[MUNICIPALES] Montargis, ville martyre des émeutes, bascule en faveur du RN

En 2023, 114 commerces avaient été saccagés, sur les 300 que compte la ville.
© Capture écran
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Un second tour serré mais symbolique. Ce dimanche 22 mars, Côme Dunis, candidat du Rassemblement national, a fini par remporter la mairie de Montargis (Loiret). Au terme d’une triangulaire opposant un candidat d’union de la gauche (communistes et socialistes), le maire sortant divers droite et le candidat du parti de Jordan Bardella, les Montargois ont en effet choisi d’accorder majoritairement leur confiance à ce dernier. Le tout dans un mouchoir de poche. Si l’élection de Côme Dunis n’est pas massive, elle n’en est pas moins l'illustration de la progression du RN dans les petites communes. Aux dernières élections municipales, aucune liste du parti à la flamme n’était ainsi présentée. En 2022, Marine Le Pen arrivait seulement en troisième position dans cette commune, lors du premier tour de l’élection présidentielle, et Thomas Ménagé, le candidat RN pour les législatives, devait se contenter d’un peu moins de 18 % au premier tour. Deux ans plus tard seulement, le parti patriote gagne du terrain dans le Loiret. En 2024, Montargis place ainsi la liste portée par Jordan Bardella en tête des élections européennes. La même année, Thomas Ménagé obtient près du double de son score de 2022 au premier tour des législatives (33,67 %) dans cette commune.

114 commerces vandalisés, en 2023

Cette progression fulgurante du RN à Montargis ne doit rien au hasard. En juin 2023, la commune de 15.000 habitants a été durement éprouvée par les émeutes qui ont embrasé la France après la mort de Nahel. Les images des vitrines brisées, des commerces vandalisés, des bâtiments incendiés et de la pharmacie totalement détruite hantent encore de nombreux habitants. À l’époque, ce sont ainsi 114 commerces qui ont été saccagés, sur les 300 que compte la ville. Et si la commune a retrouvé peu à peu son visage d’autrefois, les habitants, eux, sont loin d’avoir oublié. L’un d’eux, plutôt partisan de la gauche, confiait ainsi à nos confrères du Parisien, en juillet 2024 : « La semaine dernière [lors des élections législatives de 2024, NDLR], j’ai voté RN mais je ne suis pas du tout un électeur RN. […] Il fallait envoyer un signal, alors je l’ai envoyé. Le soir, quand il y a eu les incendies, […] il y a des trucs qui m’ont un peu fâché. » Un sentiment que partagent beaucoup de ses voisins. « Je veux qu’on sévisse », rétorquait, ainsi, une autre Montargoise, pour justifier son vote en faveur du RN. « On veut de la tranquillité », abondait un autre.

Sans être un « grand fan du RN », Cédric Gallineau, devenu célèbre pour avoir repoussé avec une épée médiévale des émeutiers qui étaient entrés par effraction chez lui, explique également, sur ses réseaux sociaux, avoir décidé de voter pour Côme Dunis. Un homme « sincère », explique-t-il, en qui il a « confiance ».

Le succès de l’implantation locale

Les émeutes de 2023 ne sont pas le seul mauvais souvenir, pour les habitants de Montargis. Comme le résume le nouveau maire de la commune, Montargis est devenue « la plaque tournante du narcotrafic en région Centre ». Les fusillades sur fond de trafic de drogue se multiplient dans la petite commune autrefois connue pour être la tranquille « Venise du Gâtinais ».

Face à cette hausse de l’insécurité, Côme Dunis pose une « priorité claire » : « le rétablissement de l’ordre ».

La victoire du RN à Montargis est également la conséquence d’une implantation locale réussie. Même Mediapart salue le succès de cette stratégie : « Thomas Ménagé, 34 ans, incarne la stratégie des nouveaux élus du RN : omniprésent sur son territoire, attentif aux événements locaux, il envoie ses condoléances à chaque décès dans une famille, ses félicitations à chaque médaille du travail. En 2024, le député a frôlé la réélection dès le premier tour (49,6 %), preuve de la réussite de son implantation. » Un travail de longue haleine qui finit par porter ses fruits.

Picture of Clémence de Longraye
Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

24 commentaires

  1. C’est quand même triste d’attendre une grosse claque pour voter RN! Le mieux aurait été d’écouter les plus intelligents du groupe et voter RN, sans avoir passé par cette case de la baffe. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux et cette haine de la France très ancienne.

  2. Il y a de quoi être en colère contre ses concitoyens! Faut il que la ville soit mise à sac par des barbares modernes pour enfin comprendre que les politiques suivies depuis 50 ans ont méthodiquement détruit tout ce qui rendait la vie paisible et civilisée. Enfin, si cela pouvait servir d’exemple…mais en fait ce n’est pas le cas. Les Lyonnais, après le meurtre barbare de Quentin en redemandent! A pleurer.

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