De Crans-Montana au Bazar de la Charité, ces héros nés dans les grands incendies

Les incendies meurtriers révèlent, hier comme aujourd’hui, des héros ordinaires.
@Wikimedia commons
@Wikimedia commons

Les 40 morts et 119 blessés dans le terrible incendie de Crans-Montana rappellent un autre incendie, aussi marquant par son ampleur et sa rapidité, mais aussi par les actes héroïques qui y ont été posés, telles des lueurs dans les ténèbres.

Le réveillon du Nouvel An a tourné au drame pour les deux à trois cents personnes qui étaient rassemblées dans le bar « Le Constellation », le 1er janvier 2026. Des bougies étincelantes, le plafond qui s’enflamme, un escalier de sortie étroit, un feu qui se propage rapidement : c’est la bousculade et l’horreur.

Au coeur de ce drame, plusieurs personnes se sont illustrées par leur courage et, depuis quelques jours, les hommages prennent de l'ampleur. On a beaucoup entendu parler de Tahirys Dos Santos, footballeur au FC Metz, gravement brûlé en retournant dans le brasier pour sauver sa petite amie Coline. Un autre jeune sportif, Benjamin Johnson, boxeur suisse de 18 ans, est décédé en portant secours à une de ses amies. Pour ces jeunes, c’est un proche qu’ils ont essayé de sauver, au péril de leur propre vie. Stefan Ivanovic a fait preuve d’un courage encore plus désintéressé, rapporté par TF1 dans une émission consacrée, ce lundi 5 janvier, aux héros de cette terrible nuit. L’agent de sécurité d’une trentaine d’années est resté sur place pour évacuer le plus de personnes possible, plutôt que de se mettre à l’abri. Il est mort en accomplissant jusqu’au bout son devoir. Les circonstances de l’incendie et ces actes de courage rappellent un drame similaire, survenu il y a un peu plus d’un siècle. Là aussi, la joie générale a soudain tourné à l’épouvante.

Les héros du Bazar de la Charité

Le 4 mai 1897, la halle où est installé le Bazar de la Charité, rue Jean Goujon à Paris, s’embrase. En un quart d’heure, le toit s’effondre sur la centaine de personnes qui n’a pu sortir à temps, bloquées par la cohue. Dans le mois qui suit, les journaux dénoncent la lâcheté des hommes, largement minoritaires, puisque 118 victimes sur 125 sont des femmes. Certains hommes n’auraient pas hésité à frapper et à piétiner celles qui les empêchaient de passer, ralenties par leurs robes. Pourtant, le 23 mai 1897, Le Petit Journal illustré consacre sa première page à des hommes, « les sauveteurs du Bazar de la Charité » : ils sont six à s’être distingués en affrontant les flammes pour porter secours aux femmes et aux enfants. « Les quelques sauveteurs à se distinguer se révèlent être des palefreniers, cuisiniers, plombiers ou charretiers qui passaient par là », précise Céline Raux, conservatrice des bibliothèques à la BnF. Dans Le Petit Journal illustré, le chroniqueur de l’époque, Simon Levral, souligne que, plutôt qu’une opposition de sexe, c’est une opposition de mode de vie qui sépare les couards des héros : d’un côté se trouvent des hommes de la haute société parisienne, dont il souligne l’élégance, et de l'autre ceux qui travaillent...

Cette distinction ne semble pas relever d’une lutte de classe mais plutôt d’une défense de l’homme viril qui se sacrifie et qui n’assure pas seulement son confort personnel : celui qui se donne chaque jour dans sa profession, pour sa famille, pour ceux qui bénéficient de ses services et pour son pays. C’est le courage du quotidien qui amène à risquer sa vie pour d’autres. Comme ces six hommes du Bazar de la Charité, Stefan Ivanovic travaillait, au moment du drame : il a tenu à remplir son devoir, quitte à y laisser sa vie.

Picture of Domitille Brière
Domitille Brière
Journaliste stagiaire, étudiante en Master d'Histoire

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Terrible accident..Recueillions nous et prions pour les parents et les victimes…
    Chercher les responsabilités est surtout utile pour éviter les récidives..toutefois celles ci seront recherchées et trouvées …il ne sert a rien de spéculer, accuser,juger..
    Je trouve indécent de mettre en cause les parents qui ont laissé leurs enfants entre 14 et 17ans sortir le 31 décembre.. une station de ski surtout huppée est comme un club fermé ou on peut laisser ses enfants jouer..c’est pas le champ de Mars..
    Visiblement,la législation suisse est différente de la nôtre,et une différence marquante avec nos elus est que les elus suisses ont immédiatement dit assumer les fautes s’il y en a eu de leur part ..Enfin sans doute les propriétaires,a moins d’etre des robots sans âme doivent etre dans un sale etat,foncer leurs noms comme France info et rappeler une condamnation d’il y a 20 ans a 12 mois de prison pour les désigner coupables est honteux quand la meme presse dissimule toujours les noms de ceux qui violent et tuent des Thomas philippine ou mathis..Bien sur qu’il faudra punir les coupables quand on les aura identifiés ..mais ça fera pas revenir les victimes…
    .

