[TRIBUNE] Le Liban crucifié, la France muette

Un cèdre millénaire est en feu, et nous regardons ailleurs.
Photo de Jo Kassis: https://www.pexels.com
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Depuis des semaines, le Liban agonise. Plus de 1.300 morts, 3.000 blessés, un million de déplacés, un habitant sur cinq chassé de sa terre, jeté sur les routes avec interdiction de revenir. Les villages du sud sont rasés méthodiquement par les bombes et blindés israéliens. Les ponts du Litani, fleuve séparant une partie du Sud-Liban du reste du pays, ont sauté. Le pays du Cèdre est coupé en deux, saigné, étranglé.

Nous avons vu les « frappes chirurgicales » de Tsahal, qui ont permis l'élimination de Hassan Nasrallah et du tyran Khamenei. La mort de ces deux chefs terroristes ne nous fera pas verser une larme, sauf celles nous rappelant que ces frappes ont enfin été une réponse à l’attentat du Drakkar, ce 23 octobre 1983 où 58 de nos parachutistes périrent dans les décombres de Beyrouth.

Mais nous voyons aussi les « bombardements massifs », les témoignages affluent : frappes aveugles sur les habitations, les hôtels, les églises. Le Sud-Liban est transformé en « zone de sécurité », c'est-à-dire en désert.

Une stratégie limpide : l'annexion qui ne dit pas son nom

La stratégie israélienne est d'une clarté aveuglante. Vider le sud de ses habitants. Raser les villages. Interdire tout retour. Installer une zone tampon de 30 à 35 kilomètres jusqu'au Litani.

On nous parle de « neutraliser le Hezbollah ». Fort bien. Mais que fait-on des chiites qui n'ont d'autre tort que d'habiter là ? On les pousse vers les zones sunnites et chrétiennes sans aucun espoir de retour chez eux, bouleversant des équilibres communautaires vieux d'un siècle. Le Liban est le seul État du Proche-Orient où cohabitent chiites, sunnites et chrétiens dans une architecture constitutionnelle tripartite d'une fragilité horlogère. Tsahal largue des tracts sur les quartiers chrétiens et sunnites, appelant les Libanais à « se rallier » contre le Hezbollah. En somme, diviser pour mieux régner.

Quant au risque d'annexion, qui ose encore le nier ? Quand on rase, qu'on interdit le retour et qu'on installe des « zones tampons », le mot qui convient est occupation. Avec, au bout du chemin, le précédent du Golan.

Et la France, dans tout cela ?

Muette. Absente. Humiliée.

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont nous fournissons le plus gros contingent, est encerclée par l'armée israélienne. Son quartier général est cerné. Le général Paul Sanzey, chasseur alpin, chef d'état-major de la Force de l'ONU, a été mis en joue par des soldats israéliens. Un char Merkava a tiré en direction d'un véhicule français alors même que l'itinéraire avait été communiqué à Tsahal. Trois Casques bleus indonésiens ont été tués. Notre diplomatie parle pudiquement d'un « grave accident ».

Jusqu'où ira Israël dans ses ambitions ardentes et conquérantes ? Et jusqu'où ira la France dans sa soumission silencieuse ?

Je le dis avec la gravité que commande l'heure : le Liban n'est pas un pays comme les autres. C'est notre filleul d'Orient. Nous avons promis de le protéger.

Les chrétiens d'Orient, maronites, melkites, grecs-catholiques, ont versé leur sang pour la France en 14-18. Ils parlent notre langue, chérissent notre culture, prient dans nos églises.

Nos amis chrétiens d’Orient sont éprouvés. Chassés, sommés de choisir leur camp. Et devant ce spectacle, la France se tait, paralysée par une étrange peur de déplaire à Washington et à Tel Aviv.

L'aide humanitaire nous honore, certes. Mais l'honneur d'une nation ne se mesure pas en tonnes de vivres larguées depuis des avions. L'honneur commande de protéger ceux qui nous appellent au secours.

Le père Pierre El Raï est mort le 9 mars 2026 en courant vers les blessés. Le pape a prié pour que « son sang versé soit une semence de paix pour le Liban bien-aimé ».

Ce sang crie vers le Ciel. Il crie aussi vers Paris.

Le Liban meurt, et nous comptons les morts comme on compte les moutons. Nos diplomates bafouillent, nos ministres tweetent, nos généraux sont tenus en joue. Et le cèdre millénaire brûle, seul, dans l'indifférence du monde.

Il est temps que la France se souvienne qu'elle a une voix singulière et qu'elle s'en serve pour faire taire le cri du sang.

