[ÉDITO] Cinquante ans après sa création, le RN réussit son implantation locale

Face aux maires RN élus dès le premier tour, LFI déterre le spectre du fascisme. Le duel se met en place.
Capture d'écran YT RN
Capture d'écran YT RN

Ce premier tour des élections municipales de 2026 porte avec lui un bouleversement profond, une vague d’espoir et une source d’inquiétude pour les patriotes français. Le RN, jusqu'ici très faible dans ce scrutin local, avait déposé 763 listes ! Bien plus que lors des dernières municipales. Les électeurs ont transformé l’essai. D’abord parce que de nombreux maires RN sont reconduits dès le premier tour, ce dimanche soir. Le suspense est clos à Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), où Ludovic Pajot est réélu avec plus de 81 % des voix ! Record à battre dans six ans… Le maire RN d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) Steeve Briois écrase le match avec une réélection dès le premier tour à 78 % des voix. Le maire RN de Morières-lès-Avignon (Vaucluse), Grégoire Souque, est reconduit avec plus de 66 % des suffrages. Le maire RN du Pontet (Vaucluse), Joris Hébrard, comme le maire de Beaucaire (Gard), Nelson Chaudon, obtiennent plus de 60 % des voix. Toujours dans le Vaucluse, le maire de Camaret-sur-Aigues, Philippe de Beauregard, est réélu avec 72,99 % ! À Perpignan, Louis Aliot a plié le match avec 51,4 % dès ce dimanche soir. À Fréjus, David Rachline l’emporte aussi définitivement avec 51,3 % des voix. À Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le député Bryan Masson passerait dès le premier tour avec un peu plus de 50 %, délogeant le maire LR en place. La liste n’est pas limitative... Au total, le RN revendique, ce lundi matin 16 mars, 24 maires et 1.279 élus municipaux élus dès le premier tour. En reconduisant leur maire RN, ces Français ruinent le discours selon lequel la gestion du RN provoquerait le rejet massif des électeurs horrifiés. Dans ces villes, les administrés du RN ont essayé la potion et en redemandent. De même, le patron de Reconquête Êric Zemmour s'est réjoui, sur X : « J’ai le plaisir de vous annoncer que Reconquête a remporté dès le premier tour plus d’une centaine de mairies partout en France. » On ne connaît pas encore, à l'heure que nous publions, les résultats de Sarah Knafo à Paris. Nicolas Dupont-Aignan, lui, a repris facilement sa mairie avec 80 % des voix, à Yerres. Citons, enfin, l'élection de Tony Leprêtre, Les Patriotes, à Harfleur, commune de 8.000 habitants en Seine-Maritime, avec 50,21 % des voix, contre le maire communiste sortant.

Alliances à gauche

Pour le RN, la moisson n’est évidemment pas terminée. Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella est en position très avantageuse à Toulon avec Laure Lavalette, qui obtient 42 % des suffrages, doublant le score obtenu par le parti voilà six ans. À Nice, le patron de l'UDR Éric Ciotti dispose d’une longueur d’avance de plus de dix points, avec 41,9 %, face à son meilleur adversaire Christian Estrosi (31 %). C’est une certitude : le RN dépêchera dans les conseils municipaux de toute la France des centaines de conseillers municipaux. Cinquante-quatre ans après l’émergence du FN devenu RN, on assiste (enfin !) à l’émergence d’une véritable implantation locale du premier parti de France. Il était temps...

Mais l’affaire est loin d’être pliée. D’abord parce que le deuxième tour sera soumis à l’incertitude des alliances à gauche. Le PS a promis qu’il ne nouerait pas d’alliances avec LFI, sauf au plan local. Ce qui, au moment d’élections municipales, signifie qu’il nouera des alliances partout où il en aura besoin. Au diable les principes ! « Je suis oiseau : voyez mes ailes [...] Je suis souris : vivent les rats ! », écrivait La Fontaine. Ensuite, la gauche va tenter de mobiliser le ban et l’arrière-ban des abstentionnistes. On va voir surgir à nouveau, comme à chaque fois que la gauche risque de perdre ses mandats ou tente d’accélérer une dynamique, le spectre gonflé à l’hélium médiatique du fascisme renaissant, ce monstre du Lochness fictif prêt à terroriser sur commande les bonnes consciences, à faire sortir de leur canapé les abstentionnistes de gauche des grandes villes et, même, à mobiliser les banlieues parfaitement indifférentes au sort de la France.

