[ÉDITO] Macron à 11 %, Lecornu en hausse… fragile : Dagobert et le bon saint Éloi

Ce n’est plus une pente, c’est un effondrement. Le Président risque désormais la cote de confiance à un seul chiffre.
Capture d'écran FB Maison royale de Norvège
Capture d'écran FB Maison royale de Norvège

Nourrie par l’effondrement du macronisme, la sortie de route de Retailleau et l’absence de toute alternative crédible, la poussée du tandem Bardella-Le Pen semble désormais irrésistible. À force de divagations sur tous les sujets, Emmanuel Macron a noyé ses fidèles les plus fervents. À l’approche de la Toussaint et du jour des morts, le sondage du Figaro Magazine a des allures de cérémonie funéraire : ci-gît le macronisme jadis triomphant. Sic transit gloria mundi. La cote de confiance du président de la République tombe à... 11 %. Seul un Français sur dix lui fait encore confiance - un chiffre en baisse de 5 points sur un mois. Ce n’est plus une pente, c’est un effondrement. On en connaît un qui doit sourire : François Hollande avait mal vécu, en 2015 et 2016, la poussée fulgurante, puis l’ingratitude du jeune conseiller de l’Élysée devenu par la grâce présidentielle ministre de l'Économie, avant que l'ingrat ne devienne candidat au pouvoir suprême. Désormais, Emmanuel Macron atteint le plus bas niveau de confiance d'un Président, à l'étiage de François Hollande qui avait pourtant fixé la barre au ras du sol. Le président de la République risque, désormais, la cote de confiance à un seul chiffre.

Le réflexe anti-média jadis dénoncé par la gauche

Comment présider au destin d’un pays, dans cette configuration ? Pour l’instant, notre Dagobert de carnaval dispose encore du « bon saint Éloi » de la chanson. On entend presque le Premier ministre Lecornu, en hausse de 5 points dans le même sondage, lui dire « Ô mon roi, votre majesté se fera tuer ». « C’est vrai, lui dit le roi, mets-toi bien vite devant moi ! » Hélas, Lecornu est lui-même suspendu au fil d’une majorité Mikado, fragile, instable, appuyée sur le vide macroniste et la colère qui couve devant un bilan désastreux. Chaque instant supplémentaire à Matignon est un miracle provisoire.

Il faut remonter à 2016, soit à la fin du mandat de François Hollande, particulièrement impopulaire, pour trouver une cote de défiance ou de non-confiance de… 89 %. Notons tout de même que François Hollande avait écœuré les Français après quatre ans de présence à l’Élysée. Macron atteint le même discrédit, huit ans après l'élection de 2017. Il aura donc fallu huit ans et une réélection en 2022 pour que la majorité de nos compatriotes comprenne l’essence du macronisme et la nature de son inspirateur : un mondialisme vide de toute préoccupation envers la France et les Français. Un vide politique, habillé de négation culturelle, d’insécurité galopante et de ruine économique. « L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement », écrivait de Gaulle, dans Le Fil de l’épée. Privé d’autorité, privé de prestige, Macron les recherche nerveusement dans le réflexe anti-média que la gauche et le centre ont tant reproché à la droite nationale. Un comble !

« J'ai besoin de vous ! »

Si les Français boudent le génie macroniste, c’est bien sûr de la faute… des méchants réseaux sociaux. « J’ai besoin de vous », a lancé le Président, entre mobilisation guerrière et appel au secours, ce mardi, face à 200 experts du numérique priés de faire campagne contre les mal-pensants. Comme un leader de parti d'opposition groupusculaire, Macron entend « lancer le travail de résistance », « créer une petite plate-forme d'action » et « bâtir un projet d'action commun ». Non pour relever la France mais pour lutter contre les discours déviants. En clair, l’expression libre des Français sur les réseaux sociaux X, Facebook, etc., est devenue un danger. Pour la démocratie, dit-il. Pour lui, évidemment. « J’ai besoin de vous. » En mai 1958, la gauche voyait en de Gaulle un dictateur aux portes du pouvoir. « Pourquoi voulez vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur », répondait-il, suscitant les rires. Aujourd'hui, les envies présidentielles de moins en moins sournoises de maîtrise de la parole publique, voire de mainmise sur le débat, ne font rire personne.

