Dissuasion : quand Macron disait que « le nucléaire, ça sert à rien ! »

Le jeune Macron s'était alors, en 2010, fait sévèrement recadrer par... Jacques Attali. Un témoin nous raconte.
Capture d'écran Présidence de la République
Capture d'écran Présidence de la République

Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, plaideront les défenseurs du Président Macron. Certes. En l’occurrence, il s’agit d’un tête-à-queue sportif sur la question qui occupe l’Élysée depuis quelques jours, qui a occasionné le discours de l’île Longue et provoqué l’intervention du Président à la télévision, ce mardi soir : la dissuasion nucléaire. Un tête-à-queue révélateur. Macron revoit donc à la marge la doctrine nucléaire de la France pour étendre sa protection à l’Europe lâchée par les États-Unis de Trump. Soit. Dans ce cadre, le retour vers la légèreté du jeune Macron éclaire au moins la légèreté de l'être présidentiel, et peut-être davantage.

Nous sommes en 2010, lors de la deuxième commission Attali. La France traverse la crise financière déclenchée par la faillite de la banque Lehman Brothers. Le président de la République Nicolas Sarkozy a demandé à l'ancien « sherpa » de Mitterrand Jacques Attali de remettre sur pied sa commission, non plus pour ausculter les moyens de la croissance (le sujet de la première commission, créée en 2007) mais pour trouver des économies et réduire le déficit. Lors de la première commission, Emmanuel Macron est rapporteur : il n’a à ce titre pas droit à la parole durant les réunions. En 2010, il intègre le cénacle des membres de la commission et obtient le droit de donner son avis.

Le jeune Macron recadré par Attali

BV a joint un témoin, à l’époque membre de cette deuxième commission. Il souhaite rester anonyme mais se souvient très bien de cette salle au rez-de-chaussée d’un ministère vide, rue Saint-Dominique à Paris, pas très loin du ministère de la Défense, justement. La réunion a lieu plus tôt que d’habitude, vers 18 heures. Tous les membres n’ayant du coup pu se dégager, elle se déroule en petit comité, une vingtaine de personnes. Parmi eux, l’avocat Jean-Michel Darrois, l’ancien PDG Xavier Fontanet, le journaliste Yves de Kerdrel ou le patron Serge Weinberg. Macron, arrivé en retard, indique qu’il souhaite prendre la parole. « Il suffit d’arrêter la dissuasion nucléaire car, par principe, elle est faite pour qu’on ne s’en serve pas. » La scène est aussi contée dans le livre du journaliste Marc Endeweld L’Emprise, la France sous influence, paru en 2023 chez Points Documents : « Ce n’est pas très compliqué de trouver 4 milliards d’euros d’économies, explique le jeune Macron. La dissuasion nucléaire, ça sert à rien. Les Allemands n’en ont pas. » Selon notre témoin, Macron a à peine fini sa phrase que Jacques Attali le recadre : « Tu es encore un peu jeune, si tu connaissais mieux ton Histoire, tu ne dirais pas cela ! Sans le nucléaire voulu par de Gaulle, la France ne serait pas membre du Conseil de sécurité de l’ONU. »

Attali volant au secours de la souveraineté française, la scène peut surprendre. Mais l'ancien conseiller éclaire lui-même cette conviction « faute de mieux », dans un blog sur « L’Irénisme nucléaire » écrit le 28 septembre 2009 et toujours en ligne.

L'avocat du sans-frontiérisme s'y réjouit que « le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni au sommet en véritable gouvernement mondial institutionnel, a pris à l’unanimité la décision, dans sa résolution 1887, "de rechercher un monde plus sécurisé pour tous et de créer les conditions pour un monde sans arme nucléaire" ». Attali rêve très fort : on supprime les armes nucléaires des pays qui en ont et on empêche les autres d'en produire. Ce n’est pas tout : « L’ONU a par ailleurs adressé à l’Iran un ultimatum exigeant l’arrêt d’ici à la fin de l’année de tout enrichissement en uranium, sous peine d’un boycott de ses exportations de pétrole raffiné, ressource vitale pour le pays. » On voit aujourd'hui avec quelle efficacité. Conclusion de Jacques Attali : « On pourrait donc penser que nous sommes entrés dans le meilleur des mondes. » Mais voilà, c'est si beau qu'Attali lui-même n'y croit pas. « Pour l’instant, tout cela n’est qu’un rêve, une manifestation de l’irénisme qui domine parfois l’idéologie occidentale, conduisant à tolérer des menaces par désir exagéré de la conciliation, par refus de faire l’effort d’admettre l’existence des menaces, par optimisme démesuré. »

Faute d'un « véritable gouvernement mondial »

« C’est illusoire », écrit-il. Pour plusieurs raisons, selon lui, notamment parce que « cette arme [le nucléaire, NDLR], entre les mains de démocraties, reste la meilleure garante de la paix mondiale, aussi longtemps que n’existe pas une force de police planétaire efficace et crédible, au service d’un véritable gouvernement mondial, auquel tout ramène ».

