Delphine Ernotte imperturbable devant l’interpellation des députés

« Il y a une inadéquation croissante entre nos missions et nos moyens » a-t-elle justifié en audition.
Delphine Ernotte auditionnée à l'Assemblée nationale- @ Jean Bexon
Delphine Ernotte auditionnée à l'Assemblée nationale- @ Jean Bexon

« Les Français attendent beaucoup de vos réponses. » En ce début d’audition, une certaine électricité est palpable. Les projecteurs sont tous braqués vers Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions qui, en ce mercredi 10 décembre, répond aux questions de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.

Les propos liminaires de celle qui dirige France Télévisions depuis 2015 ressemblent fort à une autocongratulation. « Média auquel les Français sont le plus attachés », « gouvernance extrêmement solide », « j’ai assuré le maintien des comptes à l’équilibre de 2016 à 2024 » : Delphine Ernotte ne semble pas perturbée par la quasi-faillite financière de son groupe. Une courte évocation de l’année 2025 lui permet de justifier les piteux résultats du service public, épinglé par la Cour des comptes : France Télévisions a été victime de « trois coupes budgétaires exceptionnelles ». À l’impossible nul n’est tenu, sous-entend la présidente : « Il y a une inadéquation croissante entre nos missions et nos moyens. »

Sur les polémiques, celle-ci insiste sur l’existence d’un corpus conséquent de textes et chartes garantissant la neutralité et l’impartialité du groupe qu’elle dirige. La preuve : « aucune sanction de l’Arcom » n’est venue frapper France Télévisions sur ce terrain en dix ans. « Imaginer notre disparition, c’est projeter une société où tout un pan de notre culture commune sera effacé d’un trait de plume », s’émeut Delphine Ernotte. Néanmoins consciente qu’il est compliqué de totalement ignorer les critiques qui accablent sa gestion, quelques mesures sont esquissées : création d’une direction de la déontologie, d’un comité consultatif interne, rapprochement avec le comité d’éthique.

« Pourquoi avez-vous caché la véritable situation financière ? »

Sur sa gestion financière, alors que le rapporteur UDR Charles Alloncle souligne les 81 millions de déficit, Delphine Ernotte répond : « Des efforts, nous en avons fait. » La faute provient des baisses de dotations de l’État : « Faire la même chose avec toujours moins, c’est impossible. » Rappelons que le budget de France Télévisions s'élève à 2,617 milliards d’euros en 2014, soit 19 millions de plus qu’à l’arrivée de Delphine Ernotte. « Pourquoi avez-vous caché la véritable situation financière ? », demande le rapporteur, qui ne ménage pas ses efforts pour bousculer une présidence à l’assurance imperturbable malgré « la situation préoccupante » que le récent rapport de la Cour des comptes souligne. L’existence d’un appel aux dons au profit d’une cagnotte en soutien au Comité vérité et justice pour Adama Traoré est nié par le secrétaire général de France Télévisions, auditionné lui aussi. Pourtant, Charles Alloncle affirme que ce contenu a existé, preuve à l’appui : « Vous ne pouvez pas nous dire que cette publication n’a pas existé », s’étonne le député de l’Hérault.

Delphine Ernotte prend ensuite la défense de France Info TV, malgré la piteuse audience de la chaîne qui atteint péniblement le 1 %, et ses 40 millions de budget.

Épinglée longuement sur le 1,5 million de budget en frais de cocktail et réception lors de l’année 2020 en plein Covid-19, chiffre trois fois supérieur aux deux années suivantes, la présidente de France Télévisions explique qu’il s’agit de frais de cantine pour le personnel et non de frais de cocktail. Ceux de la présidence atteignant, cette année-là, les 11.000 euros.