LFI ressuscite l'éternelle ficelle du fascisme

Enfin, LFI vantera toute la semaine ses bons résultats, réels. Le parti de Mélenchon progresse : il est en tête à Roubaix, où il a de bonnes chances de l’emporter, comme à Limoges. Il est au coude-à-coude à Lille. Il a emporté Saint Denis. Le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard l’a dit : LFI, jeune parti, sera aussi présent dans des centaines de conseils municipaux, avec « une nouvelle génération féminisée, jeune », une « nouvelle France », vantait Bompard, ce 15 mars, après le scrutin, avant de basculer, comme prévu, dans une violente diatribe contre les méchants, « l’extrême droite », bien sûr. Il entend « empêcher leur victoire » en appelant aux urnes « la jeunesse et les quartiers populaires ». Il veut « protéger le peuple français de ce danger » et en appelle à la constitution d’un « front antifasciste ». La bataille se joue « entre l’extrême droite et nous », menace-t-il. En face, Bardella en appelle aussi à un front contre « l’extrême gauche et le macronisme ». Tiens, on l’avait oublié, le macronisme, durant cette campagne des municipales. Ce dimanche soir, la France se polarise à nouveau, mais cette fois, c'est net : la droite nationale fait face à l’ultra-gauche. Le paradoxe est là : les Français ont choisi un maire essentiellement pour des motifs locaux, mais les commentateurs et les leaders politiques interprètent, dès ce soir, leurs votes comme le résultat d'une première bataille dans la course aux présidentielles. Qui s'annonce violente.

 

Article mis à jour ce 16 mars sur le bilan du RN : 24 maires et 1.279 élus municipaux au premier tour.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

74 commentaires

  1. Rien d’étonnant que les grandes villes, les métropoles françaises, continuent de voter pour la « gauche », voire l’extrême-gauche : la sociologie des électeurs. Dans ces grandes villes, on trouve une majorité de CSP élevés, des intellectuels ralliés à la gauche et soutien de cette classe politique depuis longtemps, ces « hanvélos » (Raymond Queneau) vert-de-gris et anti diésel, anti pauvres.
    Pas d’ouvriers, pas de smicards, pas d’employés, pas de fonctionnaires modestes, pas de ruraux bien sûr dans les grandes villes, trop chères, inaccessibles désormais si on n’a pas le bon « critair », les bons revenus. Même si tous ces bobos des villes ont besoin des autres. Leur égoïsme veut qu’ils restent dans l’entre soi, avec leurs vélos, leurs boutiques bio, leurs bagnoles électriques… Bref, il ne faut pas s’étonner si ces grandes villes – espace des privilégiés à hauts revenus – continuent à voter pour cette classe politique honnie dans les territoires abandonnés, les petites villes, rurales ou périphériques.
    Paris restera à ce PS, Bordeaux restera aux écolos, idem pour Toulouse, Rennes, Nantes peut-être etc…
    Même s’il ne faut pas faire un constat général bien sûr.

  2. bonne chance à ceux qui votent LFI, ils vont être assaillis d’impôts, il vont supprimer la police armée, et supprimer les cmaéras de protection, vous pourrez vous faire cambrioler ou vous faire bastonner, attention ce ne sera pas vous qui choisirez, la belle vie en quelque sorte, on a vu ce qu’ils peuvent faire à l’assemblée nationale, là se sera pire puisque localement vous les aurez encensés, le fascisme c’est eux, on le voit à chaque manif, il n’y a pas de démocratie avec ces gens là.

  3. Rajouter à la liste des maires RN réélus, Hayange : Fabien Engelmann pour la 3ème fois avec avec 72,96 % !
    Pour Reconquête !, ce sont surtout des toutes petites communes, l’illustration de l’engagement de R§ pour la France rurale.

