[VIVE LA FRANCE] 400 ans de Madame de Sévigné, une marquise, une mère, un écrivain

Sans la maternité, Madame de Sévigné n'aurait pas été l'écrivain reconnu qu'elle est devenue.
@Wikimedia commons
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Le 4 février prochain, la Drôme lancera l’année Sévigné. La femme de lettres emblématique du Grand Siècle y sera dignement fêtée pour les 400 ans de sa naissance. Même si elle n’y est pas née, la Drôme a dans son cœur une place particulière puisque c’est là, à Grignan, que vécut sa chère fille, Françoise-Marguerite, à laquelle elle écrit les fameuses lettres qui feront sa renommée.

Mémoire du Grand Siècle

Née à Paris, place Royale devenue place des Vosges, le 5 février 1626, Marie de Rabutin-Chantal est la petite-fille de sainte Jeanne de Chantal et issue de la vieille noblesse de Bourgogne. Ce sont ses grands-parents maternels, les Coulanges, qui veillent à son éducation et surtout à son instruction, explique le musée Carnavalet. Veuve à 25 ans d’un noble Breton qui lui laisse deux enfants, Françoise-Marguerite et Charles, « Madame de Sévigné participe aux cercles lettrés les plus raffinés de la capitale, dont ceux de la marquise de Rambouillet et de Mademoiselle de Scudéry. Elle prend part à l’élaboration de la culture galante qui s’épanouit alors en art de vivre et influence la littérature et les arts », rapporte encore la page du musée qui lui est consacrée.

Il faut dire que la période est propice au développement des lettres et que les femmes ne sont pas en reste, contrairement à ce que veut faire croire la mythologie actuelle qui fait des femmes les éternelles victimes de l’Histoire. D’ailleurs, le site Le Salon des Précieuses, qui propose une critique du livre de Marie-Joëlle Guillaume Le Grand Siècle au féminin, publié en 2022 chez Perrin, résume assez bien l’émulation féminine propre à cette époque et « la force singulière de l'empreinte féminine sur la société du Grand Siècle » : en onze portraits de femmes, l’auteur du livre montre « la puissance civilisatrice et l'intensité d'âme et d'esprit de leurs modèles, qui n'ont rien à envier aux héroïnes du théâtre classique […] Ils font surtout apparaître que l'excellence de la civilisation française, de Louis XIII à Louis XIV, est directement liée aux femmes d’élite qui en furent les actrices. » Pleinement de son époque, la marquise de Sévigné reste pour autant extrêmement actuelle : son style raffiné et sarcastique quand il dépeint son époque l’est sans doute d’autant plus que la destinataire est sa fille chérie partie à Grignan pour suivre son mari.

Quand la maternité exalte le talent

On ne peut pas en douter, sans sa fille, Madame de Sévigné ne serait pas devenue ce qu’elle est et la postérité qu’elle doit à sa maternité va bien plus loin que sa descendance. « Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez », s’émeut la marquise, dans une de ses lettres. « Je me suis mise à vous écrire au bout de cette petite allée sombre que vous aimez, assise sur ce siège de mousse où je vous ai vue quelquefois couchée. Mais, mon Dieu, où ne vous ai-je point vue ici ? Et de quelle façon toutes ces pensées me traversent-elles le cœur ? Il n'y a point d'endroit, point de lieu, ni dans la maison, ni dans l'église, ni dans le pays, ni dans le jardin, où je ne vous aie vue. Il n'y en a point qui ne me fasse souvenir de quelque chose de quelque manière que ce soit. Et de quelque façon que ce soit aussi, cela me perce le cœur », raconte-t-elle encore à sa fille, dont elle pallie l'absence en lui écrivant le monde. Il y a là de quoi river le clou aux féministes contemporaines qui ne veulent voir dans la maternité qu’un asservissement de la femme : la maternité de la marquise de Sévigné décuple son talent et le fait passer à la postérité !

Une fierté nationale et régionale

Née à Paris le 5 février 1626, la marquise qui fête ses 400 ans est morte en avril 1696 au château de Grignan, chez sa fille dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Drôme provençale qu’elle a souvent visitée avant d’y vivre sa dernière année. France Bleu raconte que la marquise est « tomb[ée] sous le charme du paysage. "Ah Grignan, Grignan", répétait-elle avec affection. » Aussi, la Drôme compte bien lui rendre hommage et « célébrer son héritage […] à travers une programmation riche et vivante : expositions, spectacles, reconstitutions, gastronomie, ateliers d’écriture, visites et animations pour tous ». Une année Sévigné qui sera lancée dès jeudi prochain tandis qu’à Paris, le musée Carnavalet, où vécut la marquise, proposera une exposition du 15 avril au 23 août 2026.

