[CINÉMA] Magellan, le portrait à charge d’un cinéaste philippin
On l’a compris depuis un moment, le temps est à la « déconstruction » des mythes et des grands personnages de l’Histoire européenne. C’est aussi vrai à l’Éducation nationale que dans les milieux de la culture. Plus préoccupante, peut-être, est cette propension que nous avons, en Occident, de financer des films repentants réalisés par ceux qui nous haïssent pour mieux nous enfoncer et nous réclamer ensuite réparation. Il en va ainsi du nouveau film biographique sur Magellan, largement produit par l’Espagne et le Portugal. Réalisé par le Philippin Lav Diaz, ce long-métrage assommant et réalisé avec les pieds réduit la mission du plus grand voyageur européen du XVIe siècle à sa fin pitoyable dans l’archipel d’Asie du Sud-Est, lorsque les guerriers du roi de Mactan, Lapu-Lapu, mirent un frein à ses ambitions évangélisatrices et le tuèrent.
Magellan ne dit absolument rien, en vérité, ni du personnage, ni de l’époque qui l’a forgé, ni même de la portée symbolique de son voyage à l’échelle de l’Histoire (les véritables débuts de la mondialisation, ni plus ni moins). De telle sorte que le spectateur ressortira de la salle, au bout de 2 heures 43, sans n’avoir rien appris sur le sujet…
Le premier tour du monde de l’Histoire par la mer
Navigateur portugais s’estimant lésé financièrement par le roi du Portugal, Fernand de Magellan offrit, en 1518, ses services au jeune Charles Quint, roi d’Espagne et futur empereur du Saint-Empire, en lui promettant l’accès aux Moluques, archipel indonésien connu pour ses épices, et notamment pour les clous de girofle.
Dans un contexte où le Portugal et l’Espagne s’étaient partagé le globe selon une ligne verticale, via le traité de Tordesillas en 1494, Magellan fit le pari (erroné) que les Moluques se trouvaient du côté espagnol de l’antiméridien, faisant ainsi miroiter à Charles Quint des richesses incommensurables.
Ce dernier lui confia alors cinq bateaux chargés de vivres. Avec un équipage de 236 hommes, Magellan s’aventura sur les océans. L’idée était de traverser l’Atlantique, de longer le Brésil jusqu’au sud du continent américain (le futur « cap de Magellan »), de remonter le nord par la côte chilienne et d’obliquer vers l’océan Pacifique jusqu’aux fameuses « îles aux épices » d’Indonésie.
À ce sujet — [EXPO] Magellan, un voyage qui changea le monde
Au cours de ce voyage prévu pour deux ans, Magellan vécut un véritable enfer : d’abord une mutinerie en 1520 (concernant trois navires sur cinq), puis le naufrage du Santiago, la désertion du navire San Antonio (le plus chargé en provisions), l’apparition de la faim, du scorbut et des rats, le manque d’eau potable et des morts en pagaille…
Un film paresseux, ni fait ni à faire
Le film de Lav Diaz ne dit quasiment rien de tout cela. Tourné en format d’image 1,33:1, avec un filmage désespérément statique (soporifique ?) – le comble, pour un récit de voyage – et une direction d’acteurs proche du mauvais théâtre subventionné, Magellan ne prend jamais la mesure historique de cette expédition, se contente de nous dépeindre un navigateur inhumain avec ses hommes, alors qu’il appliquait simplement les dures lois disciplinaires de son temps, et sanguinaire avec les autochtones. Une vision quelque peu radicale qu’il convient de nuancer dans la mesure où Magellan fut salué par les historiens pour avoir interdit auprès de ses équipages, dès la baie de Rio de Janeiro, les abus sur les populations locales sous peine de mort…
Indigent d’un point de vue historique, le film ne se donne pas même la peine d’analyser l’épisode philippin au regard de l’échec global de la mission initiale. Les historiens s’accordent, en effet, à voir ce funeste débouché messianique comme une véritable fuite en avant à un moment où le navigateur comprend que les îles aux épices ne seront jamais espagnoles mais sous le contrôle portugais.
En bref, ce film de Lav Diaz ne présente absolument aucun intérêt ; on recommande plutôt à nos lecteurs L'Incroyable Périple de Magellan, la passionnante série documentaire réalisée par François de Riberolles pour Arte, ou bien l’exposition immersive du musée national de la Marine : Magellan, un voyage qui changea le monde.
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12 commentaires
Visiblement l’Espagne et le Portugal font aussi tout pour piétiner leurs grands hommes! Quand ils seront tous oubliés et bannis, ils deviendront la proie des invasions et c’est ce que l’on subit déjà en France. Sans modèle et sans valeur, un peuple s’effondre inexorablement.
Magellan, c’est le commissaire à Lille ? Ahaha !
Selon l »auteur de romans Gilbert Sinoué, c’est la rivalité féroce entre Espagnols et Portugais pour la conquête des mers qui aurait abouti à l’assassinat d’Ines de Castro, un fait historiques sui aura déjà fait couler beaucoup d’encre. Je voudrais dire aussi que El Cano est d’origine basque, il est considéré comme un héros national dans le petit village de Guetaria ù on lui a élevé une statue.
J’imagine que ça va provoquer l’enthousiasme de notre cinéphile local ……qui bien sur va trouver ça génial même s’il y a 9 spectateurs par salle, que ce truc a été subventionné comme d’habitude par NOUS….
Je sais pourquoi je ne vais plus au cinéma depuis des décennies, le dernier film c’était « les Stroumpfs » et le premier film en plus, c’était il y a longtemps…..
Et puis mes euros me sont précieux, je ne les gaspille pas pour ce genre de propagande
« Largement produit par l’Espagne et le Portugal », donc il y a une petite chance que pour une fois, la France ne l’ait pas trop subventionné…
J’espère que vous avez raison mais bon un truc de propagande en plus dans nos salles….
Je vois que les cinéastes philippins n’ont rien à envier aux 80% de nos cinéastes français !! Au panier !!
A boycotter
Lire également, Magellan, la captivante et instructive biographie de Stefan Zweig
Merci de nous prévenir lecteurs de BV des films idiots/ assomants qu’on voit sur la toile en France. Il y en a de plus en plus.
Quelle honte de réduire la vie de ce grand navigateur à quelques clichés !
L’exposition Magellan au musée de La Marine est passionnante!
Le plus grand navigateur de tous les temps, selon un de nos grands navigateurs français !
Je recommande la biographie de Magellan écrite par Stefan Zweig : très documentée, elle présente parfaitement l’époque, les enjeux et ainsi l’exploit de ce grand navigateur… Même s’il ne fut jamais reconnu comme tel au retour des bateaux en Espagne ! Le capitaine espagnole commandant la flotte au retour l’avait déjà trahi une fois sur les côtes du Brésil. Ne pas lui rendre hommage au retour a été une seconde trahison !
Cette biographie cinématographique n’est qu’une piètre représentation de ce grand marin, explorateur inspiré !
J’ai visité l’expo Magellan au musée de la marine, j’ai lu et relu bien des livres consacrés au navigateur, j’ai visionné la série Magellan proposée par ARTE et j’ai emprunté le Détroit de Magellan d’ouest en est sur un bateau de croisière. Votre commentaire ne m’encourage pas à voir ce dernier film…