  2. Suite au point presse d’hier , profondémment choquée par l’attitude du »responsable sécurité suisse » ;
    encore un incompétent intouchable qui n’a pas fait son travail .
    j’espère que les familles feront le nécessaire pour faire sanctionner au MAXIMUM ces irresponsables
    Profonde admiration pour tous ces jeunes (Gianni et d’autres) qui ont tout tenté pour sauver ; cela donne de l’espoir

  3. Profonde tristesse pour toutes les familles
    qui ont perdu de jeunes adolescents qui
    fêtaient la nouvelle année.

  4. Concernant la soi-disant lâcheté des hommes lors de l’incendie du bazar de la Charité, cette triste légende a été relayée par des journalistes en mal de sensationnel qui étaient absents. Si la majorité des victimes étaient des femmes, c’est tout simplement parce qu’il n’y avait presque que des femmes, car à l’époque, les ventes de charité étaient une affaire de femmes et de sociabilité féminine.

  5. On oublie le terrible incendie du 5/7 à St Laurent du Pont en début 70′ qui avait en Isère fait de très nombreuse victimes.
    Aux mêmes causes les même effets:
    Décor en polystyrène.. et sortie de secours bloquées ( tourniquets de memoire)

  6. Pourvu que les justices suisses, françaises, italiennes ne faiblissent pas pour trouver les responsables de cette catastrophe horrible. Et les sanctionner ultra-sévèrement.

  7. Au passage , pour nos lamentables feministes professionnelles : ces hommes sont le prototype de l’Homme Toxique …! Et seules des femmes qui savent rester a leurs places savent elever et eduquer des hommes de cette trempe .

  8. Merci Domitille pour cet hommage rendu à ces rares hommes de courage qui ont donné LEURS VIESpour en sauver d’autres.
    On pense à ce moment au Colonel de Gendarmerie BELTRAME, égorgé par un islamiste , pour sauver la vie de la Française otage du tueur.

    • Très bel hommage à ces héros méconnus qui nous rappellent que même le plus noir nuage a toujours sa frange d’ or !

  9. Heureusement que des pareils héros existent encore !! Mais je ne vois aucun journaliste qui se pose la question suivante : pourquoi des jeunes mineurs de 14 à 17 ans sont ils laissés par leurs parents sans aucune vérification de là où ils vont ? Serait ce la génération des enfants roi pondus par des quarantenaires trop souvent absents et occupés à leurs propres vie matérielle et leurs propres loisirs ? On ne sait plus dire non !! et les deux gérants corses pas encore incarcérés ?? et la mairie de cette petite ville pas de commission qui vient vérifier pourquoi dans un si petit lieu on fait rentrer 150 jeunes imatures avec un sous sol dont on ne peut s’extraire !! une image édifiante vue à la télé, plutôt que de s’enfuir certains faisaient des vidéos avec leur téléphone !! Cela veut tout dire !! une génération d’inconscients auxquels les parents et les enseignants n’ont rien appris de la vraie vie

    • Génération d’inconscients, enfants de parents inconscients qui ne leur apprennent rien, et assurance de vivre dans un monde virtuel dans lequel rien de grave ne peut arriver…

  10. Ce qui a gêné l’évacuation du Bazar de la Charité fut l’ouverture des portes vers l’intérieur. C’est depuis ce terrible incendie que toutes les portes de bâtiments , magasins ou autres s’ouvrent obligatoirement vers l’extérieur.

    • J’avais compris que c’était même une porte à tambour bloquée par des victimes tombées par terre…

  11. Quand j’ai appris cette terrible nouvelle de l’incendie du bar suisse, j’ai immédiatement fait un parallèle avec celui du Bazar de la Charité : même issue étroite, même absence de sortie de secours et d’extincteurs, comme si depuis 1897 rien n’avait changé en termes de sécurité et de prévention ! Ce qui n’a pas changé non plus, et là nous ne pouvons qu’applaudir, c’est le courage de ces héros !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois