[VIVE LA FRANCE] À Nîmes, la Feria des vendanges clôt la temporada française

Un concentré de traditions populaires, de fierté locale et de transmission dans la première ville taurine de France.
©Victoire Riquetti
©Victoire Riquetti

Les fêtes populaires seraient en perte de vitesse... Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas vrai à Nîmes ! Jeudi 18 septembre commençaient, à Nîmes, les Ferias des vendanges. Depuis 1978, tous les troisièmes week-ends de septembre, toute la ville vit au rythme des traditions taurines : des bandas résonnent dans tout le centre-ville, les grands boulevards sont piétonnisés, on y installe nombre de bodegas (des buvettes éphémères) et il n’est pas rare de croiser des autochtones en tenues traditionnelles. Les ferias sont de véritables fêtes populaires qui fédèrent la population de l’une des plus anciennes villes de France autour de leur héritage commun.

 

Moins connues que les Ferias de Pentecôte qui drainent leur cortège habituel de fêtards pas toujours très urbains, les Ferias des vendanges (puisqu’à la fin des vendanges dans les Costières de Nîmes) sont plus intimistes, plus familiales, plus locales, plus ancrées. Les Nîmois les apprécient d’autant plus. Dernier acte de la temporada (saison taurine) française, une semaine après la Feria du riz à Arles, le programme des Ferias des vendanges fait la part belle au folklore. Concours d’abrivados (en occitan « élan », « hâte » : lâcher de taureaux que des gardians, les cow-boys camarguais, doivent conduire jusqu’aux arènes), corridas, animation par des bandas, des peñas ou encore des spectacles équestres, les vendanges dans le cadre magnifique des Jardins de la Fontaine, des becerradas (course de taurillons pour apprentis toreros) et des novilladas dans les arènes (corrida entre novillos – jeunes toros- et novilleros - jeunes toreros n’ayant pas encore pris leur alternative) ou encore la messe folklorique, le dimanche, à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor. Vous l’aurez compris, les ferias apportent avec elles non seulement leurs traditions, leurs rites, leurs usages, mais aussi leur vocabulaire. Fête populaire et enracinée, la feria rassemble les aficionados autour de la culture taurine, de la musique, des danses, des chevaux et de la gastronomie.

Fierté locale et transmission culturelle

Difficile de séparer la feria de la corrida, et si, à Nîmes, elle n’y est apparue qu’au XIXe siècle sous l’influence de l’Espagne, la tauromachie n’est pas qu’un simple spectacle : c’est aussi un ciment de l’identité locale. Comme Arles et Béziers, la ville de Nîmes est née pendant l’Antiquité romaine et la corrida, arrivée en 1853, est une résurgence de l’héritage latin des jeux populaires dans les arènes. Pour l’UVTF (Union des villes taurines française), « elle est le symbole par excellence de l’élévation de l’homme primitif, de l’état de nature à l’état de culture, par le dépassement de son instinct de conservation, au travers d’une recherche éthique et esthétique [mais c’est aussi] la conservation d’une espèce dans son environnement, en respectant son identité et son bien-être, dans les limites de sa fonction : combattant redouté et admiré, le taureau est le révélateur de la valeur de l’homme qui l’affronte au risque de sa propre existence, pour lui offrir de manière éthique la seule fin digne de lui ».

Depuis son introduction à Nîmes, la corrida a toujours eu des détracteurs, certains réclament des férias sans corridas et ces détracteurs font d’une certaine façon, eux aussi, partie intégrante de l’identité locale. D’ailleurs, dès 1863, l’évêque Plantier critiquait ces spectacles : « Ces jeux ne sont attrayants que par le côté du péril et de la souffrance […] ce genre de satisfaction n’est pas chrétien. » Inscrite en 2011 au patrimoine culturel immatériel de la France, la corrida en a été radiée en 2016 : la corrida nîmoise est codifiée et implique la mise à mort du toro comme la corrida espagnole quand la course camarguaise, elle, lui laisse la vie sauve. Les traditions taurines ne laissent personne indifférent : aficionados (amateurs de corridas) comme détracteurs participent tous à la préservation de cette identité locale et minoritaire. D'ailleurs, l'influenceur Jeremstar, avec l'association de protection animale PETA, a profité de la corrida d'ouverture, ce vendredi 19 septembre, pour dénoncer « l'abjecte cruauté de cette pratique sanglante » en enjambant les barrières puis en courant sur la piste avec une pancarte « F*ck corrida », avant d'être sorti sous les huées de la foule et placé en garde à vue. Sur ses réseaux, il explique être « horrifié par la douleur que subissent les taureaux et [s]e réjoui[r] à chaque fois qu'un toréro se fait planter » : défendre les animaux, pourquoi pas, mais faut-il pour cela se réjouir de la souffrance de ses congénères ?

 

Cette corrida lyrique était particulière, car elle célébrait les 150 ans de l’opéra Carmen, de Bizet, une nouvelle façon d’ancrer la tradition locale dans une culture plus académique. Carmen, celle de Bizet comme celle de Mérimée, symbolise à elle seule tout cet univers de la tauromachie : passionnel, sauvage, combat entre l’amour et la mort, bravoure et célébration de la beauté - tout ce qui fait aussi Nîmes et la Camargue ! La novillada du lendemain matin, d'ailleurs, voyait toréer un jeune Nîmois, Victor Clauzel, dont la bravoure et la maîtrise ont été récompensées par une sortie en triomphe par la porte des consuls. Sa grand-mère, présente dans l'arène, poussa un soupir de soulagement et de fierté : « Ouf, c'est fini ! Jusqu'à la prochaine... »

 

La grand-mère de Victor félicite son petit-fils en lui lançant une rose

Ainsi, depuis le XIXe, la Rome française s’est imprégnée de cette culture qui façonne son identité et représente un moteur économique majeur pour Nîmes et son agglomération. Les ferias sont essentielles au rayonnement de la ville, qui capitalise aussi sur la protection de son patrimoine et de son identité si particulière. Les ferias vous proposent un concentré de traditions populaires, de fierté locale et de transmission culturelle, l'orgueil et l’identité de la première ville taurine de France.

Une Arlésienne au jardin de la Fontaine (©victoireriquetti)

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Honteux je n’ai pas de mot assez puissant pour cette barbarie imposé à un taureau qui n’a rien demandé
    Son calvaire débute bien avant son entrée dans l’arène déjà durant le transport sans compter les coups sans eau ni nourriture la coupe des cornes ( bout des cornes) et des sabots et j’en passe
    Se n’est pas un être humain dans l’arène il faut en avoir un grain pour aimer torturé un animal qu’elle qu’il soit
    C’est pathétique et les personnes qui paient pour voir sa ne valent pas mieux
    Au nom d’une tradition pfff quel honte

  2. Je déteste particulièrement la corrida.
    Je ne comprends pas le plaisir que l’on peut avoir à suivre la mise à mort d’un animal.
    C’est un être vivant à part entière.
    A l’instar de Schtroumpfette, je me reconnais totalement dans les très belles paroles de la chanson de Francis Cabrel « La Corrida ».
    Si un Torero se blesse, je ne le plaindrais pas, me disant que le Taureau et lui avaient une chance sur deux.

  3. A tous les détracteurs de la corrida, que je comprends, je voudrais dire ceci : personnellement, si j’aime la corrida, c’est avec une certaine modération parce que j’en trouve le rythme trop répétitif, de ving minutes en vingt minutes et pas toujours sublimes. Mais si je l’aime quand même, c’est parce qu’elle nous rattache, nous, les Méditerranéens, aux traditions antiques de notre latinité et du culte du taureau/toro qui fait depuis toujours partie de notre fond culturel méditerranéen. Mais aux détracteurs qui plaignent les toros qui sont mis à mort dans les arènes et dont on honore la bravoure et l’esprit combattant, je demande : combien de toros sont ainsi mis à mort chaque année ? en réalité bien peu. Et si l’on supprime la corrida, qui continuera l’élevage et l’entretien coûteux de l’espèce des toros de combat à fonds perdus ? Ce serait la ruine des éleveurs. L’espèce serait donc conduite à disparaitre. En regard de cela, si l’on n’aime pas la souffrance animale, combien d’animaux sont égorgés chaque année selon le rite islamique ? Combien de millions d’ovins égorgés pour les fêtes de l’Aïd qui se voient mourir dans le flot de leur sang et souvent en présence d’enfants que l’on éduque ainsi à l’égorgement ? Les détracteurs de la corrida sous prétexte du rejet de la souffrance animale seraient donc bien plus crédibles s’ils déploraient d’abord cette pratique-là sur des millions d’animaux massacrés chaque année sans gloire, avant de s’en prendre à la mort dans l’arène à quelques petites centaines de toros qui seront honorés pour leur bravoure face à la douleur et à la mort.

