dans le conflit iranien ?

R. H. Le Hezbollah est une succursale des Gardiens de la révolution iranienne installés au Liban. Depuis 40 ans, c’est un État dans l’État, il a son armée, sa banque, ses lois… Depuis l’élimination de son chef et la destruction de son infrastructure l’année dernière, le gouvernement libanais a décidé de le désarmer. Or, si l’armée libanaise s’est bien déployée dans le sud du Liban et dans d’autres bastions du Hezbollah afin d’interdire toute action militaire illégale, elle n’a pas vraiment réussi à désarmer cette milice qui refuse de déposer son arsenal. Le gouvernement comptait le faire par la négociation (doux rêve), afin d’éviter toute effusion de sang, et la dislocation d’une partie de son armée dont un tiers est composé de chiites. Aujourd'hui, le président et son gouvernement ont décidé de franchir le pas. Il y a une alliance entre les chrétiens, les sunnites, les druzes et même une partie des chiites hostiles au Hezbollah pour en finir. La guerre lancée par les Américains et les Israéliens contre le régime des mollahs les met dans une position de force et l’attaque contre les pays du Golfe n’a fait que renforcer ce sentiment. Les Gardiens de la révolution pensaient affaiblir leurs ennemis en attaquant les monarchies arabes. C’est l’inverse qui s’est produit, dès le début de ce conflit : ils se sont fabriqués encore plus d’ennemis déterminés à en finir avec eux. Et les musulmans sunnites libanais sont très proches de ces monarchies arabes dont ils dépendent financièrement.

Si les Libanais n’avaient pas le Hezbollah, cette milice à la solde de la République islamique d’Iran qui lance des guerres depuis leur territoire, les menace quotidiennement, ruine leur pays et dévalise les caisses de l’État qu’elle noyaute, ils ne seraient pas trop concernés par le conflit. Mais ils le sont malgré eux et souhaitent, en grande majorité, la disparition du régime iranien et de ses nervis libanais.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Intéressante mise au point. Ceci dit on aimerait bien que le peuple iranien fasse le ménage chez lui en éliminant la clique idéologique totalitaire au pouvoir. Il n’est pas bon que les Judéo-Occidentaux se mêlent de ces problèmes, car cela ne peut que légitimer une résistance.

    • Que le Hezbollah se rassure, Macron arrive après avoir mis en garde Israel qui attaque « l’intégrité du Liban ». Visiblement il va falloir lui mettre des sous-titres au film qui se déroule dans cette région. Il a du mal à suivre.

  2. Toujours le même bazar partout à cause de la tête : l’iran
    l’iran a été prise d’assaut par les mollahs il y a 47 ans, ses proxis dont le hezbollah ont pris le liban et ont amené le chaos depuis 40 ans avec les palestiniens
    la cisjordanie est un chaos avec les palestiniens
    le liban est un grand pays : espérons que, comme les iraniens, ils puissent profiter de la fenêtre qui est ouverte pour que ce pays retrouve sa sérénité et sa grandeur
    reste à savoir si les diasporas éparpillées dans le monde, iraniens et libanais, retourneront dans leurs pays pour les relever te les retrouver.
    pas si évident et aucun journaliste ne leur pose la question

  3. Ce Monsieur corrobore les propos tenus par l’excellent Michel Fayad sur Cnews et Europe 1. Lorsque nos journaleux racontent urbi et orbi que cette guerre apporte le chaos ils font du sensationalisme voire ils mentent purement et simplement par anti-américanisme pavlovien. La réalité c’est exactement l’inverse. Faire tomber ce régime de fous furieux obscurantistes qui mentent comme des arracheurs de dents, c’est celà qui ramènera la stabilité.

  4. Votre conclusion est « ubuesque » ! …
    Vous écrivez : Si les Libanais n’avaient pas le Hezbollah, cette milice à la solde de la République islamique d’Iran qui lance des guerres depuis leur territoire, les menace quotidiennement, ruine leur pays et dévalise les caisses de l’État qu’elle noyaute, ils ne seraient pas trop concernés par le conflit. Mais ils le sont malgré eux et souhaitent, en grande majorité, la disparition du régime iranien et de ses nervis libanais » …
    « Ca » fait combien de temps que « ça » dure dans cette zone ? ! …
    Ce n’est pas « syndrome de Stockholm » mais « syndrome islamique PRO-djihadiste » ! …
    Et « ça » ne sera JAMAIS résolu ! …

    • je ne suis pas d’accord, tout peut se résoudre, il suffit d’une volonté politique unanime. des états concernés, arrêter l’immigration massive immédiatement et renvoyer ses eux tous ceux qui risquent de mettre à mal nos démocraties… MAIS IL FAUT DU COURAGE POUR CELA …..

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