Béziers : de la croisade des Albigeois à la guerre des cités
Dans la nuit du 19 au 20 juillet 2025, comme un sombre écho de l’Histoire, les flammes et la violence ont de nouveau ravagé un quartier de la ville de Béziers, au nom d’un pouvoir souterrain : celui du trafic de drogue. Voilà longtemps que Béziers, cité millénaire du Languedoc perchée sur une colline dominant l'Orb, a oublié les temps les plus troublés. La cité garde cependant la mémoire d’un des épisodes les plus sanglants de l’Histoire médiévale occidentale : le sac du 22 juillet 1209, déclencheur de la croisade contre les Albigeois. Huit siècles plus tard, ce nom resurgit tragiquement dans l’actualité, pour des raisons bien différentes mais non moins alarmantes.
La croisade des Albigeois
En 1209, la situation religieuse et politique dans le sud de la France inquiète profondément l’Église. Le catharisme, une hérésie chrétienne prônant un ascétisme radical en vue d’atteindre une pureté spirituelle, s’est solidement implanté dans le Languedoc, notamment à Albi, Carcassonne, Toulouse et Béziers. Les cathares, soutenus par une partie de la population locale et plusieurs seigneurs occitans, incarnent alors une remise en cause de l’autorité religieuse et temporelle. Rome, tout comme la monarchie capétienne, perçoit cette mouvance comme une menace directe envers le pouvoir temporel des rois et des princes de l’Église.
Le pape Innocent III lance alors un appel inédit à la croisade en pleine terre chrétienne. C’est le début de la croisade contre les Albigeois. Le roi Philippe Auguste, sollicité, ne s’implique guère directement, guerroyant déjà contre d’autres adversaires. Le commandement de l’expédition est alors confié au légat du pape, Arnaud-Amalric. Cet abbé de Cîteaux est un homme d’un zèle ardent, profondément hostile aux hérétiques et se méfiant même des villes du Midi qui se disent catholiques.
Le bûcher de Béziers
L’armée croisée arrive ainsi aux portes de Béziers, gouvernée par le vicomte Raimond-Roger Trencavel. Celui-ci réaffirme sa fidélité à l’Église, mais sa parole est ignorée. Les croisés exigent que tous les hérétiques présents dans la ville leur soient livrés. Devant le refus net des habitants, le siège est officiellement engagé. Pourtant, les forces croisées sont en mauvaise posture : la ville est solidement fortifiée et l’armée manque de vivres.
Mais le 22 juillet 1209, un incident inattendu précipite la chute de Béziers. Un groupe de Biterrois ouvre les portes de la ville pour provoquer les assiégeants sur le champ de bataille. Une escarmouche s’ensuit, permettant aux croisés de pénétrer dans Béziers.
S'ensuit alors un véritable carnage. Pris d’une frénésie meurtrière, les croisés massacrent sans distinction hommes, femmes, enfants, catholiques et cathares. Même ceux qui avaient trouvé refuge dans l’église Sainte-Madeleine, espérant une clémence divine, ne sont pas épargnés. Le chroniqueur Césaire de Heisterbach rapporte de manière apocryphe une célèbre et terrible phrase attribuée à Arnaud-Amalric : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »
La ville pillée est ensuite livrée aux flammes. Le sac de Béziers marque le début d’une guerre sanglante qui ravagera le Languedoc pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1229.
À Béziers comme à Limoges et dans d'autres quartiers de villes françaises livrées aux flammes sur fond non pas de guerre religieuse mais de trafic de drogue, le spectre de la guerre civile ressurgit. Interrogé par BV, le maire de Limoges évoque « les événements » qui précédèrent la guerre d'Algérie. Il n'y a rien de plus cruel : « Dans une guerre civile, la victoire même est une défaite », écrivait Lucain.
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12 commentaires
Croisade contre les Albigeois , guerres de religion dans toute l’Europe , massacre de la St Barthélémy , Rome a prouvé sa capacité à nuire : Méfiez vous comme de la peste des Papistes et de tous les intégristes de tout poils .
Croyez-vous que ce ne soit pas aussi, et d’abord, une guerre de religion ?…
Pauvre ville
Pauvre France
En France, nous avons maintenant des enfants soldats. Quel prochain échelon dans la barbarie allons-nous franchir ?
En ces temps – là, la papauté était la seconde seigneurie du pouvoir politique en Europe, asservissant bicéphale. Le catharisme est la 1ère dissidence politico-religieuse courageuse.
Deux cent vingt ans plus tard, Luther puis Calvin se sont également courageusement séparés de la papauté qui refusait de les entendre sur la dérive politique et sociétale du haut clergé catholique, branche des cadets de la noblesse asservissante. Ils ont courageusement initié l’Eglise Réformée. Les Protestants. Première trace de la séparation de l’Eglise et de l’Etat . Donc de la liberté de conscience et d’expression populaire.
Mais plus exactement et pour mettre en perspective, on peut comparer les cathares à Daech et les hommes de main qui ont dévasté Béziers à des milices paramilitaires composées de voyous sur un fond de dogmatisme religieux, de cruauté et d’argent.
Historiquement, la croisade contre les « Albigeois », sous prétexte de lutte contre l’hérésie, n’a été qu’une guerre de conquête menée par les barbares du Nord (langue d’Oil) contre les civilisés du Sud (langue d’Oc et amour courtois). Le grand gagnant fut Simon de Montfort, baron de Montfort-l’Amaury et comte de Leicester (Angleterre) à qui fut octroyé Toulouse, Narbonne et Bésiers, mais que Raymond VI de Toulouse récupéra après sa mort.
Eh non il n’y aura pas de guerre civile car pour cela il faudrait que les français soient encore armés et que leurs enfants sachent s’en servir ….Et à ce moment là on verra les belles forces de l’ordre ne pas hésiter à tirer sur les français de souche : rappelez vous de la rue d’Isly à Alger ..!
Hélas beaucoup ne savent pas ce que c’est la rue d’ISLY !! Et vous avez raison pour faire la guerre il faut que les deux rivaux armés mais à ce jour seuls les voyous sont armés et savent se servir des armes !!
Décidément, je serai toujours stupéfait comment des légendes pour enfants ont conduit et conduisent encore à de telles catastrophes humanitaires.
Les cathares enseignaient que le corps est siège du mal et l’âme siège du bien. Il en arrivaient à évoquer le suicide comme moyen d’éliminer le mal. L’hérésie était là.