C'est clair : sur le nucléaire militaire, Attali, le pygmalion d'Emmanuel Macron, montre un réalisme tactique, en attendant cette « police planétaire efficace et crédible, au service d’un véritable gouvernement mondial ». Ils sont d'accord sur l'objectif. À l’époque, Macron jouait simplement au jeune homme pressé et pusillanime. « Sa réaction de l’époque est à l’image du personnage, conclut notre témoin. Aucune conviction, aucune culture, aucune connaissance de la dissuasion bâtie sur la défense de nos intérêts vitaux. » On a le droit de changer d’avis, certes, mais au fond, Macron a-t-il vraiment changé ?

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

78 commentaires

  1. Les sujets peuvent changer mais la jeunesse de Macron est éternelle. Malheur aux peuples qui….

  2. Ce type est, et a toujours été, un imposteur et un traître au parcours plus que flou !
    Il en est de même pour tous ceux qui le soutiennent ou l’ont soutenu, sponsors, soutiens ou collaborateurs actuels comme passés, qui portent bien leur nom, et électeurs !

  3. Ce n’est pas un problème de « culture ». En fait, Macron a cassé et jeté ses lunettes « Top Gun »… Rien de plus.

  4. Qui veut ou qui peut tenir la comptabilité des sottises qu’il a dites et qu’il a faites ? Ce n’est pas lui qui est en cause, mais ceux qui l’ont élu et réélu.

  5. Mais il raison, le nucléaire ne sert à rien… SAUF quant on en a besoin. Comment peut on accorder la moindre confiance à ce « mec » qui ne comprend rien…..Il parle d’ingérence par le droit international, et 2 secondes après il dit que les américians font du bon travail …. Aller qu’il aille predre une douche froide et basta.

  6. Curieusement on a l’impression que ce personnage est sorti du chapeau d’un magicien.
    Ça laisse a réfléchir.

  7. C’est simple, pour faire de la politique, on devrait avoir cocher les cases travail, apprenti, ouvrier, patron et avoir été élu dans sa commune.
    La crédibilité et la réflexion serai tout autre !

    • Bien d’accord! Je ne fais confiance qu’à ceux qui ont deja un métier avant d’entrer en politique et qui n’y entrent que par conviction..pas par ideologie..la politique ne devrait pas etre un  » métier »qu’on exerce juste pour se faire élire et croûter sur notre dos
      .

  8. Est-ce que Macron a vraiment changé? Pourquoi n’aurait-il pas changé? Et pourquoi n’aurait-il pas changé en pire?

  9. Macron qui croit tout connaître, etre le meilleur, prendre que de bonnes décisions…seul. malheureusement pour la France c’est souvent trompé. Résultat : voir l’état du pays, qui en paye les conséquences ? Nous

  10. Le slogan fondateur du macronisme ; « En même temps » ! 10 ans d’errance et d’arrogance, de contradictions, de déni, de communications, de commentaires, de comédie, de simulacres et de dissimulations. Les résultats sont là. Désastreux de A à Z. Les Français ne vont pas tarder à découvrir avec effarement les réalités qu’on leur a cachées. Les « belles » histoires qu’on leur a fait avaler et qui les ont ruinés. Et dont certains sont morts.

  11. Le pire ce sont ces énarques, aucune culture scientifique.
    C’est le drame de la France.
    Ces politocards sortent tous de sciences pipeau Paris.
    A part blablater pour ne rien dire.
    En Chine , 80 % des cadres du parti communiste sortent d’écoles d’ingénieurs.
    Elon musk a une formation pratique d’ingénieur .
    On comprend pourquoi la France est a la traîne…

    • Ces énarques, aucune culture du tout, on leur apprend l’art de la communication , donc le néant !
      Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas de « frondeurs » à l’AN devant un président qui est en roue libre

      • Les députés de l’AN combien sortent de formation pratique : médecine, ingénieurs, avocats etc ..?

    • Dans les grandes ecoles comme ailleurs il y a les cancres ternes et quelques  » brillants sujets » comme Mme knafo…a l’ena

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