À Nîmes, les pieds-noirs célèbrent le 60e anniversaire de N.-D. de Santa-Cruz
Spectacle étonnant dans le quartier du Mas de Mingue de Nîmes, connu pour sa délinquance et son trafic de drogue que le soixantième anniversaire du pèlerinage des pieds-noirs au sanctuaire de Notre-Dame de Santa-Cruz. Depuis 1965, les pieds-noirs s’y retrouvent le jeudi de l’Ascension, mais tous ne sont pas très rassurés par le quartier. C'est dans ce lieu de retrouvailles, de mémoire et de transmission, aux pieds de la Vierge d’Oranie, elle aussi rapatriée, que ces déracinés viennent se souvenir et transmettre leur héritage et leur identité oubliée et bafouée par le discours officiel.
Depuis 60 ans, les Pieds Noirs se retrouvent pour prier Notre-Dame de Santa Cruz rapatriée d’Oran en 1965. Dans le quartier du Mas de Mingue, c’est l’héritage Pied-Noir qui se transmet grâce à la Vierge de l’Oranie. pic.twitter.com/GK2t3I18Lr
— Victoire Riquetti (@VicRiquetti) May 29, 2025
Notre-Dame de Santa-Cruz était à l’origine Notre-Dame du Salut, portée en pèlerinage en 1849 par le pays oranais sur la montagne où se situait le fort de Santa-Cruz, pour supplier Dieu, par l’intercession de la Vierge, de faire cesser la sécheresse cause déjà de 1.172 morts du choléra. C’est le « miracle de la pluie » : le soir du 4 novembre, jour du pèlerinage, une pluie diluvienne s’abat sur l’Oranie et l’épidémie cesse peu à peu. Jusqu’en 1962, les pieds-noirs vénéraient Notre-Dame du Salut. Puis, l’indépendance et ses conséquences tragiques forcèrent les Français d’Algérie à quitter leurs terres.
Un pèlerinage depuis 1965
De nombreux Oranais se retrouvèrent au quartier du Mas de Mingue, construit à la hâte à Nîmes pour les accueillir. Le père Hebrard tentait de faire revenir ces populations désespérées à la religion. Les rapatriés nostalgiques et traumatisés lui demandèrent un jour : « Parlez-nous de Notre-Dame de Santa-Cruz. » Les évêques Mgr Rougé et Mgr Lacaste, réunis par le concile Vatican II à Rome, engagèrent le dialogue et la Vierge de Santa-Cruz rejoignit les rangs des rapatriés en 1964. L’année suivante, le premier pèlerinage fut organisé, rassemblant 10.000 personnes heureuses de se retrouver et de retrouver un peu de ce qu’ils avaient laissé. Depuis, la tradition perdure. Les rangs sont de plus en plus clairsemés, de nombreuses têtes sont blanches, mais depuis deux ans, les pèlerins remarquent un regain d’intérêt de la jeunesse pour ce pèlerinage.
Comme chaque Jeudi de l’Ascension, à Nîmes, des Pieds-Noirs se sont retrouvés pour le pèlerinage de Notre-Dame de Santa Cruz. pic.twitter.com/tvdH8jUiyc
— Boulevard Voltaire (@BVoltaire) May 29, 2025
Les familles viennent depuis toujours. Clotilde, la grand-mère, a quitté l’Algérie immédiatement après que son mari a échappé de justesse à la mort dans la rafle du 5 juillet 1962. Valérie, la mère, parce qu’elle est attachée à l’histoire familiale et, elle l’affirme, elle viendra « tant que ça existera ». Noémie et Émilie, respectivement 27 et 21 ans, viennent depuis dix ans, non pas obligation mais par fierté de leur héritage familial. Elles ne supportent pas le discours politique actuel et elles-mêmes se revendiquent fièrement pieds-noirs. Elles veulent à leur tour transmettre l’histoire de leurs parents. Elles partagent toutes les quatre cette fierté identitaire et l’indignation face aux mensonges véhiculés par l’Histoire officielle et le discours dominant. Clotilde raconte les premiers pèlerinages « quand la Vierge montait de la petite église » et qu’au micro, on appelait « la famille Machin recherche la famille Bidule » qui se retrouvaient avec force embrassades. La Vierge ne monte plus de la petite chapelle Notre-Dame du Salut, le parcours de la procession se cantonne à l’intérieur du sanctuaire depuis 2017 et le risque d’attentat. Il faut dire que le Mas de Mingue, construit pour accueillir les pieds-noirs, est devenu un des « quartiers prioritaires » nîmois et a récemment fait parler de lui dans un « ghetto tour » sur YouTube.
