Vitraux de Notre-Dame : le « passage en douce » du ministère de la Culture

Après la réunion de la CNPA, le ministère a tenté un enfumage - dénoncé comme tel par les défenseurs du patrimoine.
Paris Notre-Dame mars 2025 (2)

Depuis le 12 juin, la communication gouvernementale présente le remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc à Notre-Dame de Paris comme décidé. À en croire l’AFP et Le Figaro, repris par de nombreux médias, la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) aurait même donné un « avis positif » et son « feu vert » au projet : six vitraux du XIXe siècle seraient déposés pour laisser place à un cycle contemporain signé Claire Tabouret. Mais un détail de taille semble avoir échappé à la version officielle : cet « avis positif », impossible d’en retrouver la trace, puisqu’il n’existe tout simplement pas.

Une validation introuvable

Le relevé de conclusions publié à l’issue de la réunion du 12 juin par le président de la CNPA ne mentionne pas d’aval formel au projet. En réalité, la commission s’est contentée de « prendre acte » d’une décision déjà engagée par le ministère de la Culture. Si elle a fait part de préconisations concernant la conservation et la restauration des vitraux « afin de garantir la réversibilité de l’intervention », ainsi que leur présentation au public « dans le respect de leur intégrité », il s’agit là en réalité de garde-fous. Pas d’un quitus.

Capture d'écran

En juillet 2024, la CNPA s’était unanimement opposée au projet. Les vitraux de Viollet-le-Duc, épargnés par l’incendie et parfaitement conservés, étaient jugés inestimables d'un point de vue patrimonial, et l’équipe d’experts dénonçait une décision sans justification. Ces déclarations constituaient un désaveu cinglant du projet soutenu par Emmanuel Macron et l’archevêque de Paris, Monseigneur Ulrich, qui souhaitaient laisser une trace contemporaine dans la cathédrale gothique la plus ancienne de France.

L’art de l’ambiguïté

Sur X, Rachida Dati se félicite ainsi : « La CNPA a émis à l’unanimité le vœu de : la restauration des vitraux de Viollet-le-Duc dès qu’ils seront déposés ; leur exposition dans un lieu dédié. J’y veillerai. » Pas un mot, en revanche, sur le rappel — noir sur blanc — de l’avis défavorable de 2024. Ni sur l’absence d’aval clair au projet Tabouret. Un tweet que l’eurodéputée Laurence Trochu (groupe Identité et Libertés) juge « pernicieux » puisqu’il vise à faire croire à un consensus là où il n’y en a pas.

Auprès de Boulevard Voltaire, le ministère de la Culture a tenté de « clarifier la situation » en précisant que la CNPA avait « pris acte de la volonté de poursuivre le projet de remplacement de six vitraux conçus par Viollet-le-Duc ». Un aveu, en réalité : cette formulation confirme que la commission n’a pas donné son aval, mais s’est contentée d’enregistrer une décision déjà prise.

Une violation de l’esprit de la charte de Venise

Si l’avis de la CNPA n’est que consultatif et que rien n’oblige le ministre de la Culture à le suivre, pour les défenseurs du patrimoine, cette méthode relève d’un « passage en force ». Car remplacer les vitraux de Viollet-le-Duc, c’est rompre avec l’esprit même de restauration qui guide la charte de Venise, censée protéger l’authenticité des monuments historiques. « Leur stratégie reposait sur le passage en douce », dénonce Laurence Trochu. « Il faut réagir vite pour ne pas laisser les Français devant le fait accompli. »

Une pétition en ligne, portée par plusieurs associations de défense du patrimoine, continue de rassembler des signatures. Sur le plan politique, la vigilance reste de mise, affirme Laurence Trochu. À Notre-Dame, ce n’est pas seulement une question esthétique. C’est l’avenir du patrimoine restauré avec fidélité, puis modifié selon le bon vouloir des élites, qui est en jeu.

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Moi, le style et les couleurs des vitraux de Notre-Dame, je m’en fous. Cela fait partie de ces débats qui nous cachent tout le reste. Je préfèrerais un grand débat sur la dangerosité d’un système de gouvernement sous lequel 65 millions de Français n’arrivent pas à se débarrasser d’un malfaisant qui sape le pays en toute impunité, sur la pertinence d’une forme de gouvernement dans lequel le malfaisant en question nous précipite dans une guerre qui n’est pas la nôtre et ne peut pas être gagnée, ou dans lequel on n’arrive plus à retrouver la trace de dizaines de milliards d’euros, ni la trace des coupables qui sont probablement des fonctionnaires de Bercy qui ne peuvent évidemment pas être poursuivis … Mais il est vrai que d’avoir des architectes et des experts de la restoration du patrimoine qui soient court-circuités par ce zéro qui a tout raté ajoute encore un zeste de comique à notre situation …

  2. Le vitraux de Viollet le Duc ont été restauré lors des travaux de Notre Dame, n’en déplaise à Madame DatI. Alors c’est NON pour les remplacer.

  3. Macron aimerait laisser la trace de son passage à l’Elysee, qu’il se rassure. Nous garderons les marques de ses quinquennats dans notre société, notre économie, nos relations internationales, dans nos villes, dans nos prisons.

  4. La décadence est « en marche » et attaque dans tous les domaines ! …
    La putréfaction macronienne a des métastases dans absolument tous les domaines de la splendeur de la FRANCE ! …

  5. Les vitraux non détériorés doivent être remis en place : la question de leur remplacement n’aurait même pas dû être posée.

  6. Il y a des vitraux demeuraient blancs. Pourquoi ne pas commencer par remplacer ceux ci???

  7. Des vitraux médiocres par une artiste médiocre , n’en déplaise à certains , d’autant que les vitraux de Viollet-le-Duc n’étaient pas abimés par l’incendie
    Ce mensonge, une manière de nous mettre devant le fait accompli ?

  8. Scandaleux , que tous les généreux donateurs exigent le remboursement de leur don . Il est inadmissible qu’un ministre qui se dit de la culture et qui n’en a pas décide seul contre l’avis de tous . Notre Dame doit être respecté et reconstruite avec ces objets d’origine nouis refusons qu’elle soit défiguré sur le seul caprice d’un ……..

  9. Le petit président se fout de toutes nos pétitions. La 5 eme république a été conçue pour que le peuple élise quelqu’un d’honnête et aimant son pays en lui conférant de très grands pouvoirs. Le peuple s’est trompé, à répétition, faut assumer. Et pas recommencer.

  10. C’est pas le ministère de la culture qui avait refusé le pass culture pour le puy du fou (le plus grand spectacle historique de la France)? Maintenant c’est rétabli mais ça en dit long sur le niveau de culture au ministère de la culture et sur leur intérêt pour l’histoire! Ne vous fiez pas aux apparences, ils veulent tous nous annihiler dans les institutions en mettant leurs enfants dans le privé pour ne pas qu’ils se mélangent!

    • Quand on voit ce que fait ce « ministère », et qui qui doit nous couter cher, autant le supprimer !!! Quand on voit leurs décisions et leur implication, autant s’en passer

Commentaires fermés.

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