[ÉDITO] Agressions sexuelles dans le périscolaire : pourquoi en parle-t-on moins que de Bétharram ?

Protéger les enfants du privé, c'est bien. Protéger TOUS les enfants, c'est mieux.
@Wikimedia commons
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C’est l’angle mort de cette campagne parisienne, l’éléphant dans le couloir dont on détourne pudiquement le regard : les agressions sexuelles dans le périscolaire. Peut-on parler de scandale d’État ? À tout le moins, d’un scandale municipal.

À Paris, les classes ferment, les familles fuient. Les prix de l'immobilier, les crèches saturées, soit. Mais ce qui donne réellement aux jeunes parents l'envie de courir à toutes jambes loin de cette ville, leurs enfants serrés contre eux, c'est la litanie glaçante des animateurs périscolaires accusés d’agressions sexuelles sur des tout-petits. On savait les jeunes - comme Philippine - et les adolescents - comme Élias - en danger dans les rues ; on découvre que les enfants de 3 à 5 ans ne sont pas davantage en sécurité à l’école.

Inertie et omerta

Les chiffres donnent le vertige : en trois ans, 52 animateurs suspendus pour violences, le plus souvent sexuelles. En 2025, quinze enquêtes ouvertes pour des faits commis en maternelle. Et déjà, en 2026, de nouvelles plaintes émergent, portées par des parents démunis face à ce qu’ils décrivent comme un mélange d’inertie et d’omerta. Certains avocats évoquent même des mécanismes de cooptation, des complicités tacites pour se retrouver seuls avec les enfants. Coïncidences troublantes : plusieurs mis en cause dans une même école.

Ce ne sont pas des cas isolés, des « loups solitaires » passés (faute à pas de chance) entre les mailles du filet. Le problème est qu’il n’y a pas de filet. La mairie, accusée de déni, semble pratiquer la vieille politique de la patate chaude : on déplace, on recadre, on redonne une chance - comme s’il s’agissait d’un paquet de feuilles subtilisées à la photocopieuse. Avec, à la clef, des récidives. Le principe de précaution, si souvent brandi ailleurs, s’évapore ici.

Quand l’opposition demande une enquête globale, on répond qu’elle n’est « pas nécessaire ». Des investigations locales suffiraient. Circulez. Pourtant, dès 2015, un rapport interne pointait déjà une gestion « empirique » de ces affaires : procédures inexistantes, enquêtes non systématiques, locaux inadaptés. Dix ans plus tard, les mêmes constats, les mêmes recommandations. Et toujours la même inaction.

Pourquoi 2015 ? Parce que la réforme des rythmes scolaires, deux ans plus tôt, a ouvert une brèche. Il a fallu recruter en urgence, combler des heures, sans exigence réelle. Casier judiciaire vierge - quand il est vérifié - et rien d’autre. Des profils précaires, instables, parfois inquiétants, envoyés dans les écoles sans que les parents n’en sachent rien. Une aubaine pour les prédateurs. On a ouvert la bergerie.

Face au scandale, la mairie dégaine un « plan d’action ». Deux jours de formation. Qui peut croire qu’un prédateur devienne inoffensif après un séminaire ? Comme un air de ressemblance avec les stages de déradicalisation des djihadistes. La naïveté est parfois criminelle.

Et puis, il y a le silence. Ou, en tout cas, le service minimum. Là où certaines affaires déclenchent des tempêtes médiatiques, ici, c’est un filet d’eau tiède. Il ne faudrait pas gêner aux entournures Emmanuel Grégoire et sa réélection à la mairie de Paris.

Cela rappelle, mutatis mutandis, la minoration du meurtre de Sarah Halimi, en avril 2017, pendant l’entre-deux-tours de la présidentielle.

Sous-traitement médiatique

Pourquoi le drame Bétharram passionnait-il la presse mainstream et la gauche (qui sont deux cercles concentriques) ? Parce que c’était l’occasion de faire strike, toucher à la fois l’école privée et le Premier ministre. Ce n’est pas tant les victimes de la pédophilie qui intéressent que l’instrumentalisation que l'on peut en tirer. Comment expliquer autrement le sous-traitement médiatique et politique du drame du périscolaire ?

Le député LFI Paul Vannier prétendait, dans un entretien sur France Info, le 24 février, qu’il y avait un tabou autour de la question de l'école privée. Que c’était pourtant là que la violence se concentrait. Pour lui, il y avait la volonté de fermer les yeux sur les violences dans ces écoles pour protéger coûte que coûte leurs privilèges exorbitants.

Sans faire de surenchère dans les horreurs, preuve est apportée que ces dernières ne sont pas l'apanage du privé, loin s'en faut. En tant que catholique, je pourrais tomber d’accord avec lui sur le fait que ces écoles incriminées, quand elles sont chrétiennes, sont pires parce qu'elles devraient être meilleures, mais il serait quand même très injuste de concevoir la traque de la pédophilie de façon hémiplégique : protéger les élèves des écoles catholiques, c'est bien ; protéger TOUS les enfants, c'est mieux.

On m'objectera que Sophia Chikirou a demandé une commission d’enquête sur ce sujet parisien en décembre. Mais les faits ne lui ont néanmoins pas paru assez graves pour refuser une alliance. C'est même elle qui a tendu une main (qui lui a été refusée) à Emmanuel Grégoire. Paris vaut bien une bassesse.

Quand on pense qu'au prétexte de « protéger les enfants », l'État a interdit l'école à la maison et impose, dans les classes et le cadre du programme EVARS, des intervenants extérieurs dont on cache l'identité aux parents pour parler sexualité...

