Affaire Nahel : qui a transmis à Libération le journal intime du policier Florian ?

La publication par Libération du journal de Florian M. pose la question de la violation du secret de l’instruction.
Photo d'illustration © Pixabay
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C’est un document très confidentiel que Libération vient de rendre public. Le 29 juin, le quotidien a dévoilé le contenu du journal intime de Florian M., le policier qui a neutralisé Nahel Merzouk à Nanterre, à la fin du mois de juin 2023. Trente feuilles manuscrites sur lesquelles le quadragénaire livre sa version des faits.

Le récit débute deux jours après la mort du jeune délinquant, alors que Florian M. est incarcéré à la prison de la Santé, dans le Sud parisien. Dupe de rien, le fonctionnaire de police commente avec amertume sa situation. « Je me dis que je vais finir en détention provisoire pour calmer ces pauvres jeunes en colère, écrit-il. Je suis en détention pour avoir voulu faire mon travail. »

Dans son journal, Florian M. ne cache rien de sa déception envers ceux qui auraient dû défendre sa présomption d’innocence : « Le président de la République Emmanuel Macron s’est positionné, il a choisi de me sacrifier et donner raison aux émeutiers en qualifiant mon geste d’inexcusable. » Le policier estime avoir été « trahi pour acheter la paix sociale » et accuse l’État d’avoir choisi de soutenir « un jeune délinquant multirécidiviste ». Ses écrits s’interrompent au bout de quatre jours, en raison d’une « panne de stylo ».

Une taupe au sein de la prison ?

Par quel miracle ce journal intime, écrit entre les quatre murs d’une cellule de prison, s’est-il retrouvé entre les mains d’un journaliste de Libération ? À en croire l’Observatoire du journalisme, le texte aurait été transmis par l’administration pénitentiaire aux juges, qui l’auraient ensuite fait fuiter à une certaine presse. Dans le but de fragiliser un peu plus la défense du policier ? Il se pourrait également que le document ait été transmis sous le manteau par les avocats de la partie civile.

https://twitter.com/ojim_france/status/1939702715703062796

Cette divulgation est d’autant plus grave qu’elle met potentiellement le policier en danger. Dans son article, Libération a en effet choisi de révéler son lieu de mutation. Une information dont l’extrême gauche anti-police s’est empressée de se saisir pour lui donner un retentissement maximal. « Scandaleux. Florian le policier qui a mis à mort Nahel et qui va être jugé devant une cour d’assises pour meurtre travaille actuellement au Pays basque, a ainsi relayé le député LFI Thomas Portes, sur X. Un policier met à mort un jeune homme, il est choyé par la police. Insupportable. »

Presse et Justice, les liaisons dangereuses

N’en déplaise à M. Portes, c’est surtout la violation du secret de l’instruction, qui est « insupportable ». Si le journal de Florian M. a été versé au dossier, il est normal que les avocats de la partie civile y aient accès. Ils auraient le droit d’évoquer son existence lors d’une conférence de presse, voire de le faire lire à des tiers. En revanche, il leur est interdit d’en fournir une copie aux journalistes.

Mais ce délit est tellement peu condamné que certains médias se sont spécialisés dans la publication de documents confidentiels. C’est le cas de Mediapart, qui s’est même doté d’un ingénieux système « SecureDrop » offrant « une grande sécurité » et « une garantie renforcée d'anonymat pour l’envoi de documents sensibles ». Que demande le peuple ? « Le système Mediapart, c'est un système d'agence de renseignement, analyse Claude Chollet, président de l'Observatoire du journalisme. Edwy Plenel dispose de très nombreux contacts dans la magistrature et dans la police. Ces contacts font passer des dossiers qui sont rassemblés par la DGSE, les préfectures, etc. Cela veut dire que la loi n'est pas respectée. »

