Cinéma : Le Testament d’Ann Lee, un hommage saisissant mais maladroit

Des cadrages époustouflants, des chants d’époque, de belles chorégraphies, et un sujet historique méconnu.
Copyright 2025 Searchlight Pictures All Rights Reserved.
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Du tout-venant du cinéma américain émergent parfois des films qui ne ressemblent à rien de ce que l’on a pu voir jusque-là. Et quoi que l’on pense de son sujet, Le Testament d’Ann Lee en fait assurément partie. Il est même surprenant, à vrai dire, qu’un tel projet ait pu voir le jour ; la réalisatrice Mona Fastvold confie elle-même en interview que les producteurs n’éprouvèrent initialement aucun intérêt pour un film centré sur une obscure prédicatrice protestante du XVIIIème siècle. Sans doute, le récent succès de The Brutalist, scénarisé par la cinéaste norvégienne et réalisé par son compagnon Brady Corbet, a-t-il été déterminant dans la mise en chantier du Testament d’Ann Lee, d’autant que Corbet est toujours à l’œuvre puisqu’il cosigne le scénario et dirige la seconde équipe de tournage.

En hommage aux « shakers »

Filmé sur pellicule 35mm avec des couleurs magnifiques et un sens du cadre peu commun, le récit débute dans l’Angleterre du XVIIIème siècle, à une époque où les communautés protestantes issues indirectement de la Réforme d’Henry VIII, survenue deux siècles auparavant, ont proliféré : baptistes, presbytériens, méthodistes, quakers, et autres indépendants se disputent la compréhension des saintes Écritures sous le regard à peine tolérant de l’Église anglicane d’État… Le comte Joseph de Maistre ne disait-il pas du culte réformé qu’il était « l’insurrection de la raison individuelle contre la raison générale » ?

Fille d’un forgeron de Manchester élevée dans un milieu quaker, la jeune Ann Lee rejoint en 1758 la Wardley Society, une secte locale fondée onze ans plus tôt, héritière à la fois du mouvement quaker et des pratiques des camisards, ces huguenots des Cévennes qui ont quitté la France et se sont réfugiés en Angleterre. Des pratiques singulières qui réunissent à la fois glossolalie, soupirs, chants, danses, tremblements corporels et transes extatiques. D’où le surnom de « shaking quakers », ou plus simplement de « shakers », dont sont affublés les adeptes de cette « Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième apparition du Christ ».

Ainsi, le film de Mona Fastvold nous montre Ann Lee prendre la tête des shakers en 1770, s’afficher dès lors comme l’homologue féminin du Christ (!), et fuir les persécutions en Angleterre pour s’installer en 1774 avec ses fidèles en Amérique, la nouvelle « terre promise ». Là, dans l’État de New York ainsi qu’en Nouvelle-Angleterre, Ann Lee prêche la vertu totale, la fin de la propriété privée, le travail acharné (agricole et artisanal), l’égalité hommes-femmes, et surtout… le célibat et la chasteté – la sexualité étant assimilée au péché.

Un manque de regard critique

Naturellement, ce mouvement opposé à la procréation, qui eut jusqu’à six mille membres en 1840 n’en comptait plus que deux en 2020, dans la communauté de Sabbathday Lake…

Plutôt nébuleux dans ses intentions, ce film musical et résolument féministe de Mona Fastvold et de son compagnon Brady Corbet se refuse à tout moment le moindre regard critique sur son sujet, en dépit d’une poignée de séquences absolument grotesques sur les transes des shakers, comme si le simple fait qu’une femme occupe un rôle de premier plan suffisait à rendre son œuvre, sinon admirable, du moins respectable…

Restent malgré tout une mise en scène inspirée, des cadrages époustouflants, des chants d’époque, de belles chorégraphies de Celia Rowlson-Hall, et un sujet historique méconnu. Ce dernier justifie à lui seul le déplacement en salles.

3,5 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Pas mal du tout. Dire qu’en France on a fait de tels grands filmes reconnus dans le monde entier qu’a présent c’est plus rien.
    Peut être que pour être reconnu dans le monde des artistes, avoir des contrats, faut il être un bien pensant.
    Pour faire un filme sur Traoré, pas de problème.

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