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

36 commentaires

  1. Effectivement, si on écoute ou lit la presse d’Etat, on pourrait croire qu’il n’y a ce genre d’affaire que dans les écoles cathos et on n’hésite pas à ressortir des affaires qui ont lieu il y a des décennies. Parallèlement, dans l’école publique, on essaye de camoufler des scandales actuels, tout en ne prenant pas les mesures radicales pour endiguer ce scandale infâme. Et, bien sûr, dans les établissements privés musulmans, ce genre de choses n’arriveraint jamais ! Il serait intéressant de s’intéresser aux milieux qui autorisent les mariages de gamines de 12 ans. On pourrait aussi interroger Delanoë qui, par hasard, vient de se manifester pour intervenir dans la campagne électorale. Mais réside t’il en France ?

  2. Notre journal local « Le Bien Public » nous a écrit des pages entières sur quelques cas de malveillance dans une école privée de la région. Rien sur ces multiples cas de pédophilie en milieu parisien malgré son attention éveillée par des lecteurs.

  3. Curieusement l’affaire mis en épingle dans les médias mainstream de l’affaire Bétharam qui semble moins conséquente et plus ancienne celle du périscolaire semble plus importante et plus dissimulé, pourquoi serait ce plus a gauche, oh non ils nous feraient pas ce coup là quant çà concerne des enfants.

  4. Alors que Mme Hidalgo était maire pendant plusieurs années et quelle n’à rien dit concernant les viols d’enfants dans l’école public par rapport aux privé,mais elle est de gauche c’est pas pareil eux ils ont le droit de tout faire sans jamais rien leur dire,rien à voir avec le droite évidemment.

  5. Hier soir Grégoire annonçait vouloir lutter contre ces exactions dans le périscolaire..  » créer un groupe de travail qui rendra son avis à une commission,qui s’emparera du sujet pour rechercher et proposer des solutions.. » donc embaucher une centaine de fonctionnaires supplémentaires,qu’on mettra au travail pour faire un diagnostic sur des faits parfaitement connus….bref la plupart des mineurs concernés seront a meme de
    voter plusieurs fois aux municipales avant qu’il y ait des solution…on est loin du programme de sahra…
    D’ailleurs je m’etais fait violence pour regarder ca hier soir ..quelle honte,quel manque de hauteur de ces candidats..quelle mediocrite..c’est pas demain que les abstentionnistes vont lâcher leurs Cannes a pêche

  6. Merci Gabrielle pour ce nouveau papier de qualité ; dans un autre registre, les parents sécurisent les trajets de leurs enfants en les emmenant à l’école, …où les attendent des saloperies bien pires que dans la rue, organisées en plus dans un sournois silence.

  7. Bétharam c’était catholique, donc open bar pour taper dessus. A Paris c’est la gauche qui, rappelons nous, a vanté les mérites de la pédophilie, alors il ne faut pas la dénoncer. Un ancien ministre de l’éduction avait d’ailleurs auparavant signé la fameuse tribune sur le Monde.

    • Une honte cette Main mise des gauchistes dans les médias est la preuve que toutes les perversions leur sont permises au détriment de l’innocence de nos enfants les plus fragiles. LOn attend des décisions de justice mais la aussi que se passe-t-il dans cette justice dont une partie est gangrenée

  8. Paris est l’exception socialiste en France .
    Ce parti est partout désavoué mais continue à subsister dans la capitale
    Et être plébisciter par un maximum de Parisien. Pourtant ce scandale en pédophilie devrait en rebuter plus d’un de voter pour un parti qui était porteur de ce projet .EVARS.
    Faut il que nombres de parisiens aient protité des largesses de madame Hidalgo pour continuer à porter leur suffrages vers le seul socialiste qui se présente et franchement qui n’est pas un foudre de guerre .
    Mathieu Bock-Coté était hier sur Cnews pour expliquer que l’on ne s’acharnait pas à garder le pouvoir pour défendre des convictions mais bien des privilèges sonnant et trébuchants . .Quand un système socialiste perd sa place ce n’ est pas le pouvoir mais aussi toutes les associations et autres comités théodules que l’on arrose.avec l’argent des contribuables qui du coup se sauvent de la capitale .
    Et ce n’est pas ce scandale en devenir autour des intervenants périscolaires pédophiles ,organisés en système qui va les en dissuader .

  9. Quand on voit l’affaire epstein , on se demande qu’est-ce qui peut les arrêter . Nos enfants ne sont à l’abri nulle part , même quand ils deviennent grands ils sont toujours nos enfants cependant il faut voir les charognards dans la mode , le cinéma , tels des crocodiles qui attendent que les pauvres gnous traversent la rivière . Ce monde est à vomir , les gens sont des zombies, plus rien ne semble les interpeller . Il ne nous reste qu’à prier , pour que nos enfants ne soient pas victimes de ses détraqués . Madame Cluzel , encore merci pour votre article .

    • L’influenceur Jon de Lorraine a partagé la séquence extraite de BFMTV sur ses réseaux sociaux. Le visage souriant de Emmanuel Grégoire est très net. C’est encore plus monstrueux en redif qu’en constatant ça en direct.

    • Est ce que Rachida a interpeller les autorités avant la campagne électorale. Elle était au gouvernement donc bien placée pour avertir les autorités. Pourquoi n y a t il pas de plainte contre la mairie de Paris. Et les parents ?

      • À la limite ce n’est même pas de ça que je parle. Le simple fait d’avoir un large sourire en évoquant un sujet pareil c’est écœurant. Sophia Chikirou n’a pas cette indignité !

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