Les questions économiques auront pris une place centrale dans une audition nettement plus longue qu’à l’accoutumée. « Il fallait concentrer les attaques sur la ligne éditoriale et le parti pris gauchiste », déplore, en coulisse, un député RN. Il est de la liberté de la commission de convoquer à nouveau Delphine Ernotte pour une audition complémentaire.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

104 commentaires

  1. Que risque t’elle la protégée de Macron ?… rien… Donc elle peut le prendre avec sérénité, et n’avoir aucune inquiétude sur son sort. Si elle était chef d’une entreprise « privée », et avec de tels résultats économiques, elle aurait été remerciée depuis longtemps.
    Le poste qu’elle occupe, et à l’instar des préfets par exemple, devrait l’être pour une période donnée. Deux ans et changement, cela éviterait cette routine, et petits arrangements entre-soi, et partisans.
    Mais pour en arriver là, il faut impérativement virer tout ces pantins inutiles qui, soi-disant, nous gouvernent…

    • J’approuve Guy Noel. Dans toutes Grandes entreprises sérieuses les poste en responsabilité sont remplacés tous les deux ans..1er avantage, eviter que les personnes s’endorment , second avantage, éviter les connivences avec les clients ou sous traitants, troisieme avantage les personnes repartent a zéro et se sentent revivre. … C’est du vécu…je connais, même si par nécessite ca entraine déménagement , famille et autres. Difficile a comprendre pour une personnes encroûté dans son JOB evidemment.

  2. « création d’une direction de la déontologie, d’un comité consultatif interne »= création de postes, et /ou augmentations du fait de la participation à ces comités Théodules… C’est pas comme ça qu’on fait des économies…

  3. Cette personne, Présidente de France Télévision, se moque ouvertement de cette commission. Commission de l’Assemblée qui n’est là que pour la forme…

  4. Pour l’instant les amis des macron sont intouchables.
    Plus ils sont incompétents, dépensiers, menteurs plus ils restent

  5. A quoi servent ces commissions d’enquête si c’est pour assister à ce genre de comédie. Une enquête se base sur des faits probants pas sur les minauderies de l’une et les propos de tribun de l’autre.

    • Pour que « les présidents de commission » écrivent sur leurs CV « d’élus du peuple » : « Président de commission d’enquête » ! … Et ce qui va avec ! …

  6. Une femme d’une grande hypocrisie, une copine à Macron et dépensière comme ce dernier . Il donc pour être assez courageux de la virée et ainsi privatiser ces chaînes publiques qui nous coûtes.

  7. il n »y a qu’une chose vraie dans ce qu’elle a dit « il y a une inadéquation entre nos missions et nos moyens » mais oui Madame, ave le pognon que vous prenez il devrait y avoir des programmes beaucoup plus fouillés (journalisme d’investigation par exemple) et qu’on arrête de donner des primes aux gens qui font 81 millions d’euros de déficit et dont on entend « c’est pas grave on va être renfloués », mais non madame on devrait vous baisser votre budget de la perte précédente

  8. Que dire de madame Ernotte, qu’elle est dans l’air du temps avec son éternel refrain, c’est la faute au manque de moyens.

  9. Avec 400 000 € de salaire hors primes et 14 semaines de congés, « la pauvre » est désemparée face à de telles attaques, heureusement elle lit le texte qui lui a été remis par les « Syndicalistes » qui sont les vrais patrons, elle a été reconduite à son poste grâce à la Cour des Comptes qui a retardé l’audit

  10. « Il y a une inadéquation croissante entre nos missions et nos moyens » Quelle suffisance pour annoncer une pareille énormité. Des efforts ont été faits, c’est la faute à l’Etat, faire avec toujours moins. Faire quoi de plus ?? Que va-t-il sortir de cette commission ? C’est Sarah Knafo qu’il aurait fallut pour lui faire taire son auto satisfaction.

  11. « Aucune sanction de l’Arcom » çà me fait rigoler. Déficit ? création de directeur, commissions …

  12. J’aimerai bien qu’on parle aussi de la pluralité de la chaine d’extrême genre LCP dont on ne parle jamais…Ils ont un problème de déformation politicienne européiste et wokiste, partisan et excessif. Eux aussi comme la chaine stalinienne France en faux, voient des nazis dans leurs boites aux lettres!

  13. On ne donne pas à boire à un âne qui n’a pas pas soif, mais la faillite établie et incontestable financière justifie à elle seule un licenciement voire une restitution de fonds publics, et un procès!
    Que fait le PNF de François, il déjeune avec Delphine…
    Quant à la pluralité, mentir guide ses pas!

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