Un rire qui serait aujourd’hui interdit : tout savoir sur Les Inconnus…
Que ceux qui veulent tout savoir sur ce fameux trio ne cherchent plus : avec sa Bible des Inconnus (L’Archipel), Simon Bernard vient de signer l’ouvrage définitif sur le sujet. Si les trois mousquetaires étaient en fait quatre, les trois Inconnus, eux, commencèrent à cinq. Les deux de chute ? Seymour Brussel, devenu ostéopathe, et Smaïn, humoriste parti voler de ses propres ailes, avant que les trois autres ne connaissent le triomphe qu’on sait.
Si la décennie 80 fut celle du règne sans partage de la bande du Splendid, le millésime 90 est, sans conteste, celui des Inconnus. Histoire de mieux les connaître, ce récapitulatif. Didier Bourdon est un enfant de pied-noir arrivé en France en 1962. Pascal Légitimus est né d’un père issu de la bourgeoisie antillaise et d’une mère arménienne. Bernard Campan est simple Tourangeau (il en faut). Trois fortes individualités dont le mélange se révèle vite détonant. Jeunes, ils sont globalement bons à rien mais prêts à tout et préfèrent, de loin, les estrades du café-théâtre à celles des écoles.
Les débuts chez Philippe Bouvard
Celui qui les lance n’est autre que l’indéboulonnable Philippe Bouvard, dans son Petit Théâtre d’Antenne 2, comme on disait alors, là où ils croisent nombre de talents en devenir, dont les amuseurs Jean-François Derec et Chantal Ladesou. Un Bouvard qu’ils finissent par quitter, car désireux de prendre de la hauteur et de la liberté. D’où leurs années de galère à arpenter salles de province et boîtes de nuit, où ils se produisent souvent devant des assistances, au mieux distraites, au pire fortement alcoolisées. Peu leur importe : ils font leurs classes, développant un sens aigu de l’observation tout en apprenant l’art de captiver un public pas forcément acquis d’avance. Bref, l’élémentaire école d’un rude métier consistant à faire rire quand on n’a pas forcément la tête à ça. Ils tâtent aussi de la musique, étant tout trois plus ou moins guitaristes (Légitimus et Bourdon) ou bassiste (Campan) ; d’où un 45-tours, Magic Tango, publié sans grand succès en 1985.
Paul Lederman, l’homme derrière leur succès
Un an plus tard, ils font la connaissance de Paul Lederman, l’impresario qui a lancé, entre autres, Claude François, Coluche, Michel Polnareff et Thierry Le Luron. L’homme est réputé être rude en affaires et avoir un sens très particulier du partage des droits d’auteur. Mais tout ce que touche ce roi Midas du show-biz se transforme tôt en or et en star. Bref, Les Inconnus sont nés et l’aventure est lancée. Le temps des audiences réduites appartient désormais au passé. Ils font salle comble. Michel Drucker les invite à se produire en direct à Champs-Élysées, tandis qu’Europe 1 leur propose une émission régulière. En 1990, une bonne fée se penche sur leur berceau, Marie-France Brière, l’un des pontes d’Antenne 2 qui leur propose de faire leur Télé des Inconnus. Laquelle rassemble jusqu’à dix millions de téléspectateurs.
Avec Isabelle a les yeux bleus, parodie des groupes new wave de l’époque, leur nom est sur toutes les lèvres, tandis qu’un groupe tel qu’Indochine mettra des années à s’en remettre. En effet, leur pastiche est aussi bon (en tout cas, pas plus mauvais) que l’original. Idem pour des groupes de rock alternatif tels que Noir Désir ou Bérurier noir, parodiés avec C’est toi que je t’aime, signé d’une Negra Bouch'Beat plus vraie que nature. Eux aussi n’ont pas dû apprécier la blague.
Tout cela dure jusqu’en 1993, avec des sketchs entrés depuis dans la mémoire collective, dont l’inoubliable Télémagouilles.