    • @Jhème, j’ai toujours dénoncé le mode abattage dit hallal, et ces fêtes d’égorgement du mouton, mais je ne supporte pas non plus ces corridas et même si peu de taureaux meurent à la fin, c’est encore de trop
      J’ai toujours en tête la magnifique chanson de F Cabrel, « la corrida »
      Je ne pensais pas qu’on puisse s’amuser au bord d’une tombe » , une des paroles de cette chanson

    • Prendre pour excuse les pratiques de la culture musulmane (qui n’est pas là nôtre) pour justifier cet autre acte barbare qu’est la corrida me semble totalement déplacé.

  4. Le folklore c’est beau, mais lequel d’entre nous, d’entre vous, apprécie de souffrir à en mourir? S’il on a bien une richesse comme humain, c’est bien le pouvoir de décider d’épargner la douleur d’autrui quand cela est possible(la douleur ressentie par un animal ou un homme est la même, nous sommes de la même espèce, des mammifères). Quelques soient vos arguments en faveur de ces tortures, prenez la place du Toro…ou taisez-vous.

    • J’espère que vous avez les mêmes réticences pour l’aïd ?
      Et que vous n’avez jamais voté pour ceux des gouvernements qui ont fait rentrer en nombre des gens qui apprennent à leur gosse à égorger des moutons pour les voir mourir dans leur sang ? Parce que c’est cela aussi la réalité de la France !

    • @Racer a raison et c’est un peu pénible de nous mettre dans les dents les fêtes de l’aid alors que le plus souvent, les anti corridas dénoncent aussi ces fêtes là et le mode d’abattage dit hallal
      Tout ça pour justifier que l’on martyrise des animaux qui ne demandent rien

  5. Ce site défend les identités de la France avec raison, mais désolé la corrida est une tradition qui vient d’Espagne et qui n’est pas fançaise. C’et une tradition qui a franchi les pyrénées. D’ailleurs les toreros qui viennent à Nîmes ou Bézier sont le plus souvent espagnols.

    • La Corrida française est née pas longtemps après les espagnols , à Nîmes , Arles ou Dax . L’arène de corrida la plus ancienne est celle de Ronda en Andalousie . En France de cela a débuté avec les courses de vachettes à Bayonne . Mais l’engouement populaire était le même en Espagne comme en France où des toreros espagnols venaient se produire comme il y a aujourd’hui des toreros sud américains qui vienne en Espagne

  6. J’ai assisté avec un grand plaisir à la corrida de vendredi, agrémentée de belle musique bien interprétée. L’une de ces musiques a dû plaire à l’influenceur en question : une Marseillaise chantée par un ténor et une soprano accompagnés par un excellent orchestre, mais aussi par 10000 personnes debout. 10000 « fachos » je suppose?
    Vive la feria et vive la corrida! Mais ne pourrait-on pas éviter les tonitruantes « musiques » type disco (ou techno ou psychédélique qui envahissent la rue un peu partout? Un contresens à mon avis. Ne salissons pas la beauté d’une telle fête.

    • Et les taureaux ils ont aimé la musique ?
      Et je ne suis pas de gauche je le précise mais je ne supporte pas qu’on torture des animaux , là c’est le cas

  7. Certes je suis à fond pour tout ce qui est notre culture, mais les férias j’ai du mal
    Je ne supporte pas qu’on fasse du mal à un animal qui n ‘a rien demandé

    • Stroumphette65 l’animal n’a rien demandé sauf qu’il est né combattant et pour s’en assurer il y a eu une sélection très précise et pendant plusieurs année, aucun Taureau n’est proposé au combat s’il n’en a pas les qualités et les caractéristiques – si dans un Coral on met des taureauxx et que parmis eux se trouve 2 combattants et bien ils s’entretuent et sans aucune intervention humaine – alors quand on veux parler d’un sujet il est toujours bon de bien le connaître.

      • Je vois que vous n’y connaissez rien vous non plus, il leurs mettent des chiffons ou autres corps étranger dans les naseaux pour qu’ils ne puissent pas respirer correctement et les épuiser plus vite. Pour moi ce n’est que de la barbarie. Aller sur Y Tube et écrivez Fadjen taureau de combat et cela vous ouvrira les yeux.

      • Je réitère, je désapprouve qu’on prenne ces bêtes pour satisfaire au plaisir humain
        Qu’on remette des gladiateurs ce serait équitable

      • @Merci à Christian, ce serait encore plus ignoble que je le pensais
        Alors qu’on mette un taureau qui n’a pas d’arme sinon son envie de vivre et de l’autre un type mais sans aucune arme et que ce soit équitable
        J’ai toujours dans la tête cette chanson de Cabrel , si vraie , « la corrida »

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Vider les églises de leurs trésors à cause des vols, c’est s’adapter à l’impunité
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois