Venezuela : le RN et Reconquête marquent leurs différences

Violation de la souveraineté ou légitime défense ?
@Wikicommons
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Après l’attaque américaine du Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro, les réactions politiques à droite oscillent entre satisfecit et dénonciation de la méthode américaine.

Le stupéfiant tour de force de Donald Trump crée un tsunami politique contraignant tous les partis à se positionner immédiatement sur cet événement géopolitique majeur. Les larmes de crocodile de La France insoumise qui pleure son Che Guevara vénézuélien ne surprennent pas. La droite, elle, ne regrette pas Maduro. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, fustige un régime qui « a plongé le Venezuela dans la ruine, la misère et l'exode, en favorisant un narcotrafic dévastateur » et appelle au soutien du peuple vénézuélien afin « que ce dernier décide librement de son avenir ». L’ancien ministre de l’Intérieur émet néanmoins une réserve : il ne désire pas « d’ingérence unilatérale qui ouvrirait la porte à un nouveau chaos ».

Le RN dénonce fermement Washington

Le Rassemblement national est, pour sa part, très ferme et parfaitement explicite dans sa condamnation de la méthode américaine. Marine Le Pen prend bien soin de condamner le régime de Nicolás Maduro : « Communiste, oligarchique et autoritaire, il faisait peser sur son peuple, depuis de trop longues années, une chape de plomb qui a plongé des millions de Vénézuéliens dans la misère. » « Des millions de Vénézuéliens ont souffert de cette dictature sanguinaire et sans pitié, qui a privé de droits politiques l’opposition et entretenu le pays dans une interminable crise économique », réagit Jordan Bardella. Mais les dirigeants du RN insistent nettement sur les conséquences de la méthode américaine. « Il existe une raison fondamentale pour s'opposer au changement de régime que les États-Unis viennent de provoquer au Venezuela, écrit Marine Le Pen. La souveraineté des États n'est jamais négociable […]. Elle est inviolable et sacrée. » La députée du Pas-de-Calais ajoute : « Renoncer à ce principe aujourd'hui pour le Venezuela, pour n'importe quel État, reviendrait à accepter demain notre propre servitude. » « Pour autant, le respect du droit international et de la souveraineté des États ne peut être à géométrie variable, souligne le président du RN. Le renversement extérieur d’un gouvernement par la force ne saurait constituer une réponse acceptable, ne faisant qu’aggraver l’instabilité géopolitique de notre temps. »

Reconquête soutient les États-Unis

Des réactions trop tièdes, au goût de certains internautes, sur X : ils voient dans cet argumentaire à deux temps une « ennuyeuse obsession de respectabilité » et un « désir d’être admis dans les cercles policés et fréquentables du pouvoir ». La réaction des leaders de Reconquête contraste, en effet, avec la position du parti à la flamme. « Il ne sert à rien de sauter sur sa chaise comme un cabri en criant "souveraineté". Le devoir d'un homme d'État est de faire de son pays le pays fort pour ne pas être l'attaqué. » Éric Zemmour voit dans l’immigration et la drogue des « guerres qui nous sont menées sans déclaration ». « Ce n'est pas parce que nous refusons la guerre que les autres ne nous la font pas », écrit-il.

Sarah Knafo, elle aussi, ne cache pas sa satisfaction. « J’ai entendu le mot "ingérence". Quand un narcodictateur viole votre souveraineté en utilisant des armes de guerre que sont le trafic de drogue et l’invasion migratoire, ça n’est pas de l’ingérence de répondre, ça s’appelle de la légitime défense », explique la vice-présidente de Reconquête. Tout en prenant soin de citer Pompée - « Arrêtez de citer vos lois à des hommes armés d’épées ! » -, elle ajoute : « Je préfère un réalisme qui sert la liberté et défend nos intérêts qu’un légalisme qui protège les bourreaux qui nous menacent. »

« Piétiner la souveraineté des nations, non »

