17 septembre 1793 : la Terreur institue le règne du soupçon

Méfions-nous de tout homme politique renouant avec ces idées, car l’Histoire est un éternel recommencement.
Terreur tribunal révolutionnaire
Bibliothèque nationale de France, Public domain, via Wikimedia Commons

Ce 17 septembre, nous commémorons l’adoption, en 1793, de ce que l’on appelle la loi des suspects, un moment clef de la Révolution française, mais aussi un chapitre sombre de l’histoire des libertés. En effet, ce texte, promulgué en pleine Terreur, marque un tournant dans la construction d’un régime révolutionnaire qui bascule progressivement dans la dictature. La présomption d’innocence s’efface devant le soupçon généralisé, où les libertés individuelles sont sacrifiées au nom du progrès inarrêtable d’une « bienveillante » Révolution. Comme le rappelait Saint-Just, « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », une maxime qui, loin de protéger la République, en a légitimé les pires excès.

La Terreur à l’ordre du jour

En 1793, la France traverse une crise profonde, à la fois intérieure et extérieure. Aux frontières, la guerre fait rage contre les monarchies européennes coalisées ; à l’intérieur, la République lutte contre des insurrections, notamment en Vendée et dans plusieurs grandes villes. À ces périls s’ajoutent également des difficultés économiques : disettes, inflation, effondrement de l’autorité locale et instabilité de la monnaie. La Convention nationale, dominée alors par les Montagnards, cherche à stabiliser la situation, à assurer la sécurité du territoire et à parer aux menaces de contre-révolution. Le Comité de salut public acquiert ainsi un rôle central, dictant des mesures d’exception, et c’est dans ce climat d’urgence que la Convention vote la loi des suspects, le 17 septembre 1793.

Ce texte législatif est, en fait, le décret d’application d’un décret antérieur, datant du 12 août 1793, relatif aux gens suspects. La nouveauté et la gravité de la loi du 17 septembre résident dans l’extension considérable de la notion même de « suspect ». Ne sont plus visés seulement les nobles, les émigrés ou les prêtres réfractaires, mais aussi toutes les personnes qui, par leur conduite, leurs relations, leurs écrits, leurs propos, ou ceux qui, « n'ayant rien fait contre la liberté, n'ont rien fait pour elle » et peuvent être considérés comme suspects. Le simple fait de ne pas manifester assez clairement son attachement à la Révolution suffisait à tomber sous le coup de la loi.

Une ère de répression

Avec cette loi, la Terreur prend une dimension institutionnalisée. Le décret ordonne que tous les suspects libres sur le territoire soient mis en état d’arrestation. La procédure judiciaire est renversée : il ne s’agit plus de démontrer l’innocence de l’accusé mais, pour ce dernier, de tenter de prouver qu’il n’est pas coupable, dans un climat où le doute équivaut déjà à la condamnation. En l’absence de preuves tangibles, point de présomption d’innocence : c’est une présomption de culpabilité qui domine et qui se traduit souvent par une comparution expéditive devant le tribunal révolutionnaire, puis par la guillotine.

On estime que des centaines de milliers de personnes furent concernées par ces arrestations, même si toutes ne furent pas exécutées. La prison, la confiscation des biens et l’humiliation publique accompagnaient souvent ces mesures arbitraires. Même certains révolutionnaires verront se retourner leur arsenal législatif contre eux et seront condamnés. Dans ce sens, le député Jean-Baptiste Carrier déclarera à la Convention : « Tout est coupable, ici, jusqu'à la sonnette du président ! » Il faudra alors attendre la chute de l’Incorruptible et de ses partisans, en juillet 1794, pour que ce système d’exception soit démantelé et que les libertés fondamentales soient progressivement rétablies.

Se revendiquer de Robespierre, c'est revendiquer un régime liberticide

Il est bon, plus de deux siècles après ces événements, de rappeler que la loi des suspects n’était pas un simple outil législatif parmi d’autres. En effet, elle fut l’un des instruments centraux de la Terreur, un régime où les libertés fondamentales (liberté d’opinion, liberté d’association, respect de la vie privée, présomption d’innocence) ont été suspendues au profit d’une idéologie qui plaçait la sauvegarde de la Révolution et de son idéologie radicale au-dessus des droits individuels.

