Un cimetière militaire profané dans le Pas-de-Calais

Des plaques commémoratives ont été volées le 23 janvier : le maire dénonce un "acte mercantile" et une "profanation".
@Wikimedia commons
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Dans le Pas-de-Calais, le cimetière militaire allemand de Saint-Laurent-Blangy, vaste nécropole de la Première Guerre mondiale, qui abrite les restes de près de 32.000 soldats morts dans les combats autour d’Arras, a été le théâtre d’un acte de profanation particulièrement choquant, ce vendredi 23 janvier.

Un acte mercantile et une profanation

Les autorités ont constaté que plusieurs plaques commémoratives en cuivre, portant les noms de soldats allemands, avaient été volées dans le cimetière. Selon les premiers éléments de l’enquête, une vingtaine de plaques ont été méthodiquement tronçonnées avant de disparaître, laissant derrière elles des supports arrachés et une profonde indignation. Une enquête a été ouverte et confiée au commissariat de police d’Arras afin d’identifier les auteurs et de déterminer les motivations exactes de cet acte de vandalisme.

Pour le maire (DVG) de Saint-Laurent-Blangy, Nicolas Desfachelle, la motivation de ce vol ne fait aucun doute. « C’est un acte mercantile, un vol pour revendre le laiton ou le bronze sur lequel étaient inscrits les noms de soldats, et donc c’est aussi une profanation », a-t-il déclaré auprès de France 3 Hauts-de-France.

Une hypothèse partagée par Bastien Ledieu, responsable de l’entretien de près de 70 cimetières allemands entre Compiègne et Dunkerque. Il rappelle ainsi que, lorsque ces plaques ont été installées en 1983, leur valeur s’élevait à 450 000 Deutsche Mark, soit environ 150.000 euros de préjudice aujourd’hui. « Pour réaliser ces plaques, il faut des moules spécifiques, puis inscrire les noms un par un », explique-t-il aussi, soulignant la complexité et le caractère irremplaçable de ces pièces historiques. Il ajoute que les récentes dégradations ayant eu lieu à Saint-Laurent-Blangy ne sont pas une première : « On s’est déjà fait voler des portails en bronze, mais là, avec les noms gravés, c’est encore plus grave. On va avoir beaucoup de mal à refaire ces plaques. » Il conclut, amer, que ce pillage n’aura finalement servi qu’à transformer ces plaques chargées d’histoire en quelque 10.000 euros de simple ferraille.

De son côté, le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch a réagi fermement, sur le réseau social X. Il a indiqué avoir « pris connaissance, avec la plus grande gravité, des dégradations commises sur des plaques commémoratives d’un cimetière allemand situé sur la commune de Saint-Laurent-Blangy », dénonçant des actes « inacceptables ». Il a précisé que la surveillance du site avait été renforcée en lien avec la mairie, le ministère des Anciens Combattants et le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (la commission allemande d’entretien des sépultures) afin d’éviter toute récidive.

Un lieu de mémoire historique

Le cimetière militaire allemand de Saint-Laurent-Blangy fut aménagé par les autorités françaises entre 1921 et 1922 afin de regrouper en un même lieu les dépouilles de soldats du Kaiser Guillaume II, initialement inhumés dans des sépultures provisoires disséminées autour d’Arras, après les combats acharnés de la Première Guerre mondiale.

Ce site rassemble aujourd’hui les dépouilles de 31.939 soldats allemands, dont 7.069 reposent dans des tombes individuelles et 24.870 dans une vaste fosse commune. Parmi eux, 11.587 n’ont jamais pu être identifiés. À partir de 1926, le Volksbund a obtenu l’autorisation des autorités françaises pour planter arbres et haies afin d’embellir le site, lieu de repos éternel pour des milliers de jeunes hommes venus d’outre-Rhin. En 1972, les anciennes croix de bois, parfois usées par le temps, furent remplacées par des croix métalliques portant les noms des soldats identifiés. Des plaques métalliques furent également apposées à proximité des fosses communes afin de préserver la mémoire des morts.

Civilisation et barbarie

L’importance de ce lieu de silence et de recueillement, destiné à honorer des hommes tombés au champ d’honneur, même s’ils furent autrefois des ennemis, n’aura pas suffi à dissuader les profanateurs. Faut-il encore s’étonner que, dans une société où le respect de la vie est de plus en plus menacé, celui des morts et de la mémoire des armées vacille à son tour, face aux bas instincts de quelques voyous sans foi ni loi ? Ces dernières années, plusieurs cimetières ont été pris pour cibles, comme en 2024 en Dordogne. Les sépultures de certaines personnalités ont également fait l’objet de dégradations, à l’image de celles de Robert Badinter ou de Jean-Marie Le Pen. Bruno Retailleau avait déclaré, à cette occasion, que « le respect des morts est ce qui distingue la civilisation de la barbarie ». Force est de constater qu’avec cette nouvelle profanation, les barbares continuent à agir, en France.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

24 commentaires

  1. Quand on ne respecte pas ses morts (je parle aux politiques), c’est comme si ils crachaient sur leurs ancêtres! Quand les politiques respectent si peu leurs anciens (marie Antoinette JO, déboulonner les rois ou laisser faire, déboulonner les croix et les Marie…) comment peuvent ils respecter le peuple?

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