En revanche, le passage au cinéma leur réussit moins bien. Avec Le téléphone sonne toujours deux fois (1985), de Jean-Pierre Vergne, le galop d’essai n’avait pas été couronné de succès. Les Trois Frères (1995), lui, rencontre son public mais signe la séparation définitive avec un Paul Lederman décidément bien trop gourmand. Une rupture de contrat qui leur interdit, ensuite, de se produire à trois sous le nom des Inconnus, propriété de leur manager. Dès lors, les trois compères font carrière, chacun de leur côté, multipliant les rôles au cinéma avec des bonheurs divers.
Certains prétendaient qu’ils faisaient le jeu du FN
Régulièrement, il est question de reformation, au moins ponctuelle, du trio. Mais leur gloire appartient définitivement au passé. Et ce dernier n’est pas mince. Car ils n’avaient pas leur pareil pour pointer les travers de leurs contemporains, à rebours des conventions d’alors. Et là, tout y passe : les professeurs toujours en grève, les politiciens véreux, les publicitaires cocaïnés, les rappeurs mous du cerveau, les cinéphiles pompeux, les policiers fainéants, les inspecteurs du fisc vétilleux, les artistes conceptuels, les chanteurs conscientisés, les journalistes sportifs pas toujours futés, les antiracistes professionnels, les chasseurs avinés, les sectes. Et, encore, doit-on en oublier.
À l’époque, certains prétendaient que leur humour dévastateur faisait le jeu du Front national, ce qui est probablement très exagéré. Il est néanmoins vrai que leurs sketchs étaient alors plus que populaires, au sein du peuple lepéniste. Leurs blagues seraient-elles encore possibles, aujourd’hui ? Il est à craindre que non, avec un procès potentiel toutes les trois répliques. Comme si les travers qu’ils dénonçaient au siècle dernier étaient aujourd’hui devenus la norme. En ce sens, Les Inconnus furent au moins aussi visionnaires qu’un Philippe Muray. Qu’ils en soient à jamais remerciés.
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69 commentaires
Hadrien Lemur s’inscrit toujours dans une démarche complotiste pour remettre en cause le chiffre officiel de 116000 morts du COVID en France (chiffres de l’INSEE).
Il nous dira que le COVID était un vilain rhume.
Quel manque de respect pour toutes ces personnes qui nous ont quittés à cet époque.
Une époque où la France produisait encore de vrais humoristes.
Vu les images en noir du commentaire, l’auto-censure est passe par la.
Ne parvenant pas à ouvrir les videos de ce remarquable article (suis à l’étranger), pardon pour l’éventuel doublon. Il y a tout juste 20 ans Didier Bourdon a enregistrè un petit chef-d’oeuvre de sa création : « On peut plus rien dire ». Facile à trouver. Un régal encore d’une actualité criante.
Etant né en 1967, je suis définitivement convaincu que la liberté d’expression ne s’est jamais aussi bien portée qu’au cours des années 90. Les années 80 l’ont vu s’amplifier, se libérant de la bien pensance catho d’avant. Les années 2000 ont commencé à la voir régresser avec la montée en puissance d’un tissus associatif gauchiste de plus en plus politisé et agressif. Les années 90 furent un havre. L’extrême gauche était en PLS depuis la chute du mur de Berlin et de l’URSS. Le marxisme semblait dissout pour toujours et, comme on a cru à la fin de l’Histoire, on a cru à la fin de la censure. Et puis le marxisme est devenu fou, s’est refait une santé et est revenu avec toutes ses idées les plus folles, perverses et paranoïaques : le néo féminisme, l’écologisme, le racialisme, le wokisme, toutes mouvances qui peinent à masquer leur appartenance communes à l’extrême gauche la plus intolérante. Douglas Murray le démontre brillamment dans son chef d’œuvre : « Abattre l’Occident ».
Pourtant, il n’en tient qu’à nous de faire vivre les Inconnus, Coluche et Déproges, et j’arrive toujours à faire rire mes étudiants de 22 ans avec cela. Alors pourquoi s’en priver ? Pourquoi s’autocensurer ? Je suis sûr que SOS racisme ne pourra pas l’emporter face à un tribunal si je cite religieusement Coluche, Déproges ou les Inconnus. Car ce serait alors reconnaître que la liberté d’expression a régressé depuis 30 ans.