Cependant, la fin de la Terreur ne signifie pas la disparition de ses admirateurs. Aujourd’hui, encore, certains persistent à réhabiliter Robespierre. Ainsi, lorsque le député LFI Antoine Léaument organise des hommages envers l’Incorruptible chaque année, défend sa mémoire, invoque ses idées, cela peut être vu comme un choix de sympathie envers une personnalité certes complexe, mais dont le rôle dans l’instauration de la Terreur est indéniable et ne saurait être minoré.

On ne peut pas aimer et défendre un homme si on n’est pas en accord avec ses principes : soutenir ainsi Robespierre, et en prolonger la logique en transposant sa haine de l’aristocratie en une haine contemporaine des riches, suspectés comme ennemis du peuple seulement parce qu’ils ont de l’argent, c’est inévitablement cautionner une conception politique où la fin justifie les moyens, y compris les plus violents. Toute personnalité ou tout parti politique qui voudrait renouer avec ces idées doit être observé avec la plus grande vigilance, car l’Histoire démontre avec constance qu’elle peut se répéter, et souvent au détriment des libertés que nous croyons acquises.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

25 commentaires

  1. c’est le régime de la terreur qu’ils veulent faire revenir l’histoire ne leurs a rien appris ils sont incultes comme le veulent leurs dirigeants

  2. Plus grand-monde n’a ne serait-ce qu’une vague idée de ce que furent ces années sombres… Léaument ne voit que par le petit bout de sa lorgnette et de son cervolobotomisé .

  3. Rendre hommage à Robespierre, c’est un peu comme qui dirait qu’Hitler a quand même redressé le mark, construit de belles autoroutes, créé des colonies de vacances pour les enfants, et été le premier homme politique à lutter contre le tabagisme…

  4. Et lui, cet Antoine Léaument , n’est il pas un PRIVILEGIER de la République qui vit grassement avec les indemnités dont le montant est très supérieur à ce que touche le français moyen et qui n’ont pas les mêmes avantages que lui ?

  5. Le règne de la terreur version LFI ne fait que commencer.
    Le regard bienveillant de la macronie lui permet tous les excès et Maximilien Mélenchon va en profiter pour envoyer ses troupes allogènes à l’assaut des défenseurs de la Nation française.
    Triste anniversaire.

  6. Que vous avez raison de nous ramener « aux sources ». D’autant que la « Terreur » érigée sous prétexte de défense de libertés a été l’occasion de sordides manipulations. A noter que le « grand Patron » était un petit bonhomme sans grande expérience et pas très équilibré sur le plan relationnel…

  7. La gauche dans son ensemble rêve de continuer la révolution, ils risquent de l’avoir au train où ça vas.
    Attention dans une révolution on casse tout, le bien comme le mal.

  8. Pour ma part , je ne vois aucun inconvénient à remplacer les mots ennemis de la liberté par les mots  » ennemis de la nation …et de la culture française  » .La encore , pour rétablir l’équilibre de ce monde et tourner la page ignominiruse de la ripouxblique , il nous faudrait un Robespierre de droite et un Saint just d’extrême droite pour mener une révolution culturelle totale et faire passer l’envie a la bourgeoisie de ne jamais revenir au pouvoir …!

  9. Il ne vaut mieux pas que la mafia LFI se retrouve au pouvoir, entre 6 eme République, impôts et taxes nouvelles, avec les écologistes plus de voitures, davantage d’immigrés, pas de police et pas d’armée, je ne parle même pas de la justice bref la liste est longue.

  10. Merci de rappeler cette époque terrifiantes de la terreur des faits historiques qui feront, je l’espère, réfléchir et ouvrir les yeux à quelques penauds, quelques idiots utiles sur une idéologie politique d’extrême gauche, qui équivaut pour ceux qui la soutiennent à tresser la corde qui risque bien un jour de les pendre à leur tour. La révolution mange toujours ses enfants.

  11. Je pense à Paul Watson à l’huma qui se faisait traiter d’écofachiste parce qu’il avait eu le malheur de dire que l’immigration sans contrôle était un suicide d’état en faisant s’effondrer toutes les structures sociales si chères à la gauche. En gros la gauche qui pratique la terreur, veut un suicide collectif en nous forçant de le faire et ne comprennent pas que l’on puisse dire non. Ils sont bêtes à manger du foin!

  12. En ce temps où pour une servante, arborer un tablier propre dans la rue pouvait vous conduire à l’échafaud, le peuple tout entier a capitulé en renonçant à sa liberté – et au bon sens.

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