Commission d’enquête : la rétention d’informations de France TV

La direction de France Télévisions nie l'existence de documents. L'audition de ce 27 janvier démontre le contraire.
Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements et jeux chez France TV
Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements et jeux chez France TV

À l’occasion d’une nouvelle audition de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, les participants ont mentionné l’existence de comptes rendus de réunions dont la direction de France TV a pourtant nié l’existence auprès du rapporteur qui les réclame depuis plusieurs mois.

En conférence de presse il y a une semaine, Charles Alloncle avait fortement déploré « la rétention d’information »  et le manque de coopération, un euphémisme, de la part de France Télévisions qui a mis deux mois avant de commencer à lui transmettre au compte-gouttes les documents demandés dans le cadre de ses fonctions de rapporteur de la commission.

Ce mardi 27 janvier, la commission est consacrée à la stratégie éditoriale de France Télévisions. Elle auditionne huit responsables des programmes, comme le cinéma, les jeux, les documentaires. Parmi les thèmes abordés, le rapporteur de la commission veut aborder celui de la transparence des programmes chez France Télévisions, et notamment savoir comment ces derniers sont accordés aux sociétés de production. On sait par exemple que le groupe  Mediawan, dont l’un des actionnaires n’est autre que Matthieu Pigasse, perçoit chaque année 100 millions d’euros de la part de l’audiovisuel public.

Des documents fantômes

À cette fin, le rapporteur indique avoir demandé à France Télévisions les avis du comité d’investissement chargé de se prononcer sur les programmes, c’est-à-dire sur les contrats de production pour les montants inférieurs à 10 millions d’euros. « Les dirigeants de France Télévisions ont été, à date, incapables de me les fournir. Selon eux, je cite, "ces documents n’existent pas" », indique à ses interlocuteurs le député ciottiste, qui s’interroge : « À quoi cela sert d’avoir un comité chargé notamment de prévenir les conflits d’intérêts entre les producteurs et vous, directeurs des programmes, s’il n’y a pas de traces écrites pour le vérifier ? » Le rapporteur, habitué à cet exercice de fouille archéologique, insiste donc : « Où se trouvent les avis de ce comité d’investissement ? » Embarras. « Je suis désolé, je vais m’y coller », lâche Manuel Alduy, directeur du cinéma et des fictions, dans une phrase qui devait certainement rester hors micro mais qui démontre que les auditionnés se sont préparés à un bras de fer avec le coriace rapporteur de la commission. « Je ne sais pas quel directeur vous a répondu, mais ici, chacun d’entre nous peut témoigner d’attendre avec attention et impatience le résultat de ces comités », explique Manuel Alduy, qui évoque bel et bien des procès verbaux écrits. Un peu abasourdi, Charles Alloncle tombe de sa chaise : « Pourquoi ne me donne-t-on pas ces documents ? Existent-ils ou non ? » Tiphaine de Raguenel, directrice des publics et de la stratégie éditoriale, affirme alors être membre de ce fameux comité d’investissement. « Je reçois également les comptes rendus avec, indiqué dessus, les dossiers qui font l’objet de mesures particulières. »

« Visiblement, ces documents existent, ils doivent m’être transmis »

Stupeur. France Télévisions affirmait ne pas être en possession de documents dont elle niait même l’existence et, en quelques minutes, la supercherie est démontée. « Vous nous confirmez que les PV des comités d’investissement et de stratégie éditoriale existent, je vais saisir le secrétaire général de France Télévisions pour obtenir ces documents », rappelle alors le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus. Charles Alloncle, pour sa part, s’indigne : « La direction de France TV m’a indiqué, pour les comités d’investissement et pour la définition des charges éditoriales, qu’elle ne disposait pas de ces documents. Je renouvelle ma demande auprès de France TV. Visiblement, ces documents existent, ils doivent m’être transmis. » Le député de l’Héraut constate encore une fois que ses travaux sont entravés et s’indigne de devoir « attendre plus de trois mois d’une commission d’enquête qui n’en dure que six pour recevoir des documents aussi essentiels ». Gageons que Charles Alloncle ne manquera pas de revenir sur cet épisode. Qui mérite en effet de sérieuses explications : pourquoi transparence et France Télévisions ne font-elles pas bon ménage ?

