14 juillet 1915 : Rouget de Lisle, père de la Marseillaise, entre aux Invalides
Le 14 juillet 1915, tandis que la France entamait sa seconde année de guerre totale contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, le gouvernement républicain orchestra un hommage singulier. Sur les Champs-Élysées, un cercueil descendait ainsi lentement vers l’hôtel des Invalides. Il ne contenait pas alors la dépouille d’un auguste général, mais celle d’un officier oublié, poète et musicien : Claude Joseph Rouget de Lisle, l’auteur du Chant de guerre pour l’armée du Rhin, devenu La Marseillaise.
Ce transfert de cendres, un jour de fête nationale, est alors loin d’être anodin. Il incarne l’Union sacrée et vise à raviver le souffle patriotique d’un pays meurtri en rendant hommage à celui qui, en 1792, avait donné son hymne national à la France.
Rouget de Lisle, une vie tombée dans l’oubli
Né en 1760 à Lons-le-Saunier, dans le Jura, Claude Joseph Rouget de Lisle est formé au métier des armes et entre dans le génie militaire. Affecté à Strasbourg à la veille de la guerre contre l’Autriche, il fréquente les cercles patriotiques et artistiques. Le 25 avril 1792, à la demande du maire de Strasbourg, il compose alors un chant destiné à galvaniser les soldats français. Ce Chant de guerre pour l’armée du Rhin est repris à Marseille par les fédérés en route vers Paris et devient rapidement La Marseillaise. Son rythme martial, ses paroles enflammées, son appel aux armes en font le chant révolutionnaire par excellence.
Cependant, le destin de son auteur n’a rien de glorieux. Monarchiste constitutionnel, Rouget de Lisle proteste contre les outrages faits au roi. La République montagnarde l’emprisonne alors en représailles en 1793. Libéré après la chute de Robespierre, il erre sans ressources, tentant de survivre en publiant des recueils de poèmes et en composant quelques œuvres musicales. Sous l’Empire, il s’oppose également à Napoléon, déclarant : « Bonaparte, vous vous perdez, et ce qu’il y a de pire, vous perdez la France avec vous ! » Il finit par vivre grâce à de maigres pensions et tombe dans l’oubli général. Il meurt presque démuni et solitaire le 26 juin 1836 à Choisy-le-Roi, où il est humblement enterré.
La République, pourtant, n’a jamais complètement oublié La Marseillaise. Le chant devient hymne national sous la Révolution, est aboli par Napoléon, restauré en 1830, puis à nouveau écarté, avant d’être définitivement rétabli par la Troisième République en 1880.
À ce sujet — [HISTOIRE] Paul Deschanel : un fou à l’Élysée !
Le transfert de 1915
Au cœur de la Première Guerre mondiale, le gouvernement cherche alors à raviver les figures fondatrices de l’unité nationale pour galvaniser le peuple dans la lutte contre l’ennemi germanique. En 1915, alors que les tranchées de l’Aisne, de la Meuse ou de l’Artois sont ensanglantées, la mémoire de Rouget de Lisle est convoquée. L’idée de transférer ses cendres au Panthéon est envisagée, mais c’est finalement l’hôtel des Invalides qui est choisi.
Ainsi, le 14 juillet 1915, à neuf heures du matin, un cortège funèbre quitte l’Arc de Triomphe. Le cercueil, drapé aux couleurs tricolores, est porté sur un affût de canon, escorté par de nombreux soldats. Le président de la République, Raymond Poincaré, le président de la Chambre des députés, Paul Deschanel, les ministres et les parlementaires suivent en silence cette marche funèbre qui descend les Champs-Élysées vers les Invalides. Là, sous les voûtes de l’église Saint-Louis, une cérémonie solennelle rend hommage au poète-soldat.
Poincaré y prononce un discours célébrant les vertus patriotiques de cet homme, qui avait aidé à lutter contre les ennemis de la France plus d’un siècle avant leurs héritiers contemporains. La Marseillaise, chantée par la foule et les soldats, résonne comme un écho puissant entre passé révolutionnaire et guerre moderne. Rouget de Lisle est ensuite inhumé dans le caveau des gouverneurs.
Les Invalides, le Panthéon de nos armées
En rejoignant les Invalides, Rouget de Lisle est accueilli dans un lieu unique en France, à la fois hôpital militaire, musée, sanctuaire et nécropole. Si l’on connaît surtout le tombeau monumental de Napoléon Ier, placé au centre de l’église du Dôme sur ordre de Louis-Philippe, d’autres grandes figures de l’Histoire militaire française y sont inhumées.
