Disparu pendant un siècle, un bijou de la dynastie des Habsbourg réapparaît

On l’a longtemps cru perdu à jamais, volé ou même retaillé pour effacer son identité.
Copie du Florentin - 
Chris 73 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
Copie du Florentin - Chris 73 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

Pendant plus d’un siècle, le destin du Florentin, ce diamant légendaire lié à la dynastie des Habsbourg, est resté enveloppé de mystères. Disparu au lendemain de la Première Guerre mondiale, on l’a longtemps cru perdu à jamais, volé ou même retaillé pour effacer son identité, comme lors du vol des bijoux de la couronne de France en 1792. Pourtant, en novembre 2025, la pierre a refait surface d’une manière spectaculaire, non pas dans un marché clandestin, ni retaillée, mais intacte, rangée secrètement dans un coffre-fort du Nouveau Monde, au Québec.

Aux origines d'un joyau impérial

Le diamant Florentin, parfois appelé « Grand-duc de Toscane », est un joyau parmi les plus fascinants de notre Histoire. D’origine probablement indienne, ce diamant aux reflets jaune citron, avec ses 126 facettes réparties sur neuf côtés, pèse environ 137,27 carats.

Son histoire se mêle à celle des ducs de Bourgogne. Ainsi, selon certains récits, Charles le Téméraire aurait porté ce diamant lors de la bataille de Nancy en 1477, avant que la pierre ne change de mains, passant par celles du Saint-Siège puis celles de la famille des Médicis de Florence et des ducs de Toscane. Plus tard, le diamant entre dans le giron des Habsbourg via le mariage de François-Étienne de Lorraine avec Marie-Thérèse d’Autriche en 1737, enrichissant ainsi le trésor impérial de Vienne.

Un secret bien gardé

Plus d’un siècle plus tard, à la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire austro-hongrois vacille, et l’empereur Charles Ier, conscient du danger, organise l’exfiltration des bijoux familiaux. En 1919, le Florentin, parmi d’autres joyaux, est ainsi transféré en Suisse pour être mis à l’abri.

Par la suite, le destin du joyau devient nébuleux. Certains prétendent qu’il a été volé, retaillé et vendu. Cependant, c’est la volonté de l’impératrice Zita de Bourbon-Parme, veuve de l’empereur Charles mort en 1922, qui décide du véritable sort de la pierre. En effet, en 1940, fuyant l’Europe en proie à la montée du nazisme, elle emporte avec elle les bijoux dans une simple valise en carton. Après avoir débarqué à New York et être arrivée au Québec, elle dépose le diamant avec d’autres trésors dans le coffre-fort d’une banque, tout en s’assurant que son emplacement demeure un secret absolu. Seuls ses fils Robert et Rodolphe en sont informés, quelque temps avant son décès en 1989, avec l’injonction de garder le silence pendant cent ans après la mort de leur père Charles.

La redécouverte, cent ans plus tard

En novembre 2025, ce pacte est enfin rompu. En effet, les descendants de Charles et Zita, l’actuel chef de la famille impériale, Charles de Habsbourg-Lorraine, et ses cousins, l’archiduc Lorenz d'Autriche-Este et Simeon de Habsbourg-Lorraine, décident de révéler la vérité au monde et d’expliquer la raison de ce secret : « Moins les gens en savent, plus la sécurité est assurée. » Le joaillier Christoph Köchert, descendant des joailliers impériaux autrichiens, a alors examiné la pierre, encore enveloppée dans son vieux papier jauni par le temps, pour confirmer l’authenticité du bijou. En geste de reconnaissance envers le Canada, qui avait accueilli la famille impériale en exil, les Habsbourg ont décidé que les bijoux seraient exposés au public dans ce pays. Ils refusent toutefois de vendre le diamant, rappelant que le Florentin demeure avant tout un héritage familial. Cependant, la résurgence du diamant ne se fait pas sans remous. En effet, en Autriche, des voix s’élèvent déjà pour en revendiquer la propriété, arguant que ce joyau d’exception, longtemps associé au trésor impérial, relèverait désormais du patrimoine de l’État. Ainsi, la réapparition du Florentin, loin de clore définitivement son histoire, inaugure un nouveau chapitre.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

11 commentaires

  1. er la canada alors ? Ce genre de « guerre » est à la mode : cf Macron qui vaut faire détruire la Russie par la France….

  2. Lorsque un Roitelet découvre l’oeuf dans le nid, le vautours rouges et noirs accourent…. et l’histoire continue.

  3. Je ne savais pas que ma bague de mariage appartient donc à l' »Etat ». Je ne vois pas en effet pour quelle raison ce bijou de famille appartiendrait à l’Etat autrichien, Etat qui a dépossédé la famille en 1918 et chassé son représentant. Il me semble qu’il y a de la famille actuellement en relation avec ce bijou, et pour info, l’archiduc Lorenz est marié à une princesse royale de Belgique. Quant à celui qui portait le bijou dans les temps anciens, Charles le Téméraire, il était souverain des Pays-Bas bourguignons et résidait à Bruxelles quasi en permanence, et avait l’idée de faire de Nancy la capitale de la Bourgogne ducale. Et oui, l’histoire a de ces détours…La dernière des Valois, Marie de Bourgogne qui se marie avec Maximilien d’Autriche, un Habsbourg, ça donne des liaisons familiales ! Et peu après arrive Charles-Quint….à part çà, l’Europe n’a pas de racines !

  4. Il vaut mieux qu’il reste à l’étranger. En France, il serait soumis à l’impôt sur la fortune chaque année.

    • Tout à fait. Par contre, le Canada ne me paraît pas forcément plus sain, en termes de pérennisation de la propriété familiale. Existe t’il encore, en occident, un pays où la propriété privée est respectée ?

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