En 2026, l’INRAP met à l’honneur nos « ancêtres » les Gaulois

À travers moults expositions et événements, la France célèbre les peuples gaulois dont elle est héritière.
gaulois
Siren-Com, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

Pour sa dixième saison scientifique et culturelle, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) consacre l’année 2026 à l’âge du fer et à nos ancêtres les Gaulois. Ce choix thématique démontre non seulement l’importance croissante des découvertes archéologiques qui redéfinissent notre vision du monde gaulois, mais également la fierté de mettre en lumière une culture profondément enracinée dans un territoire qui devint notre belle France. L’INRAP souhaite ainsi valoriser les avancées de la recherche, améliorer la compréhension des sociétés celtiques et partager avec les Français des découvertes révélant des pans entiers d’une histoire méconnue.

Un programme événementiel riche

Cette saison gauloise va se déployer à travers un vaste programme d’expositions, de colloques scientifiques mais aussi de festivités pensées comme de véritables immersions historiques. Parmi ces temps forts figure notamment la célébration des fêtes de Beltaine au théâtre antique de Mandeure, dans le Pays de Montbéliard, au mois de mai 2026. À cette occasion, au cœur d’un monument datant du Ier siècle après Jésus-Christ, les visiteurs pourront voyager dans le temps, écouter quelques conteurs transmettre des récits ou encore découvrir des savoir-faire artisanaux anciens maîtrisées dès l’âge du fer.

Certaines découvertes archéologiques récentes occuperont également une place centrale dans cette programmation. C’est déjà le cas depuis le 24 janvier avec l’exposition « Lavau, un prince celte en bord de Seine vers 450 avant notre ère », qui met en lumière l’une des plus riches sépultures aristocratiques du premier âge du fer jamais mises au jour en France. À Dijon, les fouilles conduites à la fin de l’année 2024 ayant révélé treize sépultures gauloises exceptionnelles, dans lesquelles les défunts étaient inhumés en position assise, une pratique funéraire extrêmement rare pour cette période, seront également mises en avant. Ces découvertes majeures devraient même être présentées au public à l’occasion des Journées européennes de l’archéologie, les 12, 13 et 14 juin 2026, dans le cadre de la création d’un véritable village de l’archéologie avec la participation du site archéologique de Bibracte et du musée Denon de Chalon-sur-Saône.

Conscient que tous ne peuvent se déplacer à travers le territoire, l’INRAP a également imaginé une solution innovante. Par la création future d’une exposition dédiée aux Gaulois au sein de la Galerie muséale numérique de l’institut, l’INRAP proposera ainsi une sélection d’objets emblématiques et exceptionnels, aujourd’hui conservés dans différents musées français. Le public pourra alors découvrir l’imposant carnyx de Tintignac, les intrigantes têtes gauloises sculptées de Trémuson ou encore le mystérieux dôme aux dragons de Roissy. Autant de noms évocateurs, presque mythiques, qui éveillent notre imagination, nourrissent notre curiosité et rappellent la part de merveilleux que porte l’archéologie, cette science rigoureuse et indispensable pour révéler, comprendre, transmettre et faire vivre notre passé.

Casser les mythes pour restaurer la vérité

L’organisation par l’INRAP d’une saison consacrée aux Gaulois revêt un intérêt particulier, tant cette période demeure mal connue des Français ou déformée par des œuvres distrayantes mais également historiquement erronées. En effet, soyons honnêtes, nombre d’entre nous ont pénétré dans le monde des Celtes grâce aux célèbres aventures d’Astérix. Si ces récits ont contribué à rendre les Gaulois sympathiques, ils ont néanmoins véhiculé quelques idées erronées. Contrairement à ce que laisse croire la figure de notre cher Obélix, les Gaulois n’ont jamais érigé de menhirs : ces monuments mégalithiques remontent au Néolithique, soit plusieurs millénaires avant l’âge du fer.

En replaçant les faits dans leur contexte scientifique, l’INRAP s’attache à restituer une vision plus fidèle des sociétés gauloises. Cette démarche passe également par une clarification essentielle : le terme même de « Gaulois » est une désignation forgée par les auteurs romains, notamment Jules César dans La Guerre des Gaules. En vérité, il n’a jamais existé de peuple gaulois unifié. Les appellations de Gaule Belgique, Gaule aquitaine, Gaule celtique, Gaule narbonnaise ou Gaule cisalpine correspondent avant tout à des découpages administratifs romains postérieurs à la conquête. En réalité, ces régions étaient peuplées d’une multitude de peuples indépendants, chacun doté de ses propres traditions.

Nombre de ces peuplades ont même laissé une trace dans notre mémoire collective, souvent sans que nous en ayons conscience. Les Namnètes ont donné ainsi leur nom à la ville de Nantes, les Parisii à Paris ou encore les Carnutes connus pour leur forêt où se réunissaient les druides. Les Arvernes, les Éduens, les Séquanes, les Pictons ou les Rèmes comptaient également parmi ces peuples puissants qui habitaient sur notre territoire actuel avant l’arrivée des Romains.

L’héritage des Celtes

L’héritage gaulois se manifeste également de manière plus discrète mais tout aussi profonde dans la langue et la culture françaises. Plusieurs mots du vocabulaire courant possèdent des racines celtiques, tels que la charrue, le tonneau, etc. À ce legs culturel s’ajoute une mémoire incarnée par des figures majeures, au premier rang desquelles Vercingétorix, chef arverne qui tenta, en -52, d’unifier les peuples de la Gaule pour mieux résister à Jules César.

En mettant à l’honneur les Gaulois, l’INRAP ne se contente pas de présenter des vestiges archéologiques, il invite à une véritable réappropriation de cette période de l’âge du fer. La saison gauloise permet de reconnaître une continuité historique, une filiation culturelle et territoriale qui relie la France à ces peuples anciens. Elle constitue bien plus qu’une succession d’événements scientifiques ou culturels : c’est un hommage assumé aux vestiges laissé par les Gaulois dont nous sommes, à bien des égards, les héritiers.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Le paysage humain et civilisationnel était très contrasté : les celto-ligures des environs de Massilia ornaient l’entrée de leur temples de têtes coupées qu’ils accrochaient aussi à l’encolure de leurs chevaux (fouilles d’Entremont , inachevées) ,alors que d’autres peuplades, probablement venues de l’Est, réalisaient de véritable chefs d’oeuvre d’orfèvrerie..quoi qu’il en soit, la gauche éducative et pensante n’aime que l’histoire « progressiste » (encore un mot vide de sens,sauf pour les »frères »)

  2. Savoir et comprendre d’où nous venons ; quantités de mystères de notre passé lointain restent à élucider. Notre peuple originel était-il, fors la brutalité inhérente à cette époque, plus incohérent que le nôtre ? Pourquoi « l’inhumation en position assise ? Le bon roi Henri IV considérait quant à lui qu’il vaut mieux mourir assis que couché. Plagions-le : « Cornedeboeuf », si nous devons déchoir, que ce soit debout.

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