Boualem Bensaïd : une libération aussi risquée qu’incertaine

Le terroriste devrait être remis en liberté le 1er août prochain. À condition que l’Algérie accepte de le reprendre...
@LAURENCE DE VELLOU / AFP
@LAURENCE DE VELLOU / AFP

La Justice a décidé de le libérer. Après presque trente ans passés en prison, le terroriste Boualem Bensaïd, coordinateur des attentats du 25 juillet 1995, pourrait être relâché ce 1er août. La cour d’appel de Paris a validé la demande de libération de ce poseur de bombes chevronné. Si tout se déroule comme il l’espère, cet Algérien pourra fêter à l’automne prochain ses 58 printemps en toute quiétude, auprès des siens.

« Connaissant la Justice, cette décision ne m’étonne qu’à moitié, confie à BV Pierre-Marie Sève, directeur de l’Institut pour la justice. En revanche, elle m'étonne du point de vue du bon sens. Du point de vue de la justice la plus basique, c'est scandaleux. Cette personne avait tout de même été condamnée à perpétuité par un jury. » Il y a en effet de quoi s’étonner de voir un dangereux criminel condamné à la prison « à vie » être libéré alors qu’il n’a même pas atteint la soixantaine. « Pour rassurer le grand public, on désigne sous des vocables très durs des mécanismes qui le sont beaucoup moins, et la perpétuité en est le meilleur exemple, poursuit Pierre-Marie Sève. La perpétuité simple - qui est encourue pour des meurtres aggravés - ne dure en réalité qu’environ vingt ans et peut être levée à partir de 18 ans ! Cela fait vraiment très peu, surtout pour des condamnés qui ont la vingtaine et qui sont ensuite relâchés dans la nature et au contact des citoyens, alors qu’ils sont toujours en pleine possession de leurs moyens. »

Un poseur de bombes sans scrupules

La France reste encore meurtrie de cet attentat survenu le 25 juillet 1995, en fin d’après-midi, au niveau de la station Saint-Michel du RER parisien. Sournoisement glissée sous un siège, la bombe artisanale avait fait huit morts et 150 blessés. Jacques Chirac, alors Président, et Alain Juppé, Premier ministre, s’étaient rendus sur place pour constater l’ampleur du désastre. La piste terroriste du GIA s’était rapidement imposée.

Ce fut le début d’une longue série d’attentats : une explosion place de l’Étoile le 17 août, une autre bombe découverte sur une ligne TGV dix jours plus tard, une Cocotte-minute remplie de clous et d’écrous dissimulée sous l’étal d'un marchand parisien début septembre, une voiture piégée près d’une école israélite quatre jours plus tard, douze blessés suite à l’explosion d’une bouteille de gaz avenue d’Italie en octobre, une autre explosion dans une rame du RER C le 17 octobre… Le GIA avait revendiqué toutes ces attaques. Dans un contexte de guerre civile en Algérie, le groupe disait vouloir faire payer à la France son soutien au régime militaire en place.

Interpellé fin 1995, Boualem Bensaïd fut jugé en 2002 et comparut devant une cour d’assises spéciale, niant en bloc les accusations et n’exprimant pas la moindre empathie envers les victimes. Il fut reconnu coupable et écopa d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de 22 ans. « Dieu est grand ! Allah akbar ! », s’écria-t-il, à la sortie de son procès en appel.

Une libération sous condition

Depuis la fin de sa période de sûreté, en 2017, Boualem Bensaïd a déposé quatre demandes de libération conditionnelle. Le feu vert lui a finalement été donné par la cour d’appel de Paris, dans un arrêt datant du 10 juillet 2025. Cependant, les juges ont précisé que la remise en liberté de l’Algérien n’était pas inconditionnelle : celle-ci est envisageable « sous réserve de l’exécution de la mesure d’éloignement et sous condition, pour le condamné, de quitter le territoire français et de ne plus y paraître ». Une condition qui est loin d’être remplie, selon Xavier Driencourt. « Dans le contexte actuel, l’Algérie ne va pas le reprendre, ça me paraît évident, confirme, à BV, l’ancien ambassadeur de France en Algérie, s’appuyant sur ses contacts au sein du ministère de l'Intérieur. Il n’y a pas de raison qu’ils acceptent de reprendre un terroriste. Pourquoi les Algériens feraient-ils une exception ? Ils diront que c’est nous, en France, qui sommes responsables du mauvais comportement de ce monsieur. »

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

17 commentaires

  1. À t’on des nouvelles d’abdelslam , terroriste de novembre 2015 ?
    Je ne serais même pas étonné d’apprendre qu’on l’a libéré en loucede

  2. A condition, oki on a compris !!!
    Et les mesures graduées elles en sont au fait ? Ca fait pas loin de 4 ou 5 mois qu’on en parle non ? Et pas même un début de commencement de rétorsion, ils doivent rire de l’autre côté
    On va surement relâcher le terroriste qui recommencera surement, on connait la chanson, disque rayé

  3. Il faut aussi rétablir la peine de mort pour tous les trafiquants y compris les dealers de drogue car eux n’hésitent pas à torturer et assassiner. Ils tuent des milliers de personnes qu’ils soumettent par addiction.

  4. Je suis mille fois d’accord avec Milan et son commentaire « que de problèmes en moins si la peine de mort existait encore »

  5. Oui… oui…
    Renvoyez le en Algérie. Ça m’étonnerai que le gouvernement algérien le laisse longtemps profiter du soleil d’Alger. Et les prisons là bas sont moins confortables qu’ici

    • L’algerie ne le reprendra pas,et compte tenu de la décision du  » juge ».., il ira en centre de rétention 30 jours et sera remis dans la nature pour accueillir ses frères du hamas…

      • non, en droit
        le prononcé dit sortie SI….
        la condition n’étant pas réalisée, il reste en détention
        soit il part dès sa sortie à l’aéroport en algérie, soit il ne sort pas (ce qui est reculer pour mieux sauter… car en fin de peine, il sort)
        on nous a vendu « plus de peine de mort mais détention à vie » – c’était une grosse arnaque – il n’y a jamais eu de détention à vie

  6. Il fait d’urgence rétablir la peine de mort pour terrorisme ou tentative de terrorisme. Cela évitera bien des mort et des problèmes d’ingérence des pays étrangers au travers de leurs ressortissants. Une pétition nationale vite.

    • Ah mais elle existe encore mais pour nous, nos jeunes, et tous les jours
      Mais passée sous silence, toute vérité n’est pas bonne à dire

  7. On va encore une fois se faire entourlouper. Il sortira et restera en France.
    Les mots sont censés avoir une signification. Alors pourquoi le mot « perpétuité » ne signifie-t-il plus « pour toujours » ?

  8. C’est ce qui s’appelle une « libération conditionnelle expulsion ». Ce dispositif existe depuis 1995 et n’a jamais été remis en cause. Pour obtenir sa libération conditionnelle, un condamné doit réunir des conditions (plus ou moins) strictes. Le condamné ètranger lui peut obtenir cette libération conditionnelle à la seule condition qu’il puisse être expulsé. Autrement dit, une libération anticipée pour celui qui retourne dans son pays d’origine.

  9. Relâcher un tel assassin, il est certain que ce genre de personnage na change jamais, l’Algérie ne le reprendra pas pas plus qu’elle ne reprend les autres criminels dont elle c’est débarrassé via l’immigration clandestine.
    Cuba avait fait la même chose en son temps elle avait vidé ses prisons et avait exporté les détenus (ainsi que les homosexuels) aux Etats Unis

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