  4. il n’y a qu’unb constat : là ou les villes étaient RN, les électeurs l’ont tous reconduit !!!!
    ces villes sont-elles « fascistes » ? non,
    on y vit mieux que dans d’autres villes car les comptes sont matrisés, la sécurité mieux assurée

  5. Mr Retailleau s’est félicité de la victoire de son parti.
    Le RN aussi, en progrès.
    C’est aussi une victoire LFI et la gauche , comme le dit en une le journal Libération.
    Presque tous les partis français ont gagné. Même les abstentionnistes n’ont pas à rougir de leur score.
    Seuls quelques macronistes n’osent pas crier victoire, mais finalement il y a quand-même pas mal de candidats Macron compatible élus. A son retour dans 6 ans, après 5 ans de vacances élyséennes, Emmanuel pourrait refaire partir son système en même temps antifa et anti-antifa. En attendant il est bien en place jusqu’au bout de son deuxième quinquennat.
    Tout le monde a gagné. Cela rappelle l’école des fans. Brigitte M. peut rester ravie par les petits français toujours si bien élevés.

  6. Les outrances passées ont maintenu le FN dans une opposition plutôt confortable pour les autres partis. Je me suis amusé des formules « choc » de l’époque et de la gouaille du « BOSS » mais J-M Le PEN rendait service aux autres partis.
    Le RN, avec une tête d’affiche telle que Bardella, se positionne autrement et tend à se rapprocher de l’accès au pouvoir en un temps qu’il ne faut pas tenter d’ estimer.
    Seule compte la dynamique actuelle, le résultat dépend de son maintien.
    Les outrances passées se sont montrées au mieux inopérantes, au pire coûteuses : en politique comme en conduite automobile, les dérapages peuvent amuser (un peu) ou coûter (beaucoup).
    L’ équipe Le PEN – BARDELLA assoit posément le RN au sein de la société ; son temps viendra.

  7. Malgré le bilan catastrophique d’Hildago, le PS reste à la tête de la mairie, vu les résultats.
    Je maintiens que je suis choquée par le score de Chikirou (11%) par rapport à Sarah Knafo, qui a pourtant présenté un très bon programme structuré , chiffré et j’approuve sa main tendue à R. Dati, qui pourtant s’était montrée très intolérante à son égard.

    • Moi aussi j’approuve cette main tendue pour se debarrasser de la gauche,sauf que dati et bournazel ne sont pas  » la droite » juste des macronistes qui ne veulent surtout rien faire,et encaisser…a défaut d’accord je ferais payer son mépris a dati…de toutes façons elle ne peut pas gagner..tous les électeurs ne sont pas des  » moutons » qui suivent aveuglement les consignes,ou voteraient dati en la croyant de droite…

  8. N’empêche. Trop d’électeurs ont voté pour LFI. Incompréhensible ! Naïvement, j’avais cru que devant le comportement de ces gens-là, les Français auraient tranché différemment. Comme quoi…Maintenant qu’en j’entends les Retailleau et autres du même acabit mettre dos à dos LFI et le RN, je me dis que c’est foutu. Malgré la montée incontestable de ce dernier, je n’y crois plus.

  9. Plus Mélanchon vomit, plus il engrange. Le lynchage à mort de Valentin n’aura eu aucun effet.
    Qu’il se réjouisse de la résistance du régime iranien, pas plus. Le mal avance et n’inquiète pas ?
    Si seulement les abstentionnistes pouvaient se réveiller pour rétablir un certain équilibre ?

  10. Pourquoi ne pas écrire extrême gauche quand il s’agit d’évoquer LFI alors que , dès que l’on évoque le RN, on dit extrême droite. Au vue des élections, il faut constater une libanisation du pays et je crains fort que ce pays ne puisse se ressaisir tant les divisions sont fortes , accentuées par un taux d’immigration incontrôlé. Je suis très pessimiste sur l’avenir de mon beau pays qu’était la France. Merci les socialos et les verts avec la complicité d’une partie de la droite. macron a vraiment mis le pays dans un état crépusculaire. Encore 13 mois !

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