[TRIBUNE] Rave-party : danser sur les cendres

Quand la fête se fait sur les cendres, c’est que nous ne savons plus distinguer la vie de la mort, le respect du mépris.
@ Idriss Bigou-Gilles / AFP
@ Idriss Bigou-Gilles / AFP

Ils sont venus par milliers, comme des insectes attirés par la lumière, s’installer au milieu des terres calcinées de l’Aude. Des hectares de forêts et de vignes partis en fumée, des collines noires comme des plaies ouvertes, nécrosées, et sur ce théâtre de désolation, les enceintes crachent leur vacarme. On danse dans les cendres. On boit, on se drogue et on rit sur le cadavre encore fumant d’un paysage meurtri. (L’incendie d’août a ravagé près de 16.000 hectares dans l’Aude, détruisant 36 habitations et causant la mort d’une personne.) Le drame n’est pas seulement dans l’image : il est dans l’impunité. Car l’État, en ces temps modernes, se dresse comme une statue de sel.

On ne peut pas dire que la loi soit absente. Bien au contraire : notre arsenal juridique est abondant et précis. Il punit la violation de domicile et l’intrusion sur une propriété privée. Il impose aux organisateurs de raves de plus de 500 personnes de se déclarer en préfecture un mois à l’avance sous peine de sanctions pénales. Depuis 2023, il sanctionne même d’une contravention de 135 euros le simple fait de pénétrer sans autorisation dans une propriété rurale ou forestière. La question n’est donc pas l’absence de règles, c’est leur application.

Car pour faire respecter la loi, encore faut-il en avoir la volonté et les moyens. Sur ce terrain brûlé de l’Aude, nous n’avons vu ni l’Office français de la biodiversité (OFB), pourtant compétent pour verbaliser les intrusions et constater les atteintes à l’environnement, ni une action résolue des pouvoirs publics pour mettre fin au désordre. Il y avait bien des gendarmes et des CRS, casqués et équipés, mais leur rôle semblait incertain : étaient-ils là pour sanctionner les teufeurs ou pour dissuader les propriétaires et les agriculteurs de défendre eux-mêmes leurs terres ? La scène avait des airs de paradoxe : la force publique, censée protéger les victimes, semblait se dresser en rempart… mais pas du bon côté.

Le monde à l'envers

Pendant quatre jours, l’État a regardé la fête s’installer et prospérer. Quatre jours de désordre, de dégradations, d’atteintes à la propriété privée et à l’environnement. Ce n’est pas la loi qui manque mais l’autorité pour la faire vivre. C’est un peu comme si la République avait confié les clés de la maison commune à ceux qui veulent la dévaster, tout en gardant ses serrures pour des citoyens respectueux des règles.

C’est le monde à l’envers : on protège les squatteurs, on suspecte les victimes. On applaudit la transgression, on méprise la propriété. L’herbe n’a pas eu le temps de repousser que, déjà, l’insolence se plante sur le sol nu, comme une provocation à la mémoire de ce qui fut. Nos valeurs se retournent sur elles-mêmes, comme un vêtement trop usé qui ne sait plus quel est l’endroit et quel est l’envers.

On nous répète que c’est un problème d’éducation. Non : c’est une question de civilisation. Quel peuple sommes-nous, qui tolère qu’on saccage les champs d’autrui, qu’on profane des terres blessées, qu’on tourne en dérision la peine des habitants et celle des paysans ? Quel État est-ce là, qui protège davantage ceux qui violent que ceux qui sont violés ? Quelle République, sinon une République fatiguée, résignée, bureaucratique, qui regarde les flammes puis les fêtards, sans plus trouver la force de dire « non » ?

Il n’y a pas de civilisation sans limites, pas de liberté sans règles, pas de droit sans devoirs. Lorsque tout devient permis, tout finit par être détruit. Aujourd’hui les forêts, les vignes, les champs ; demain, les villages. Ce n’est pas seulement une rave-party dans l’Aude : c’est un avertissement lancé au pays. Quand la fête se fait sur les cendres, c’est que nous ne savons plus distinguer la vie de la mort, le respect du mépris, la liberté de l’anarchie. C’est une nouvelle barbarie.