Rappelons qu’avant d’être dévoyé par l’extrême droite, le concept de wokisme trouve son origine dans un discours du pasteur Martin Luther King qui, en juin 1965, à l’université d’Oberlin dans l’Ohio, a exhorté les étudiants à rester éveillés, ‘remaining awake’ en anglais, face aux discriminations et aux injustices. L’expression ‘remaining awake’ en argot, se transforma en ‘to be woke’.
Dévoyé par l’extrême gauche !
Vous l’habillez à votre manière. Martin Luther King serait totalement désemparé de voir ce qu’est l’idéologie woke d’aujourd’hui !
@Yaya, désinformer et déformer, il ne sait faire que ça quand la réalité ne lui convient pas
Il pourrait bosser sans problème sur les chaines publiques il a le bon profil
Autrefois,autrefois…
Les temps étaient durs après la guerre , nous ne travaillions pas 35h…nous survivions comme nous pouvions…
Nous riions d’un rien, des blagues du genre « j’en ai marre, marabout , bout de ficelle… »
Et , j’ai honte , nous écoutions les péripéties de la famille Duraton !
Vous imaginez ?
Et personne ne descendait dans la rue , personne ne protestait…C’était une période sans conteste du plus pur faschisme bien sûr pour certains lecteurs actuels…
Les chansonniers s’en donnaient à cœur joie , n’épargnant personne et pas avec le dos de la cuillère !
C’etait après la guerre, nous nous sentions libres!!!Libres !
Et nous avons laissé filer cette liberté…Il y a de quoi pleurer.
se poser la question :est-ce que leurs blagues passeraient aujourd’hui ? c’est y répondre…..non ça ne passerait pas…
ça dit donc tout de notre perte de liberté d’expression…jusqu’au massacre de charlie hebdo…. et jusqu’à la perte de notre liberté (tout court) lors de la crise du COVID….
C’est vrai qu’il valait mieux mourir du COVID plutôt que de se soustraire à quelques libertés.
Rappelons que ce que certains appelaient un petit rhume a fait 116000 morts dans notre Pays.
Complotisme, quand tu nous tiens …
Il faudrait un jour que vous consentiez a citer vos sources, vous alignez des chiffres sans apporter la moindre preuve.
Je n’ose imaginer quels sketchs aurait réalisés aujourd’hui le visionnaire Coluche sur les mouvements extrémistes qui émergent dans nos sociétés.
Connaissant son rapport à l’humain, cela aurait sans doute été particulièrement sarcastique.
J’espère que vous vous rendez compte que vous ne cessez de rabâcher,ressasser,ergoter les mêmes phrases!
Donc que vous radotez et que vos propos inlassablement et surtout bêtement réitérés peuvent lasser les esprits les tolérants?!
Faites une pause cher Monsieur.Cet article évoque les bienfaits de l’humour,celui de répétion m’a toujours rendu indifférent.
Quel que soit le sujet, il est toujours capable de débusquer le complotiste, le populiste ou, bien entendu, son gibier préféré « l’extrême droite ». J’avoue que c’est avec un plaisir coupable que je recherche ses commentaires dans BV. C’est toujours sans surprise Mais systématiquement acerbe. Quel talent !
Voila le résultat du laisser faire, au lieu d’envoyer promener ces Wokismes chez plumo
Vidéos désopilantes… le wokisme est passé par là et on n’a plus droit à ces parties de rigolade.
Bah oui hélas autre époque , je regrette celle d’avant…..
Visiblement, cela dérange BV de rappeler que l’humoriste antisémite Dieudonné était un ami de Jean-Marie Le Pen.
Ils me faisaient bien rire mais comme Coluche et d’autres talentueux, ils ne pourraient plus faire ce qu’ils faisaient naguère
Comme quoi on voit bien que la liberté d’expression a bien régressé !!!
J’adorais le clip sur les frères qui rapetout….sur le matraquage fiscal que nous subissons
Merci de nous faire commencer cette semaine avec tant d’humour! Ça fait du bien!…