28 juillet 1755 : la fin du rêve français en Acadie
À la veille de l’été 1755, la colonie de l’Acadie, située en Amérique du Nord, est encore habitée par des milliers d’Acadiens, francophones et majoritairement catholiques. Ces derniers, depuis 1713, refusent de prêter un serment d’allégeance inconditionnelle à la couronne britannique. Las de cette résistance, le 28 juillet 1755, le gouverneur Charles Lawrence prend la décision irrévocable de déporter cette population, marquant le début d’une triste histoire appelée le Grand Dérangement, concluant ainsi une épopée française dans le Nouveau Monde ayant commencé au début du XVIIe siècle.
Des Français dans le Nouveau Monde
Disparue, aujourd’hui, de notre vocabulaire et de notre mémoire, l’Acadie désigne pourtant une ancienne région située entre le Canada et les États-Unis, correspondant aujourd’hui à la Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. Ce lieu est alors l’un des premiers espaces de colonisation française en Amérique du Nord. Fondée en 1604 par Pierre Dugua de Mons, Samuel de Champlain, Jean de Poutrincourt, accompagnés de 80 autres colons, l’Acadie devient rapidement un point stratégique de l’expansion française.
L’une des principales spécificités des débuts de l’Acadie réside dans le fait que cette région est aussi perçue comme un refuge pour de nombreux protestants. En effet, malgré l’édit de Nantes assurant la liberté de culte aux huguenots depuis 1598, les persécutions et les souffrances des guerres de Religion ont poussé nombre de protestants à quitter la France pour de plus verts pâturages. Partant ainsi depuis les ports de l’Atlantique comme La Rochelle, ces nouveaux colons, venant essentiellement du Poitou, atteignent le Nouveau Monde où tout est à faire et à créer. Les principales ressources de l’Acadie vont être la pêche et la vente de fourrures. Plus tard, l’agriculture se développera à son tour grâce à un système de digues permettant d’assécher les marais de l’Acadie et d’exploiter cette terre fertile.
Sur le plan humain, l’Acadie est également une réussite de cohabitation entre catholiques et protestants. En effet, les dirigeants acadiens, comme Dugua de Mons, prônent une forme de tolérance religieuse pour garantir la survie de la colonie. Cette dernière devient également un point de départ pour les missionnaires catholiques dans leur mission d’évangélisation auprès des populations amérindiennes avec lesquelles les Acadiens tissent aussi des alliances durables.
Le Grand Dérangement
Malheureusement pour les Acadiens, et malgré les milliers de kilomètres qui les séparent de l’Europe, ces derniers subissent les affres et les conséquences des guerres qui se jouent sur le Vieux Continent. En effet, en 1713, avec la signature du traité d’Utrecht scellant la défaite de la France à l’issue de la guerre de Succession d’Espagne, notre pays se voit contraint de céder une partie de l’Acadie à l’Angleterre.
Pour les Français installés là, la domination anglaise est synonyme de nouvelles souffrances. En effet, au fil des années, les Anglais obligent les Acadiens à jurer fidélité au roi d’Angleterre, à abjurer leur foi catholique en faveur de l’anglicanisme et même à quitter leurs terres au profit des colons anglais. Face à la résistance des Acadiens, Albion décide d’agir autrement et avec force en 1755. Le 28 juillet, le gouvernement d’Halifax oblige les colons francophones à céder à leurs exigences, sans quoi ils seront dépouillés de leurs biens et déportés. Cet événement, appelé le Grand Dérangement, entraîne alors l’exil de près de 8.000 à 10.000 Acadiens, majoritairement catholiques. Ayant ainsi tout perdu, certains, avec leur famille, tentent de tout recommencer en s’installant ailleurs, en Amérique. D’autres préfèrent retourner en Europe, déçus par les illusions de ce Nouveau Monde.
Retour au pays
C’est, ainsi, une nouvelle aventure qui commence pour ces Acadiens qui, ayant tout perdu, s’amassent sur des bateaux surchargés et subissent les affres d’un voyage dangereux. Beaucoup périssent alors pendant le voyage, victimes de la maladie ou de la faim. Arrivés en Europe, ils sont très mal accueillis. Nul ne veut de ces migrants dont on ne sait pas trop quoi faire ni où les installer. En France, seule la Bretagne apparaît comme un véritable lieu d’asile pour ces déportés.
En 1772, une nouvelle chance est offerte aux Acadiens pour s’installer ailleurs en France, et notamment dans les terres poitevines des ancêtres de certains colons. En effet, un homme presque providentiel, le marquis de Pérusse des Cars, fait appel à 1.500 Acadiens. Ces derniers pourront s’installer sur ses terres dans le Poitou, près de son château de Monthoiron, en échange de leur accord pour cultiver ses champs en jachère. Si cette solution semble pérenne et opportune pour les Acadiens, ils sont rapidement et à nouveau déçus. En effet, les conditions de travail et de vie apparaissent comme aberrantes en raison d’un manque de logement pour tous, mais aussi des famines qui sévissent en France dès 1774.