Le maréchal Foch, vainqueur de 1918 et commandant suprême des forces alliées, repose ainsi face à l’Empereur. À ses côtés, le maréchal Lyautey, artisan du protectorat au Maroc, incarne la France coloniale. Plus récemment, le général Leclerc de Hauteclocque, héros de la 2e DB et de la libération de Paris, a également rejoint ce lieu d’exception. D’autres, comme Vauban et Turenne, les maréchaux du Grand Siècle, ont aussi trouvé là une sépulture à la mesure de leur renommée.
Cependant, ce qui distingue Rouget de Lisle de ses illustres voisins, c’est qu’il n’a ni conquis de territoires ni commandé d’armées. Sa vocation n’a pas été de verser le sang de l’ennemi mais de donner des mots à ceux qui le faisaient. En cela, son entrée aux Invalides traduit une reconnaissance élargie de la notion de service à la patrie : la musique, le verbe, l’inspiration participent à l’histoire d’une nation autant que les armes, par la simple puissance des mots.
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13 commentaires
Les Invalides, c’est bien l’endroit où va finir notre pauvre république agonisante, non?
La musique de la Marseillaise est inspirée du 25° Concerto pour piano de Mozart !
Lorsque Pierre Mauroy, Maire de Lille, fut le premier, premier ministre de Mitterrand, des rumeurs couraient que le stock de grands crus de l’Hôtel de Matignon avait baissé à un rythme sans précédent.
Ceci lui valu le surnom, peu enviable, de Rougeot de Lille… :)
Aux Invalides pour un plagiat de l’oratorio d’Esther, d’une affiche du club des jacobins et de poèmes de Boileau….mazette !
Intéressant
Faute de décisions pour remettre le pays sur les rails, on célèbre les symboles révolutionnaires ou on lance un débat sur le droit des minorités.
La Marseillaise est un chant de guerre: Aux armes citoyens! Formez vos bataillons, etc. Mais ces paroles chantées quand, par exemple, un athlète gagne un 100 mètre c’est déplacé et ridicule. Nous devrions nous inventer un autre hymne national.
Tout à fait mais il faudrait déjà retrouver la gloire de la France…
Cela s’appelle la mémoire et la culture … sauf pour ceux qui haissent la France
Non, pas du tout. C’est un chant sacré qu’il faut utiliser uniquement dans les grandes occasions nationales et pas n’importe où ou n’importe comment.
Oui , mais , si on va par là , tous les hymnes sont ridicules en pareil cas . que ce soit l’hymne américain qui évoque une bataille contre les anglais contre une citadelle où les soldats voyaient le drapeau américain flotter , ou alors le God Save the Queen des anglais , que Dieu protège la Reine .Qu’est ce que cela pourrait avoir affaire avec une médaille de sport . Pourquoi devrions nous être moins patriotes que les anglais ou américains ? Depuis Mitterrand lors du centenaire de 1789 , on a commencé à instiller le doute dans la tête du français lambda, avec le fameux couplet du sang qui abreuve les sillons auxquels les incultes ne comprenaient que pouic , notre prétention de population abreuvée, elle, de propagande , nous faisant oublier le contexte même dans lequel ce chant avait été composé.
En vérité ce sang c’était celui des patriotes qui n’avaient pas la pureté des nobles . Oui mais au moment où on s’apprêtait à faire pénétrer un nombre conséquent d’ immigrés sur notre territoire, le sang faisait tâche . De la part du détenteur de francisque cela n’a rien d’étonnant que celui ci ait tenté de modifier les paroles de notre hymne révolutionnaire , Pendant ce temps ,les algériens n’ont aucune intention de changer le leurs qui a été complétement composé contre d’une France pourtant créatrice de l’Algérie telle qu’elle est aujourd’hui . et les algériens continuent à affluer vers le pays . C’est cela que je trouve incongru !
« Le sang impur » se rapporte au Cid, récit de Rodrigue ( « Nous partîmes cinq cents/ Mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes deux mille en arrivant au port/ Tant à nous voir marcher avec un tel visage / Les plus épouvantés reprenaient de courage » » etc…) où les compagnons du Cid mêlent leur sang à celui de leurs ennemis.
Oui chant des fédérés marseillais venus à Paris pour aider les francs maçons à faire » leur révolution « .