En rappelant le droit international, le RN fait-il preuve de mansuétude vis-à-vis du régime communiste vénézuélien de Maduro ? Face à ces accusations, les responsables du RN insistent sur l’équilibre de la position de leur parti. « Jean-Luc Mélenchon soutient, admire et regrette la dictature sanguinaire de Nicolás Maduro. Pas nous. Mais nous souhaitons le respect de la souveraineté de chaque nation et ne pouvons que regretter le non-respect du droit international », explique, sur LCI, le député Laurent Jacobelli. « Soutenir les peuples contre les dictatures, oui. Piétiner la souveraineté des nations, non », résume, quant à lui, le vice-président de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu. Sur X, l’eurodéputé Philippe Olivier, proche conseiller de Marine Le Pen, définit la position de son parti face à ses détracteurs à droite : C'est « la position traditionnelle de la France en faveur de la souveraineté, la seule position qui permette à la France de jouir de la confiance d’innombrables pays du monde, notamment d’Afrique. » Marion Maréchal, pour sa part, s’interroge et veut prendre du recul : « Étant donné que nous avons renoncé depuis trop longtemps à exploiter le potentiel géopolitique de nos territoires d’outre-mer, posons-nous cette question simple : qu’est-ce qui nous permettrait de défendre plus efficacement nos intérêts dans cette région du monde ? […] Essayer de composer avec les États-Unis pour réaffirmer la place occidentale dans la région et faire en sorte que cette influence ne soit pas seulement américaine, mais aussi française ? »

Le RN assume sa prise de distance avec la politique américaine quand Reconquête affiche un soutien indéfectible aux décisions du président Trump face aux hypocrisies de la gauche. Nuances...

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

207 commentaires

  1. il ne faut pas oublier que si les Américains n’était pas venu à notre libération en 39 ,45 nous serions Allemands vraiment certains on la mémoire courte c’est vrai que certains n’étaient pas nés mais ils n’ont rien appris de notre histoire je ne l’ai pas oublié et c’est pour cela que je veux sortir de cette europe dirigée par l’allemagne .

  2. Peu de gens, journalistes parlent du peuple vénézuélien qui souffre dans sa chair de la situation? Entre les morts, les exilés, les disparus cela se compte par millions et certains politiques comme JLM ne parle que de CHAVEZ et libérer MADURO. Pensons à toutes ces femmes et ces hommes .

  3. Marrant comme il est facile de gruger le peuple : Trump n’a fait que prêter la main à un coup d’état pour mettre à l’écart un pion qui gêne l’opposition vénézuélienne ce qui lui permet de se positionner dans le jeu du partage d’influence avec ses copains Russe et Chinois qui ont beaucoup d’intérêts dans le pays, et qui jouent le jeux, mollement, de la rodomontade. La suite c’est l’Iran : le monde se restructure dans un décor monté par 3 metteurs en scène conformément à leur scénario.

  4. Mais en fin, le Droit International se conduit comme la Justice française qui va condamner un citoyen ayant massacré un violeur de femme dans la rue! On peut tergiverser à outrance sur la méthode employée à l’égard de Nicolás MADURO, mais pour l’instant, c’est la seule qui marche, pendant que les autres regardent!

  5. Le « en même temps » Lepeno-bardelien. Surtout ne pas se mouiller. Sur beaucoup de sujets, c’est comme ça. Un naufrage.

  6. Réponse à ACADIE
    Vous reprenez l’argument fallacieux de Knafo affirmant que le « narcodictateur » Maduro utilise « l’arme de guerre de l’invasion migratoire » pour nuire aux intérêts des USA, ce qui justifie « la légitime défense » de Trump face au président vénézuélien. La réalité est l’exact contraire de ce que prétend la vice-présidente de Reconquête. Il ressort en effet de tous les rapports du Haut commissariat aux Réfugiés des Nations unies que Nicolas Maduro n’est pas l’organisateur du départ d’environ 7,9 millions de Vénézuéliens dont près de 6,8 millions en Amérique latine, près de 900.000 aux Etats-Unis et beaucoup moins en Europe. Non, ces Vénézuéliens ont volontairement quitté leur pays soit parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec la politique de Maduro, soit pour rechercher meilleure fortune à l’étranger. Ce qui est certain, c’est que Maduro ne les a pas forcés à partir avec la volonté de provoquer une invasion migratoire sur le continent américain.
    C’est si vrai que lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU d’hier 5 janvier, le représentant américain Mike Walz a justifié l’intervention US au Venezuela par le « narcoterrorisme », mais à aucun moment par l’invasion migratoire comme arme de guerre de Maduro. Il n’en a pas été question une seule seconde. En fait, comme à leur habitude, Zemmour et Knafo surfent et en rajoutent sur l’immigration (et donc la question identitaire) qui est le fonds de commerce de leur minuscule partie Reconquête.

    • Commentaire d’un bon gauchiste. Vous devriez demandé au vénézuélien ce qu’ils en pensent car eux ils sont TRES heureux et remercie Mr Trump vous ne devez regarder que Antenne 2 de la delphine ernotte bien gauchiste

      • Réponse d’un zemmouriste vexé que je démontre que Knafo justifie l’intervention militaire de Trump en inventant de toutes pièces que Maduro utilise « l’arme de guerre de l’invasion migratoire » contre les Etats-Unis, ce qui est faux. Quant à savoir si Maduro est un dictateur ou non, cette question ne regarde que les Vénézuéliens et c’est à eux seuls de décider du destin de leur pays et s’il y a lieu de renverser le régime chaviste. Enfin concernant Zemmour, il peut critiquer le RN par dépit, lui-même ne sera jamais président.

    • Si je comprends bien vous êtes prêt à héberger des migrants clandestins chez vous, et de servir de nourrice à des trafiquants de drogue. Je comprends que dans ce cas Zemmour et Knafo vous dérangent profondément.

      • Sachez que chez moi, c’est privé, pas un centre d’accueil d’immigrés en open bar. Secundo, notez que selon le service antidrogue de l’ONU le Venezuela ne produit pas de cocaïne et n’est pas la plaque tournante du trafic centré sur l’axe Colombie-Mexique. Enfin concernant Zemmour et Knafo, leur parti Reconquête surmédiatisé mais marginal ne représente et ne pèse rien dans la politique française (zéro député, zéro sénateur, 2 % aux législatives 2024, et 1 seule eurodéputée sur 720, Knafo). Pas de quoi empêcher de dormir.

    • @RIRI.06. A tout le moins, le narco-dictateur mafieux et usurpateur Maduro avait établi une autoroute de la drogue vers les USA notamment. D.Trump défend son pays, et d’autres au passage.

      • Ce que vous affirmez est tout simplement faux. Vous ne faites que réciter le narratif accusatoire propagé sans preuves par Washington, les mainstream aux USA et ailleurs et les politiques comme Zemmour-Knafo à la botte de Trump.

      • Vous semblez avoir reçu la révélation divine, posséder la science infuse ainsi qu’un « melon » à faire pâlir le roi des jardiniers.

  7. Le monde, impuissant devant le fait accompli américain, prend simplement acte de ce qui vient de se passer. Un peu de couinerie à l’ONU. L’erreur souvent commise est d’hésiter ou s’arrêter au milieu du gué. Car, voyons ce qui se passe actuellement: Mme Delcy Rodriguez et son frère (un pur hasard, bien sûr) « maduristes » purs et durs » viennent d’être nommés à la tête de l’état, exécutif et Chambre. Ce sont donc les mêmes qui continuent et ils feront de grandes difficultés pour céder toute parcelle de pouvoir. En l’état, les Vénézuéliens ne verront aucune différence à leur profit. Il FAUT donc que Trump continue son engagement et que le contrôle US se fasse. « On n’a jamais fondé que par le sabre » disait Napoléon. Il faut fonder un nouveau Venezuela. S’arrêter maintenant sera une catastrophe pour Trump.

    • Ah, c’est au chapitre VII du Petit Manuel du Dictateur pour les Nuls que vous avez trouvé que pour parfaire sa violation du droit international, Trump doit continuer d’agresser et d’imposer illégalement sa violence au Venezuela, pays souverain ?

  8. « Mais nous souhaitons le respect de la souveraineté de chaque nation ». Même quand la souveraineté de la France est obligeamment livrée à la Commission de VDL? On peut toujours condamner ce qui a été fait à Caracas, sans jamais s’être opposé aux mêmes manigances à Bruxelles.

  9. Aucun inconvénient à ce que quelques narco-chefs d’Etat soient réveillés nuitamment par une bande de joyeux des forces spéciales. Et si pour lutter contre la pédo-criminalité mondiale on allait aussi réveiller dans leur lit tous les anciens potes d’Epstein ???

  10. De plus en plus de voix, en France s’élèvent pour dire que le droit international _ comme l’ Etat de droit _ se retourne contre certains Etats _ ou personnes, dont le France. L’ONU passe de 55 pays membres fondateurs à 193 en 2025. Pays tenus se se mettre d’accord malgré des intérêts sérieusement divergents.

  11. Cela s’avérait indispensable pour couper la tête de l’hydre mafieuse qui sévit partout dans le monde et qui semble jouir parfois de tiède complicité. Mais de là à imposer et prendre la gestion du pays c’est inadmissible. Le peuple vénézuélien doit reprend la main de son destin. Trump lui a apporté un coup de main, son administration peut conseiller et doit s’assurer que les dérives mafieuses institutionnalisées par Maduro ne reviennent plus Elle ne peut pas prendre seule la direction politique du pays.. Evidemment le R.N comme la gauche ne savent pas se positionner C’est un manque d’opportunisme politique, une incompétence lâche.

  12. Entre le RN et Reconquête, Marion Maréchal ajoute une hauteur de vue géopolitique particulièrement pertinente.

  13. oui Nicolas Maduro mérite ce qui lui arrive et oui le RN a raison de se mettre à distance des USA même s’il faut se cacher derrière le droit international qui n’est que le droit du plus fort contre le plus faible Qu’auriez-vous voulu qu’elle dise :  » Mr Trump ce n’est pas bien d’agir ainsi même contre un dictateur « … Puérile !
    Quant à valider sans nuance avec une Trump idolâtrie à l’instar de Reconquête nous laisse entrevoir leur soumission sans bornes au Dieu Amerique

    • Bien dit. Le petit parti de droite Reconquête , allié des LR, montre là sa vassalité aux USA. On ne veut pas devenir un petit  » état » américain!

    • Quel anti américanisme primaire§ Pour Trump c’est MAGA. Ce qu’il faut pour la France c’est MFGA. Qui pourrait être le Trump français ?

  14. Qu’une partie de la cocaïne de la Cordillère des Andes transite par le Venezuela ne fait aucun doute, mais cela concerne aussi bien Trinité et Tobago, le Guyana, le Suriname, la Guyane française et le Brésil. Le trafic depuis ces zones atlantiques via la mer des Caraïbes représente moins de 20 %, 80 % de la drogue passant par le corridor Pacifique (source Nations Unies). L’ONU précise que la cocaïne est produite en Colombie (67%), au Pérou (25%) et en Bolivie (8%), pas au Venezuela. L’affirmation d’un « énorme trafic portant sur des milliers de tonnes » organisé par Nicolas Maduro pour inonder les USA (Trump) ne tient pas la route, la vraie plaque tournante étant le Mexique depuis principalement la Colombie. Qu’on pense en bien ou mal de Maduro, l’accusation de narcoterrorisme est juste un prétexte, un alibi pour l’éliminer et s’emparer du pétrole vénézuélien.

  15. Bruno Retailleau évoque ici la nécessité de soutenir le peuple vénézuélien.
    Rappelons donc à tous qu’éviter que ce peuple soit dépouillé de la principale réserve mondiale de pétrole dont il est est le légitime détenteur serait aussi un moyen excellent et juste de lui venir en aide !

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