[CINÉMA] Woman and Child, le chagrin d’une mère

Par le passé, le réalisateur a été condamné à 6 mois de prison avec sursis par Téhéran pour « Leïla et ses frères ».
Copyright Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee
Copyright Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee

En 2022, le cinéaste iranien Saeed Roustaee, déjà acclamé deux ans plus tôt avec La Loi de Téhéran, nous avait impressionnés avec Leïla et ses frères, drame familial dostoïevskien qui pointait la prolétarisation de la classe moyenne iranienne et attaquait indirectement le pouvoir en place. Un « affront » perçu tel qu’en août 2023, suite à la projection du film au festival de Cannes, Saeed Roustaee et Javad Norouzbeigui, son producteur, furent condamnés à six mois de prison par le tribunal de Téhéran pour avoir « contribué à la propagande de l'opposition contre le système islamique ».

Aujourd’hui, alors que le pays est en guerre avec les États-Unis, le réalisateur sort en salles son nouveau film, Woman and Child. D’aucuns, parmi les cinéastes indépendants iraniens, reprochent d’ailleurs à Roustaee d’avoir bénéficié, pour ce projet, de toutes les autorisations de tournage par le pouvoir, confirmant ainsi une forme de proximité nouvelle avec les mollahs. La preuve de cette compromission serait que les actrices, Parinaz Izadyar en tête, portent toutes à l’écran le hijab. Un procès qui nous semble inique, tant le personnage qu’elle incarne fait montre de caractère, au fil du récit, et d’insoumission, face à l’ordre établi.

La femme cède la place à la mère

L’histoire, en effet, suit une infirmière de quarante-cinq ans, Mahnaz, veuve depuis peu et mère de deux enfants, Aliyar et Neda. Tandis que la seconde est calme et obéissante, Aliyar se comporte comme une véritable tête à claques. Turbulent, hyperactif, menteur et déjà magouilleur, le garçon dérange sans cesse ses camarades de classe et insupporte ses professeurs. Incapable d’incarner auprès de lui l’autorité parentale nécessaire, sa mère lui pardonne tous ses caprices et prend systématiquement – mais gentiment – sa défense, y compris le jour où Aliyar est renvoyé temporairement de l’école.

Parallèlement à l’éducation de ses enfants, Mahnaz, qui n’a pas renoncé à sa vie de femme, envisage d’épouser Hamid (l’excellent Payman Maadi, comédien habituel du cinéaste), un ambulancier séducteur et faiseur, louant ses véhicules la nuit aux nécessiteux ! Un homme versatile qui n’hésite pas à se détourner de l’infirmière lorsqu’il fait la connaissance de sa sœur cadette…

Le jour, cependant, où une tragédie frappe la famille de Mahnaz et que celle-ci ouvre les yeux sur Hamid, l’amante cède définitivement la place à la mère qui n’a plus qu’une obsession en tête : obtenir justice pour les siens.

On ne piétine pas le chagrin maternel

Récit dramatique d’une femme foncièrement maladroite qui se débat seule contre les épreuves de la vie, Woman and Child possède cette patte habituelle du cinéma de Roustaee. Tortueuse, tragique et un tantinet bavarde, la narration prend le temps d’introduire ses personnages et ses différentes trames, manque quelquefois de se perdre en cours de route, mais débouche sur un propos construit que confirme une séquence finale lourde de symbole. Une conclusion presque mutique, où tout se joue dans les regards, durant laquelle Hamid comprend après moult tensions que l’on ne piétine pas sans conséquences le chagrin d’une mère.

Plutôt mineur dans la filmographie de Saeed Roustaee, ce Woman and Child ne démérite pas pour autant. Les amateurs de cinéma iranien y trouveront assurément leur compte.

 

3,5 étoiles sur 5

 

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre
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