Nicolas Sarkozy, notamment, avait fait les frais de ces méthodes à la limite de la légalité. En 2013, il avait porté plainte contre Mediapart pour « faux, usage de faux et recel », après la divulgation d’un document évoquant un éventuel financement de sa campagne présidentielle de 2007 par le régime de Mouammar Kadhafi. La plainte avait paru suffisamment crédible pour que les dirigeants du média d’extrême gauche soient placés par la Justice sous statut de témoin assisté, avant de bénéficier d'un non-lieu. L’année suivante, N. Sarkozy s’était encore indigné de la publication d’extraits de ses écoutes téléphoniques : « Qui a donné ces documents alors même qu’aucun avocat n’a accès à la procédure ? Les seuls détenteurs en sont les juges ou les policiers… Sont-ils au-dessus des lois sur le secret de l’instruction ? » Il faut croire que oui.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

68 commentaires

  1. Le fait que l’affaire soit jugée aux assises ne peut-il pas profiter à Florian ? À condition que les jurés populaires aient du courage, et résistent sans se laisser impressionner par les magistrats en belles robes…

    • Un doux rêve. Contrairement aux USA, le Président de la Cour participe au délibéré, pour ne pas dire qu’il le dirige. C’est pour cela que les jurés sont choisis en fonction de leur capacité d’obéissance à l’autorité et non de leur intelligence. Après, il ne reste plus qu’à mettre noir sur blanc les « souhaits » du Président et les faire lire par le premier juré. Je suis certain que la culpabilité de Florian est déjà établie et sa peine déterminée sur directive ministérielle.

  2. Vu qu’environ un tiers des juges appartiennent au syndicat de la magistrature, la probabilité de fuite à ce niveau est déjà assez élevée.

  3. La gauche a tous les droits, d’autant plus quand elle opère sous couvert de pouvoir judiciaire, car elle est protégée par le pouvoir de l’argent… qui ne redoute que les frontières et veut tuer les nations….Voilà pourquoi, le pouvoir de l’argent veut faire condamner Florian, qu’il en a tous les moyens et que ceux qui ont commis une forfaiture ne risquent rien…..

  4. ce sont les juges rouges qui font fuiter les pièces des dossiers
    souvenez vous eva joly ! elle est où maintenant ? chez les écolos et d’extrème gauche…..
    les magistrats sont d’extrème gauche à 75 %, je ne cesse de le dire dans mes contributions. Il n’y a pas que le syndicat de la magistrature, le seul qui aveugle tout le monde et dans l’extrème gauche, on balance pour la cause !
    vous vous faites ballader. Je les ai pratiqués pendant 40 ans

  5. Que ce policier écrive son ressenti, son vécu pendant son incarcération n’a rien de choquant, seul il ne peut que repenser à ce pourquoi il se retrouve là.
    Il a besoin d’un exutoire et ce journal l’est.
    La vrai question est: QUI , qui a donné ce journal intime, Pourquoi et dans l’intérêt de qui?
    Si ne n’est pour nuire à la justice, celle qui sera rendu par un panel de gens choisis, mais pas que: nuire à ce policier et à travers lui tous ses collègues.
    Pour les empêcher de faire sereinement leur travail dont la fonction première est de protéger les lambdas contre ceux qui les mettent en danger impunément.
    Jusqu’à quand certains journaleux s’autoriseront à être juges et parti avec la complicité de ceux qui trahissent le secret de l’instruction?

  6. Je n’ai jamais aimé « libé ». Trops malins ( titres) qui se veulent drêles, trop « barnchés » ( détenteurs de la vérité vraie ). On peut leur rafraichir la mémoire sur pas mal de leurs prises de positions dans le passé ( et maintenant ). Hier, ce « journal » a bien explicité que le policier se trouvait au Pays Basque. Pourquoi ces précisons ? On a bien sa petite idée…

  7. Boualem Sansal, Florian M., un même totalitarisme. Ni l’un ni l’autre ne devraient être en prison. La France ne vaut pas mieux que l’Algérie.