Vos commentaires

9 commentaires

  1. la galenterie,l »atrait de la muse,l »inspiration du devoument,la spiritualitee d »une mere ou d »une femme la protection que l »on apporte a ca,bien sur la femme est l »avenir des hommes.
    le masculinisme est l »avenir des femmes.

  2. Voila des articles qui nous enrichissent et nous elevent ..A fouiller et suivre puisque nous entrons dans son annee .Nous mesurerons ainsi toutes les semaines la profondeur de notre decadence linguistique .

  3. Mme de Sévigné s’est taillée une immortalité dans l’épistole, ses lettres resteront un témoignage du siècle de Louis XIV, dont elle était proche au point de laisser choir son cousin Bussy-Rabutin, auteur de « l’Histoire amoureuse des Gaules ». Le pamphlet levait les secrets des parties fines du roi soleil dans un style délicieux…et vipérin, qui lui valut la proscription du roi et l’enfer du bannissement. Je préfère à la marquise la princesse Palatine, brute de décroffrage, dont la correspondance, des dizaines et dizaines de milliers lettres ont été pondues, certaines sur les dessous d’un Versailles de plaisirs hard, qui étaient tout sauf menus. Je me suis demandé si la marquise avait éprouvé une affection autre, plus vive, que pour celle qu’elle vouait à sa fille, Mme de Simiane, dont on se demande ce qu’elle lui trouvait. Passons. Restent les femmes et leurs salons. Un tour de notre culture qui se perpétura des siècles durant. Tout notre honneur de plume. La Bruyère leur reconnaît un don : « il n’appartient qu’à elles de faire lire dans un seul mot tout un sentiment. » L’époque pouvait vous envoyer en enfer ou au paradis, pour un mot, vous élever aux salons ou vous envoyer au piquet. N’oublions pas que le sonnet d’Oronte qu’ Alceste trouva bon à mettre au cabinet, lui valut un procès, qu’il perdit !

  4. Bien que cela paraisse incongru à la lie intellectuelle de la société, il est tout simplement impossible que les femmes n’ai pas toujours tenu leur place dans notre civilisation, soit pour reprendre l’expression consacrée « 50% du ciel ». Impossible, quelle que soit l’époque ou la classe sociale. Sauf à considérer que la maternité qui a longtemps imposé ses règles au quotidien, ne soit considérée comme une calamité, ce que postule au demeurant l’obscurantisme ci-dessus mentionné. Certes la maternité à laquelle on doit ce que nous sommes, si j’ose dire, et singulièrement la possibilité même de notre civilisation, limitait d’autres formes d’expression, et d’autres créations, artistiques et littéraires notamment. Réservées aux classes aisées, elle n’en témoignèrent pas moins de tout temps, d’une vision féminine propre.
    Evidemment, de nos jours, il suffit d’être béotien pour le nier: «  je n’en sait rien, je ne connais pas, donc ça n’existe pas » pourraient prétendre Delogu ou Sandrine Rousseau.
    La bêtise et l’ignorance, fléaux de notre époque n’aveuglent que ceux qui ont interêt à l’être. Il nous reste à tourner la page….

  5. Les femmes n’ont jamais « été en reste » en Occident, et particulièrement en France jusqu’au 19ème siècle. «Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées » disait Elisabeth Vigée-Lebrun, qui régnait elle-même dans le monde des arts de son époque. Blanche de Castille, Anne de France, Anne de Bretagne, Catherine de Médicis, Anne d’Autriche et les innombrables ‘dames du temps jadis’ qui régnaient en fait sur leurs domaines ou commerces (telle la Cornélia de la Kermesse héroïque) en font foi. La « libération féminine » n’est pas une question de lois, mais de caractère.

    • Vous avez raison. Au Moyen-âge, des femmes ayant choisi le couvent ( par foi ou pour échapper à un mariage non désiré ?) ont laissé des œuvres importantes, des traités de médecine, d’herboristerie, et autres.

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