Identité pied-noir et chrétienne
Ce n’est pas seulement l’identité pied-noir, c’est aussi et surtout leurs racines chrétiennes que les rapatriés honorent au sanctuaire. D’ailleurs, Noémie et Émilie sont émues et racontent que tous les yeux se mouillent en entonnant « Ô Vierge Immaculée, ton Algérie aimée, vers la voûte étoilée, jusqu’au sein de ta cour, jette ce cri Amour ! Ma souveraine, ma douce Reine Amour ! Amour ! Amour ! » Emmanuel, pèlerin fidèle avec sa mère et sa tante, explique que les attaques de toutes parts ont ramené les jeunes à leurs racines et à leur identité chrétienne : il le constate lui-même avec son petit-fils. Ces pieds-noirs voudraient alerter, ils voudraient raconter ce qu’ils ont vécu, mais « on ne peut pas le dire », déplore-t-il. Quand ils ont quitté l’Algérie, cachés dans un camion par des militaires « obligés de les donner s’ils se faisaient arrêter » à cause des accords d’Évian, ils ont emporté leur histoire avec leurs maigres bagages. Ils voudraient donner l’alerte : eux savent ce que le terrorisme islamiste a fait subir à ces populations française et chrétienne aussi bien qu’arabe et musulmane qui avaient choisi la France.
Le sanctuaire Notre-Dame de Santa-Cruz rassemble les derniers témoins d’une page d’Histoire que la majorité préfère ignorer ou, pire, aux pieds de celle que Jean-Pax Méfret appelle « Notre-Dame des déracinés ». Ne dit-on pas que celui qui ignore l’Histoire est condamné à la revivre ? Altaf Tyrewala écrivait que « les enfants sont les ultimes racines des déracinés » : la jeunesse qui gonfle les rangs de ce pèlerinage est pour eux l’espoir que leurs souffrances ne resteront pas vaines.
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8 commentaires
Il paraîtrait que l’Histoire se répète . Pourrait-elle aussi s’inverser ?
Voilà ce qu’il nous reste prier surtout lorsque l’on voit dans quel état se trouve la France
Je m’attendais à voir ,sur les photos ,un défilé « d’éligibles » chers à nos députés .C’étaient des jeunes .Merci à eux .
Quant aux Pieds-Noirs , rapatriés malgré eux , ils sont victimes une nouvelle fois d’une Mère-Patrie si peu reconnaissante qu’elle fait la part belle à ceux qui furent leurs ennemis et à leurs descendants qui les excluent de chez eux , de leur travail , des aides sociales …Pôvre France !
Comment un pays si riche du travail de ses habitants est devenu en quelques décennies un pays de crève-la-faim fier de sa bêtise : « Le Roi Lion » toujours d’actualité …
Bien
En Afrique du Nord, avant le départ des européens, le 15 août, se déroulait dans toutes les villes la procession derrière la Vierge Marie. Un rituel que nul n’aurait manqué, car l’occasion de bénir la ville et ses habitants. Bravo à aux « Pieds-Noirs » qui ne craignent pas, encore aujourd’hui, de bousculer les âmes sensibles de gauche.
Merci à BV de ne pas nous oublier ! Merci Victoire pour cet article.