[CINÉMA] Avignon, une comédie enjouée pour ouvrir l’été

Comédie enlevée, rythmée et plutôt bien écrite, Avignon est sans conteste le film familial de ce début d’été.
Copyright 2024 Nolita Cinema Marine Danaux
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À la veille de l’ouverture du Festival d’Avignon 2025, prévu du 5 au 26 juillet, sort sur nos écrans une comédie légère qu'il faut aller voir. Réalisée par l’acteur-réalisateur Johann Dionnet, Avignon fut d’abord un court-métrage de vingt-quatre minutes, intitulé Je joue Rodrigue, produit en 2022. Cette nouvelle version étirée sur 1h43 reprend d’ailleurs une grande partie du casting.

Le théâtre contemporain face au répertoire classique

L’histoire suit une petite troupe de théâtre sans le sou, cantonnée aux comédies de boulevard d’un goût relatif, partie malgré tout tenter sa chance au festival. Parmi eux, Stéphane reconnaît dans les rues de la ville une jeune comédienne, Fanny, avec laquelle il avait suivi un stage, quatre ans plus tôt, et qui lui avait tapé dans l’œil. Ne jurant que par le répertoire classique ultra-subventionné, celle-ci méprise poliment les pièces contemporaines et les comédiens qui les interprètent… Honteux, intimidé, Stéphane lui laisse croire, sur un malentendu, qu’il joue Le Cid de Corneille et, dès lors, leur idylle naît sur un mensonge. Car à mesure que se déroule le Festival d’Avignon et que leur union se dessine, Stéphane se dissimule, joue un rôle qui n’est pas le sien et couvre ses traces maladroitement. Hélas, conformément aux codes du genre, l’étau se resserre petit à petit ; ses camarades de troupe finissent par comprendre son manège et le complexe d’infériorité profond qui l’anime, tandis que Fanny éprouve le désir de plus en plus vif d’assister à l’une de ses représentations du Cid

L’éloge du classique par la comédie de boulevard

Comédie enlevée, rythmée et plutôt bien écrite, en dépit d’une narration extrêmement balisée, pour ne pas dire téléphonée, Avignon est sans conteste le film familial de ce début d’été. Relativement peu vulgaire dans son ensemble, à quelques passages près, l’œuvre de Johann Dionnet s’autorise même des allusions explicites et plutôt bien senties au Ruy Blas de Victor Hugo, qu’interprètent Fanny et sa troupe. Un choix de pièce qui, bien évidemment, n’est pas dû au hasard et fait directement écho au mensonge de Stéphane. C’est que le film de Dionnet, dans sa structure et dans son approche, a beau jouer à fond la carte du boulevard, avec ses quiproquos faciles, ses personnages secondaires outranciers et son comique de situation, il n’en reste pas moins conscient et respectueux de la supériorité du répertoire classique sur les petites pièces contemporaines qui pullulent chaque année dans les théâtres. Là où nombre de saltimbanques, de nos jours, n’assument plus et tombent dans le déni du relativisme, Johann Dionnet a l’intelligence de comprendre que cette reconnaissance – de bon sens – est la seule manière possible de réconcilier les deux paroisses et, ainsi, leurs publics.

4 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

6 commentaires

  1. Tous les commentaires sont hors-sujet. L’article concerne le film « AVIGNON » et non pas le festival. Contrairement à tous les commentateurs, j’ai vu le film et ai bcp apprécié. Très bonne comédie et très bons acteurs. Ce n’est pas du tout un film woke et est plutôt critique vis-à-vis du festival .
    Ne critiquez pas un film si vous ne l’avez pas vu.

  2. festival pour les bobos qui aiment bien avignon vu la nouvelle population,,,,mais aussi ils ont une maison pas loin dans le luberon

  3. Le festival d’Avignon c’est comme le printemps de Bourges ou le Festival de Cannes, quand on n’est pas de gauche, on n’a rien à y faire. Le temps où la doxa pouvait se rependre par la culture est révolu.

    • Vous rappelez-vous la délicate invective des soixante-huitards à l’égard du grand Jean Vilar, fondateur de ce festival aujourd’hui ridiculisé? Sinon je vous la rappelle : « Vilar Salazar ». Pas de problème : ça rime.

Commentaires fermés.

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