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 01/02/2026 à 12:38.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

65 commentaires

  1. Ils ont bien raison d’avoir la GROSSE TROUILLE. Quand l’alternance sera là, FRANCE TRAVAIL aura ….. du travail. Beaucoup de travail. Les coûts de ce mammouth propagandiste doivent être essorés. Privatisations, limitation au strict minimum du service public (en gros LCP)

  2. France Télévision est une forteresse imprenable comme l’Himalaya ou une mafia tentaculaire car on devine jusqu’où elle s’étend.

  3. Privatisez moi tout ça ! Avec 4 milliards par an, on pourrait construire autant de prison que l’on veut et mettre hors d’état de nuire les indésirables. A la place on a des tv et des radios poubelles!

    • @Cheche : je crains que même privatisée « la chose » ne reste qu’un tripot ou l’opportuniste pourra, à sa convenance, mettre en place ses pions et ses armes. Entre la politique et ses faux drapeaux, l’immense paquet de fric distribué par l’état, et en cas de privatisation par ses relais privés, les réseaux sexuels et affairistes, je ne vois pas beaucoup de solutions. Quelles que soient les voies empruntées les forces en jeux sont telles (diriger l’information au profit de quelques uns) que seule une variété de sites privés et hors subventions pourrait répondre à une partie du problème : et encore QUID (au sens philosophique) de la probité des têtes et des règles de fonctionnement. L’épisode COVID en dit long sur la capacité mentale de l’humain actuel à trier, radiographier et classer les informations d’un même évènement afin d’en extraire le meilleur choix pour son bien être moral et physique : en l’occurence même le risque d’altérations physiques voir de décès ne l’on pas dissuadé, en raison de multiples choix personnels secondaires à suivre la ligne que « on » avait tracé pour lui. Alors comment perçoit il les informations diverses et variées qui lui sont communiquées à longueur de journée et à son insu ? Le sujet est vaste mais il vrai que ne laisser l’information que dans les mains d’un seul organisme est un réel danger, mais comment organiser simplement la diffusion des évènements actuels et passés dans la plus pure neutralité ?

      • Les faits rien que les faits, pas de débat. Des faits rapporter brute sans langue de bois et sans débat. Des faits pertinents et pas des naissances au zoo de Beauval…la neutralité est possible !

  4. Si au sein même de l’administration médiatique il y a de la rétention de l’information c’est bien qu’il y a un Loup d’autant plus que depuis De Gaulle l’audiovisuel public et sous la bannière de gauche .

    • @MX2 : c’est la démonstration parfaite et irréfutable de la manipulation mentale. Et vous ne démarrez votre remarque qu’à la fin de la présidence De Gaulle (votre jeunesse y est peut être pour quelque chose…). Mais si la curiosité vous chatouille un jour et que vous en avez le loisir, remontez l’histoire jusqu’à la genèse du socialisme. Vous débarquerez alors aux prémices de la révolution de 1789, de la prise de la Bastille, de la formidable arnaque de la bourgeoisie de l’époque, de la naissance de la « gauche » et des premiers serviteurs et « bienfaiteurs » : Danton, Robespierre, Saint Just (l’Archange de la Terreur) et beaucoup d’autres. Et la suite est passionnante et instructive entre la guerre de 14/18 et son « apothéose » 39/45 : si vous recherchez les racines de la situation actuelles l’examen minutieux et non conformiste des dessous secrets mais accessibles de ces périodes vous serons d’un grand secours, et votre vision de la perversité politique et de la crédulité des peuples abondamment documentée : et votre interrogation éventuelle dans l’isoloir devrait disparaître.

      • Il n’a pas réellement d’interrogation, la rétention d’informations est juste une façon de couvrir ses méfaits. Un mensonge par omission ! A force de remonter trop loin dans l’histoire on en oublie le contexte et ce n’ est pas le but ici.

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