[MUNICIPALES] LFI et Matthieu Pigasse, hors la loi à la veille du scrutin

La réserve électorale qui contraint candidats, partis et médias au silence la veille du scrutin a été largement bafouée
Capture écran France Inter
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La réserve électorale s’applique-t-elle à tout le monde ? La réponse semble évidente : elle ne l'est pas. La règle est la suivante : « À partir de la veille du scrutin à zéro heure, il est interdit de : distribuer ou faire distribuer des bulletins, circulaires et autres documents, diffuser ou faire diffuser par tout moyen de communication au public par voie électronique tout message ayant le caractère de propagande électorale, procéder, par un système automatisé ou non, à l'appel téléphonique en série des électeurs afin de les inciter à voter pour un candidat et de tenir une réunion électorale », comme précisé dans l’article 49 du Code électoral. Force est de constater que, çà et là, des représentants politiques sont passés outre, à l'occasion du premier tour des municipales.

LFI, toujours limite

À Strasbourg, Florian Kobryn, le candidat de La France insoumise a pris part à une manifestation, le samedi 14 mars. Ce qui n’est pas interdit, sauf si ladite manifestation a un caractère politique. C’est là que ça coince… En effet, l’insoumis n’était pas à un événement lambda mais à une manifestation « contre le racisme, le fascisme et les violences d’État ». Ce, alors même que le candidat d’extrême gauche a, à plusieurs reprises, associé l’extrême droite et, donc, sa concurrente Virginie Joron (RN) au fascisme. Sa présence dans les rues de Strasbourg pourrait ainsi être perçue comme de la propagande électorale. C’est en tout cas ce que pense la principale intéressée, qui a adressé un signalement en ce sens au préfet du Bas-Rhin et du Grand Est, Amaury de Saint-Quentin. Dans ce courrier, qu’a pu consulter BV, elle demande si les « principes d’équité, de neutralité et de sérénité qui doivent entourer toute échéance électorale » ont bien été respectés.

Une question que devraient se poser bien d’autres préfets, car il n’y a pas qu’en Alsace que La France insoumise a une interprétation plutôt permissive du Code électoral. Dans toute la France, des manifestations du même acabit ont eu lieu et, dans toute la France, des candidats et des cadres du parti de Jean-Luc Mélenchon ont défilé, écharpe tricolore autour du cou. Louis Boyard et Mathilde Panot étaient à Paris, tandis qu’Hadrien Clouet, colistier de François Piquemal, était présent à la manifestation toulousaine. Il y en a eu d’autres…

Pigasse, sans limite

Au rayon fourni des manquements à l’article 49, un exemple est encore plus flagrant. Il est à mettre au crédit de Matthieu Pigasse. L’homme d’affaires, propriétaire de plusieurs titres de presse et qui n’a jamais caché sa volonté de peser sur la politique française, a fait fort. Le 13 mars, Libération publie une tribune signée de sa main et intitulée « La capitulation des élites face à l’union de la droite et de l’extrême droite ». Jusque-là, tout va bien... jusqu’à ce que le milliardaire relaye son écrit sur son compte X, comptant plus de 28.000 abonnés, le 14 mars, soit en pleine période de réserve électorale. Si le maintien passif du papier sur le site du quotidien ne pose aucun problème, sa mise en avant, le lendemain, sur les réseaux sociaux, est totalement illégale. Début janvier, Matthieu Pigasse avait dit vouloir « peser » pour contrer le Rassemblement national et ne rien exclure pour cela. Il vient de le démontrer : le milliardaire ne recule devant rien, pas même devant le Code électoral. Celui qui se permet de donner des leçons de République à Marine Le Pen montre ainsi combien il respecte la République et ses lois.

Reste à savoir si ceux qui sont censés les faire appliquer, les juges, se saisiront de ces méconnaissances manifestes. Des sanctions administratives, telles que l’annulation de l’élection, pourraient être prises à l’encontre des candidats. L’inéligibilité ou une sanction financière sont également possibles, tout comme une condamnation pénale. Sauf si, définitivement, une nouvelle loi s'impose : celle du deux poids deux mesures.

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Vous dites qu’il a relayé son édito sur son compte X qui compterait 28 000 abonnés. Et vous vous inquiétez peut-être de la diffusion de ses opinions? Mais 28 000 abonnés, c’est peanuts!
    A titre de contrexemple, elon. Musk a 227 millions d’abonnés!

  2. Avec les réseaux sociaux, les vieux machins comme Youtube, les sites (comme B.V. !), la campagne ne se termine qu’avec la clôture des votes. Toute censure est d’une parfaite hypocrisie et inconséquence, Pigasse montre la voie à suivre…

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