L’ascenseur RN est en marche

Les responsabilités sont claires. En 58, de Gaulle achevait sa traversée du désert, loin du pouvoir. Emmanuel Macron, lui, est arrivé à l’Élysée le 15 mai 2012, avec le poste stratégique de secrétaire général adjoint de la présidence de la République. Il n’a quitté le pouvoir qu’une petite année (d’avril 2016 à mai 2017), le temps de cogner contre celui qui l’avait nommé. De 2012 à 2025 (moins une année), il a donc tenu tout ou partie des rênes du pays, avec une longévité exceptionnelle de douze ans. Le bilan de la France aujourd’hui, c’est le sien. Les réseaux sociaux  X ou Facebook n’y sont pour rien. Appuyé sur les béquilles de tout ce que le pays compte d’ambitions prêtes à jouer les héros face au RN sur le chiffon de la guerre et la dénonciation des réseaux sociaux, l’échafaudage du macronisme tient encore, comme par miracle.

Mais en face, l’ascenseur est en marche. En nouant une alliance contre-nature lors des dernières législatives, les partis moralisateurs ont rendu évident auprès du peuple français ce que le FN puis le RN tentent péniblement de démontrer depuis trente ans : l’UMPS existe, les Français l’ont rencontrée. Et ils n'en veulent plus. La France cherche l’alternative. Ce n’est ni un vœu, ni un parti pris, c'est un constat : depuis des mois, chaque vague sondagière nourrit la cote de confiance et la stature du futur candidat Bardella. Le président du RN gagne cinq points, dans ce sondage du Figaro Magazine. On le sait : à partir d’un certain niveau de confiance, la mécanique s’accélère, se nourrit d’elle-même et devient irrésistible. L’inverse est vrai. Hollande n’a remonté le courant du discrédit que bien des années après sa sortie sans gloire de l’Élysée. Rien n'est jamais écrit, en politique, mais on a beau chercher, on ne distingue pas ce qui pourrait servir de planche de salut au vide macroniste.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

107 commentaires

  1. En sociologie politique, on apprend que, dans toute démocratie, il y a environ 10% de « légitimistes » c’est-à-dire d’électeurs qui sont d’accords avec tous les gouvernements en place, quels qu’ils soient.
    C’est aujourd’hui l’étiage de MACRON.

  2. M. Lecornu n’est pas contrariant. D’où la légère hausse. Je comprends mal ce qu’il exprime car il y a du « en même temps  » dans son propos voire du rien du tout… des choses qui n’auront pas lieu. Bref.

  3. Et si, en restant, il attendait que la situation s’aggrave et s’il pouvait provoquer la chienlit, le chaos, par son inaction ou quelque action intempestive comme entrer en guerre en Ukraine pour pouvoir déclencher l’article 16 qui lui donnerait les pleins pouvoirs (L’article 16 de la Constitution peut être déclenché en cas de menace grave et immédiate contre les institutions de la République et si le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est interrompu. Le président de la République exerce alors les pouvoirs législatif et exécutif.) ¨ Personnage extrêmement néfaste et dangereux.

  4. Désastreux quinquennats. Les français commencent à peine à se réveiller grâce aux média alternatifs et aux réseaux sociaux. La tache est immense pour nos prochains dirigeants. Il lui faudra combattre l’État profond avec ses fonctionnaires félons, le gouvernement des Juges (Conseil constitutionnel noyauté par la gauche, Conseil d’État…), la technocratie de Bruxelles… La gauche et les « progressistes » n’accepteront jamais le verdict des urnes (ils ne l’acceptent que s’il lui est favorable) ni le changement de politique économique, sécuritaire, migratoire sans soulever la rue et les banlieues communautarisées avec la complicité des syndicats et du milieu associatif. Il faudra une Union des patriotes déterminée à mener à bout les réformes indispensables, en utilisant le référendum massivement en début de mandature pour fixer la feuille de route du gouvernement. Et m… au Conseil constitutionnel qui ne manquera pas de couiner.

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