[CINEMA] Victor comme tout le monde : Luchini dans les pas de Victor Hugo

Peu de choses séparent Luchini de Zucchini, si ce n’est la relation complexe que le second entretient avec sa fille.
film Victor comme tout le monde
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Cela fera bientôt trois ans que nous a quittés Sophie Fillières à l’issue d’une longue maladie. Actrice, scénariste et réalisatrice, la compagne à la ville du cinéaste Pascal Bonitzer travaillait, depuis 2020, sur le scénario de Victor comme tout le monde. En concertation avec Agathe, la fille du couple, et avec la famille Fillières, il fut décidé que Bonitzer reprenne le projet et en assure la réalisation.

Pensé comme une sorte de mise en abyme dont Victor Hugo serait la figure tutélaire, Victor comme tout le monde imagine Fabrice Luchini dans le rôle semi-fictif de Robert Zucchini, un comédien de théâtre plein de verve, amoureux des mots et de la littérature française, qui joue sur les planches un spectacle sur Victor Hugo… On l’aura compris, peu de choses, en vérité, séparent Luchini de Zucchini, si ce n’est la relation complexe que le second entretient avec sa fille.

Un rôle semi-fictif

Âgée d’une vingtaine d’années, Lisbeth a peu connu son père et reparaît dans sa vie pour déposer à son intention, auprès de sa boulangère de quartier, un journal présentant l’avis de décès de sa mère, avec qui Robert eut autrefois une liaison. Sous le choc, Zucchini se rend alors au Toucan blanc, le petit théâtre que possédait la défunte, et fait la connaissance des amies de Lisbeth, qui consentent à lui donner son numéro de téléphone. De fil en aiguille, le père et la fille vont renouer contact, tenter de rattraper le temps perdu et se lancer ensemble sur les traces de Victor Hugo à Guernesey…

Plutôt malin, en dépit d’une mise en scène des plus scolaires, le scénario de Sophie Fillières postule un Luchini/Zucchini tellement absorbé et accaparé par ses passions qu’il en est devenu difficile d’accès, même pour ses proches. Une idée qui n’a rien d’inimaginable, dans l’esprit du spectateur, mais la différence de parcours est telle, malgré tout, que Luchini a insisté pour créer une distance avec le personnage fictif en lui attribuant un nom autre que le sien – ce dernier, en effet, devait initialement s’appeler Luchini, dans le scénario original.

Dans les pas de Victor Hugo

Peu disponible mais néanmoins soucieux du devenir de cette fille qu’il n’a pas vue grandir et aimerait désespérément retrouver, le personnage de Robert remue ciel et terre pour se rabibocher avec elle, un peu à l’image de Victor Hugo, nous dit-on, qui faisait tourner les tables à Jersey pour invoquer inlassablement l’esprit de sa défunte fille Léopoldine, morte prématurément par noyade. Très plaisante mais un tantinet prévisible, la narration portera jusqu’à son paroxysme, à Guernesey, le parallèle entre la relation Hugo/Léopoldine et Zucchini/Lisbeth, comme pour mieux désacraliser et humaniser le monument de la littérature que fut Victor Hugo – d’où le titre du film.

Enfin, l’utilisation d’extraits du spectacle de Luchini consacré à Hugo est particulièrement bienvenue et aura le mérite – espérons-le – de donner envie au spectateur de voir jouer le comédien au théâtre de la Porte Saint-Martin, au théâtre de l'Atelier ou à celui des Bouffes-Parisiens.

3 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre
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