La question est là, brûlante comme la braise sous les pas des danseurs : que reste-t-il de nous ?

Picture of Yves d'Amécourt
Yves d'Amécourt
Chef d’entreprise, ingénieur de l’Ecole des Mines d’Alès, ancien élu local de Gironde 2004-2021 (conseiller général, maire, président d’EPCI, conseiller régional).

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Rien d’étonnant à votre constat
    Les squatteurs ont des droits supérieurs à ceux des propriétaires, la culture de mort dénoncée par JP 2 n’a cessé de progresser dans les esprits, alors vous pensez bien que la terre brûlée…

  2. Et l’armée , elle pourrait se servir de cette situation pour s’entrainer avant d’aller attaquer les Russes !! Cela ferait une bonne « répette » !! Simplement détruire la SONO et tout s’arrête !!

  3. Danser ? non se tortiller impunément là ou les gens sont anéantis par cet épouvantable sinistre. J’ai plus de mot, plutôt envie de cogner ces crétins. Dans quel monde avons nous sombrer sournoisement avec Macron.

  4. Notre civilisation millénaire s’est délitée en 60 ans, partie en poussière. Et on ne recolle pas la poussière …

  5. Mais François Hollande, président de la république, avait fait « danser » les jeunes sur les tombes des soldats morts à Verdun en 1914- 1918 pour les commémoration de 2018, faut-il donc maintenant s’étonner de cette désinvolture de la jeunesse et de leur manque de respect?

  6. « l’autorité pour la faire vivre » ! C’est qui « l’autorité » ? Eh bien le ministre de l’intérieur, celui qui depuis des mois gesticule, mais n’agit pas, plus préoccupé de l’avenir de son minable parti et de son avenir personnel.
    Retailleau démontre par son inaction son incapacité à devenir présidentiable.
    Les citoyens demandent des actes et le retour à la tranquilité républicaine.

    • Ne critiquez pas RETAILLEAU , il fait ce qu’ il peut c’ est pas facile avec ce gouvernement qui l empêche systématiquement de modifier ou changer , ou faire des réformes et je peux vous dire que dans le milieu policier (bien placé) il est très apprécié ! IMAGINEZ demain un gouvernement LFI -PS là vous verriez la différence….. , j ‘ espère JAMAIS les voir gouverner la France, on les a vu à l œuvre avec un hollande ,un jospin & Mitterrand .

  7. C’est un fait, on ne défend plus la propriété, on ne défend plus les victimes. Que ce soit pour des squats ou, ici, des raves-parties, on organise la sécurité des illégaux au détriment des propriétaires. Et si les CRS, Gendarmerie sont bien présents, on encadre pour éviter, soi-disant, tout drame. Pensez-vous qu’avec 135€ d’amende cela suffit pour les arrêter (encore faut-il qu’ils soient solvables) ? Il n’y a plus d’autorité et l’anarchie s’installe sur le territoire. On sait où a mené l’achat de la paix sociale dans les quartiers et ce, par lâcheté. Ça continue également dans le monde rural et ça ne fera que s’accroitre.

  8. une question me taraude l’esprit , comment font ils pour se contacter pour définir une date et un lieu pour se réunir , en sachant que ces « contacts » sont internationaux, que fait le « renseignement  » ? Poutine doit bien rigoler quand il voit ça !Les autorités ne sont pas capable de savoir , et on veut faire la leçon en Ukraine contre l’envahisseur !! Macron : au lieu de regarder ce qui se passe au loin, regarde ce qui se passe à tes pieds !

  9. Énorme colère. Pensées vers la population qui a subi ces vandales démentiels. Honte, mépris envers la Préfecture , les Communautés de Commune, le Département, les Ministres de l’intérieur, l’Agriculture, la Justice, la Gendarmerie : Incapables. Inaudibles. Molassons. Complices ! Des solutions simples, radicales, énergiques auraient pu être mises en place. Incompréhensible situation.

  10. une teufeuse interrogée, était parait-il une agricultrice, pourquoi ne fait-elle pas les fêtes chez elle, elle préfère détruire les biens des autres, les habitants ont eu raison de se révolter et de « rentrer dedans » à ces drogués qui sautillent sur place et yeux révulsés, comme des crapauds morts d’amour, quelle déchéance.

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