  8. Je ne comprends pas qu’un journal intime soit versé au dossier de l’instruction. Il s’agit d’un document privé qui n’a pas à figurer parmi les pièces techniques du dossier. Il relève d’une sphère totalement personnelle et intime au même titre qu’une consultation médicale ou de la confession auprès d’un prêtre. Je plains ce policier courageux résilient. La meute est lâchée, des journalistes de la gauche en passant par les LFI et les racailles de tous horizons. Le procès devrait être délocalisé. Comment espérer un verdict serein et juste dans une cour qui ressemblera vraisemblablement à ces ignobles tribunaux de la Terreur révolutionnaire ou à quelque procès de pays exotique où la corde ou le peloton attendent le condamné à la sortie. En tout cas on ne peut imaginer le tirage au sort d’un jury dans les conditions actuelles de violence et de partialité.

  9. Tiens, tiens, est-ce qu’on irait pas doucement vers un vice de forme, et une annulation du procès pour vice de procédure?

    • Dans un pays « normal » cela devrait se passer ainsi mais là nous sommes en France, les droits des autres

  10. Macron a choisi son camps, les loups ne se mangent pas entre eux. Le policier Florian est un martyr Français les dons a sa famille ne s’y sont pas trompés.

  11. On peut imaginer aussi que les sources seraient rétribuées ?
    Tout cela est très malsain et devrait être puni si il s’agit d’une infraction à la loi ; Edwy Plenel et libération qui ne sont pas non plus des modèles d’objectivités peuvent orienter politiquement leurs enquêtes pour le bénéfice de la gauche surtout que l’on constate que c’est souvent des gens de droite ou des policiers qui sont dans le viseur de ces enquêtes ; la main peut être de magistrats affiliés au syndicat de la magistrature ?
    Je pense à Florien est la victime expiatoire de toute cette chienlit . Il paye pour toutes les erreurs passées et futures qui ont permis que cela se passe . Comme le confirme les journalistes qui font leur boulot , il y a en permanence des refus d’obtempérer.
    Qu’il n’y ait qu’un seul accident grave pour les délinquants est un miracle parce que c’est plus souvent les forces de l’ordre qui paient le tribu de ces refus de s’arrêter qui sont de véritables agressions par armes par destination, parce qu’elles mettent en danger les policiers, eux mêmes ,et les personnes qui pourraient se trouver sur le parcours du type qui veut échapper au contrôle; souvent sous l’emprise de drogues ou d’alcool ou les deux à la fois .

  12. Pourrait-on parler de mafia idéologique étatiste , à propos de notre système judiciaro juridique ? A votre avis .

  13. Les soutiens du policier Florian ne sont pas indignés lorsque le violation du secret de l’instruction concerne des éléments du dossier susceptibles de le disculper. Quant à Sarkozy, il n’avait manifestement pas été indigné d’avoir été informé qu’il était sur écoute dans l’affaire Bismuth…

  14. On aurait aimé lire les cahiers intimes des amis de Nahel. Dans quel déluge de haines ne nous serons-nous pas trouvés, dans quel festival de feux d’artifices, de bombes algériennes de pétards, dans quelle horde de cagoules. Au point peut-être que même Libération n’aurait pu imprimer. Lui qui le peut encore grâce aux subventions publiques allouées au nom d’un pluralisme généreux. Nous le payons, et décidément il ne comprend pas que le peuple veut être libéré.

    • Oui , nous n’avons pas besoin de ce torchon infame qu’est devenu le libération des banques et des subventions de l’état , mais la libération de la France de toute cette engeance qui nous maintient sous sa coupe depuis trop longtemps . Une presse qui a été capable de taire la liaison de Mitterrand et l’existence d’une Mazarine pendant des années , mais qui divulgue le journal intime d’un prévenu au fond de sa cellule .

    • Parfois, on peut avoir honte d’être français.
      Pays en faillite. Morale en faillite. Hommage à un voyou multi-recidiviste. Politique intérieure minable. Politique extérieure encore plus minable. Médias à la botte.
      Je n’espère rien pour moi, mais j’ai peur pour mes enfants et petits enfants.
      Haut les cœurs…

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