Face à cette situation, de nombreux Acadiens décident de partir encore en exil, cette fois volontaire, en Espagne ou en Louisiane. Seules 25 familles, soit 157 personnes, décident de rester malgré tout dans le Poitou et d’y refaire souche, retrouvant ainsi pour certains leur terre ancestrale et mettant fin définitivement à l’histoire des Acadiens.
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15 commentaires
Des familles acadiennes ont également fait souche à Belle-Ile en mer. Les habitations qui leur ont été octroyées sont devenues une sorte de norme qui a énormément influencée le style des habitations belliloise; on parle, d’ailleurs, de maisons acadiennes.
L’île est toujours très liée à cette province du Canada.
Lire d’Antonine Maillet « Pélagie la Charrette »
Il y a eu également une communauté importante de réfugiés acadiens à Dunkerque qui a fourni également de nombreux corsaires particulièrement motivés et efficaces contre les Anglais.
Merci pour ce rappel historique, dont on ne parle jamais, comme souvent avec notre histoire française qui comporte beaucoup de souffrance, trahisons, humiliations et désillusions. L’histoire ne fait que se répéter, souvent avec les mêmes acteurs, Allemagne, Angleterre et Pays Bas …
Passionnante histoire de ces migrations sans rapport avec l’islamisme d’aujourd’hui.
Un funeste destin qui ne se passa jamais bien. Je savais que les pictes avaient envahi l’Ecosse pour un plus à vivre, mais pour les acadiens ce fut l’enfer, certains ont même du être victimes du génocide vendéen? Je demanderai à notre futur Président de la République, Philippe de Villiers.
Il en sait des choses, lui, pas l’autre!
Début d’une certaine décadence, suivi de près par le traité de Paris de 1763, sans lequel le monde ne parlerait peut-être pas anglais (même si nous avons pour partie fait les Anglais avec le duc Guillaume), mais…français !
Cette histoire, pas si ancienne n’intéresse plus grand-monde. Et surtout à l’école/collège !
Je crois que 40% des jeunes de moins de 25 ans ne savent pas ce qu’est la Shoah!!!
Le négationnisme en marche à l’école avec LFI, NFP oblige.
On se demande si Madame Macron était vraiment prof, lui on savait déjà qu’il avait tout oublié après les épreuves des grandes écoles…
Celle qui sut en parler le mieux avec passion et tendresse dans ses nombreux romans, c’est l’Acadienne, Antonine Maillet, aujourd’hui décédée. Lisez, la Sagouine (pièce de théâtre également), Les cordes de bois, etc…Vous découvrirez la vie rude des « gens d’en bas » face aux « gens d’en haut » mais aussi cette générosité dans l’accueil des exilés. L’accent acadien avec les mots d’un « vieux français » est une façon d’y retrouver nos origines en partie car l’influence anglo-saxon s’y retrouve également dans le langage acadien tout comme chez les Québécois. Visitez si vous le pouvez les provinces maritimes du Canada et la péninsule de la Gaspésie. La beauté des paysages est à vous couper le souffle. Foi d’une Canadienne.
Les anglais ont inventé la déportation au canada puis les camps de concentration pendant la guerre des Boers
Et les français ont inventé la soumission.
C’est exactement ce que je voulais écrire et , j’ajouterai qu’il serait intéressant de parler de la « décolonisation » des Anglais en Afrique surtout et en Inde. N’oublions pas que le « grand » Churchill a participé activement à la guerre contre les Boers.
Exact. Je voulais en parler. Les Anglais ne « mégottaient » pas. C’est la raison de leur domination mondiale de deux siècles. Jusqu’en 1918…Encore qu’ils se soient débrouillés pour contrôler les principales réserves de pétrole connues alors.
J’aime quand la responsabilité d’une initiative revient à son initiateur. Mais vous savez, bien sur, que la déportation de population n’est pas une invention anglaise, l’exil à Babylone fut quelque peu antérieur à l’existence de l’angleterre, pour ne citer qu’un exemple… Quant aux camps de concentration de sinistre souvenance, les anglais ne peuvent, depuis la guerre des Boers, en revendiquer que la primeur du nom, des camps pour prisonniers ayant existé de tous les temps, il en est fait mention dans l’antiquité grecque (Ducray, 1999) et la chose a du exister dès que deux concentrations humaines se sont opposées en nombre suffisant pour justifier l’usage de tels camps pour le parcage de prisonniers ou d’esclaves!!
La déportation des populations n’est, évidemment pas une invention anglaise, mais lorsque l’on se fait le chantre de la liberté avec l’Habea Corpus , depuis 1679, et , souvent donneur de leçons de morale, on se doit d’être irréprochable; de plus la décolonisation pratiquée par les anglais, en Afrique n’a pas été un modèle d’humanité , mais de ça on n’en parle pas .