Chrysanthème, cette association qui veille sur les tombes et les défunts délaissés
Il y a ceux qui fêtent Halloween, dans un déferlement morbide de toiles d’araignée et de citrouilles, et ceux qui honorent les morts, un bouquet de chrysanthème à la main et une prière au coin des lèvres. Loin de la morosité glaçante devenue trop souvent l’apanage de la Toussaint, les jeunes volontaires de l’association Chrysanthème se retrouvent, chaque dimanche, pour prendre soin des tombes abandonnées et offrir une prière aux défunts.
Le projet est né il y a deux ans, à la Toussaint 2023. À l’origine, une jeune professionnelle parisienne attristée de ne pas pouvoir fleurir la tombe de sa grand-mère, enterrée trop loin de la capitale : « J’ai été touchée par un événement particulier, le décès de ma grand-mère, qui a été enterrée à Saint-Raphaël, où nous avons très peu l’occasion d’aller », explique-t-elle à Boulevard Voltaire.
Prendre soin des tombes et prier pour les défunts
« Ça m’a donné l’idée, je me suis dit, à Paris, il y a sûrement des tombes qui, elles aussi, ne sont pas fleuries, soit parce qu’elles sont oubliées, soit parce que les gens ne viennent plus dans les cimetières, soit parce que les familles sont trop loin. J’ai donc pensé que si à Paris je pouvais contribuer à nettoyer des tombes et à les fleurir, je le ferais volontiers. »
L’idée prend rapidement forme : Hortense met un message sur un groupe Facebook, qui rencontre un succès certain : « À peu près 90 personnes ont répondu », nous raconte la jeune fille, qui anime aujourd’hui un groupe WhatsApp d’une bonne centaine de personnes. Dès l’année suivante, et avec l’aide d’un ami, Alexis, venu rejoindre l’initiative, une association est créée pour permettre de la perpétuer. L’objectif, à terme, est aussi de financer les fleurs et le matériel de nettoyage, aujourd’hui fournis par les volontaires.
À ce sujet — [POINT DE VUE] La citrouille et le chrysanthème
Les bonnes volontés ne manquent pas, en effet, et se retrouvent désormais chaque dimanche, tout au long de l’année, pour donner un coup de neuf aux tombes délaissées, mais aussi offrir une prière aux défunts.
Car outre la volonté d’entretenir et de sauver de la ruine des tombes abandonnées, l’association a à cœur de prier pour le salut de ces âmes afin de veiller non seulement sur des sépultures délabrées, mais aussi sur ces âmes pour lesquelles, sans doute, personne ne prie.
Chaque dimanche, les volontaires commencent en effet leur service par un moment de prière commun, avant de se disperser à la recherche d’une tombe à restaurer et d’un défunt pour lequel chacun récitera une prière composée pour l’occasion par Alexis, le cofondateur de l’association.
Entretenir, prier, fleurir
« Le projet s’articule donc autour de trois axes : entretenir, prier et fleurir », nous explique Hortense, qui rêve d’un « raz de marée de fleurs » dans les cimetières : « Les cimetières, c’est tellement plus joli quand c’est fleuri, c’est tellement plus joyeux ! », nous lance-t-elle, pleine d’enthousiasme. Elle se réjouit, en effet, de pouvoir offrir un nouveau regard sur les cimetières aux volontaires de l’association, qui repartent heureux d’avoir pu donner de leur temps pour un défunt et d’avoir passé un moment dans un endroit finalement plein de paix, « où l’on se sent en pleine nature », et pourtant au cœur de la capitale.
L’association nous donne rendez-vous sur son groupe WhatsApp et tous les dimanches après-midi, à 16 heures en hiver et 16h30 en été, pour rejoindre ses rangs et rendre ainsi l’hommage que les vivants doivent à leurs morts, selon « les lois non écrites, inébranlables des dieux », comme l’enseigne Antigone à Créon dans la tragédie de Sophocle. Rappelons, en effet, que c’est au prix de sa vie que la jeune fille peut offrir une sépulture à son frère, nous offrant par là l’un des enseignements fondateurs de notre civilisation.

©association chrysanthème
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15 commentaires
comme dans le film Still Life d’Uberto Pasolini : l’homme se souvenait de tous les morts oubliés
Je ne sais même pas où sont enterrés mes proches décédés… et si vous saviez comme je m’en fiche. Ils sont morts !
C’est pas beau d’écrire celà !
bel état d’esprit
Vilain !
En voilà une équipe de joyeux drilles !
Ca fait plaisir de voir qu’il existe des actes civiques désintéressés.
Très belle initiative
Merci merci bravo…
Formidable association de gens de bonne volonté, de plus que ces initiatives soient librement précédées d’une courte prière ce n’en est que plus valorisant. Pax hominibus bonae voluntatis !
et spiritu sancti
Nettoyer et fleurir la sépulture des défunts, c’est bien. Encore faut’il qu’il y ait des sépultures à entretenir. Or, dans la quasi-totalité des communes, sont supprimés les fonctionnaires chargés de tenir à jour le fichier des descendants des défunts enterrés dans une commune, avec identité complète, adresses physique et électronique, téléphone fixe et mobile actualisés chaque année, arbre généalogique constamment mis à jour, etc … Comme sont supprimées les concessions perpétuelles, il ne reste plus que des concessions temporaires, d’une durée maximale de 50 ans. En cas de décès, une concession est attribuée et un caveau préfabriqué de deux places est creusé en 24 heures; en clair, du travail anonyme et bâclé. Un demi-siècle après, le caveau s’est effondré, les descendants ont disparu, la concession est reprise, et les « reliques » jetées à la fosse commune. C’est une rupture anthropologique, car il n’y aura désormais plus de recherches archéologiques au-delà de 50 ans. Exit Lucy, décédée voici 3,18 millions d’années en Éthiopie, et redécouverte en 1974, parce qu’elle avait bénéficié d’une concession perpétuelle.
C’est vraiment super comme idée. Personnellement, je ne peux plus me rendre sur les tombes de ma famille, trop loin pour moi qui ne peux plus me déplacer.
ce sera bientôt aussi mon cas vu mon âge ,dans mon cimetiere il faut faire de la place pour les nouveaux arrivants ,ceux du pays à dégager
Idem. Juste droit à la belle-famille : bof, bof ! ils ne me sont rien.