Picture of Véronique Besse
Véronique Besse
Député de la Vendée (non inscrit)

Vos commentaires

84 commentaires

  1. le Liban ami de la France considéré comme la Suisse quand les Chretiens etaient majoritaires mais il etait prevu que les Musulmans avec leurs natalités galopantes y seraient bientôt majoritaires ,on voit le resultat comme ce sera bientôt la France et autres pays d’Europe et la France hélas n’a pas le cran d’Israël

  2. Le drame du Liban a commencé dès les années 70 avec l’arrivée de très nombreux Palestiniens chassés de leurs terres par Israel qui n’a jamais tenu compte de la résolution 248 de l’ONU, comme il se fiche d’ailleurs de toutes les résolutions le concernant. Le Liban est un pays sacrifié, La France n’a plus aucune crédibilité dans cette région, et Israël il montre au monde entier son vrai visage s’étonnant qu’on le critique

    • Les Palestiniens ont quitté Israël de leur propre chef et non chassés par Israël. Ils sont allés se faire massacrer en Jordanie puis se sont imposés au malheureux petit Liban . Ceux qui sont restés en Israël ne s’en plaignent pas.

  3. Si la France n’avait pas lâchement abandonné le Liban face au Hezbollah iranien et à l’OLP , celui-ci serait toujours la Suisse du Moyen-Orient . Aujourd’hui dégoûté par la France , il demande de l’aide aux Etats-Unis pour ses négociations d’après conflit !

  4.  » Nous avons promis de le protéger. » C’est très bien dit, mais très mal fait. La dernière fois que je suis allé au Liban, son tiers sud était interdit aux étrangers pour cause d’occupation armée par le Hezbollah. La France complice.

  5. Votre indignation est louable, Madame la Députée.
    Mais faut-il vous rappeler que la chienlit permanente qui sévit au Liban – et qui a fondé le mot générique « libanisation » – date de très longtemps. Dans ce vide multi- CULTUEL, l’iran des mollah a eu tout loisir d’installer ses milices depuis 40 ans. Qu’a fait la France, naguère « tutrice » du Liban? Rien!
    Et le hezballah continue à attenter à la survie d’Israël.
    Pour n’évoquer que les bombardements Israéliens de mercredi 8 avril il convient de rappeler ce qu’ont dit certains milieux israéliens « bien informés ».
    Le pouvoir des religieux en voie d’extinction ayant passé la main aux militaires des « gardiens de la révolution islamique » en Iran, le hezballah avait décidé de faire de même au Liban, et de prendre le pouvoir en se débarrassant du gouvernement -inefficace- actuel.
    Pour ce faire, ils avaient préparé des dizaines de « structures d’accueil » pour cette « mosaïque » régional de répression. Et ils voulaient profiter de la trêve pour agir partout au Liban.
    Ce sont ces dizaines de bâtiments en région, on a parlé de 50, qui ont été bombardés en 10 minutes mercredi.
    Leurs occupants de la milice pro-iranienne ont été éliminés, ce qui explique la majorité de 200 responsables du hezb’ sur les 360 morts annoncés.
    Il y a tout lieu de se féliciter de cette initiative Israélienne, non?

    • Un peu de calcul et on voit que 160 personnes ont été sacrifiées pour 200 « responsables du hezb ». Et vous trouvez que c’est un beau ratio ? Combien de victimes dites « collatérales » à Gaza, en Iran et aujourd’hui au Liban ?

  6. Israël a depuis longtemps épuisé le capital de sympathie (au sens premier du mot) qu’elle avait acquis à la sortie du second conflit mondial. « Frappes chirurgicales » ? Étrange conception de la chirurgie sans anesthésie de surcroît.

  7. Les massacres qu Liban sud sont inacceptables même s’ils sont une réponse au Hezbollah. Parmi les 300 morts, combien de terroristes mais aussi combien de femmes et d’enfants ? Et parmi le millier de blessés ? Je ne comprend pas ce qu’est l’antisémitisme ni d’où il vient mais la politique actuelle de l’état d’Israël ne va surement pas arranger les points de vue.

      • à ejalladeau (votre message du 12 avril 2026 10 heures 32) : puissiez-vous être entendu de la rédaction de BV. Il est urgent de ne pas se comporter comme « un âne qui refuse d’avancer » (j’utilise vos propres termes, j’espère à bon escient). Oui, urgent, car parler comme le font les journalistes de BV, surtout s’ils sont de la rédaction, des « exploits » de l’armée israélienne ou de l’armée américaine en cette nouvelle guerre du Proche et Moyen Orient qui fait souffrir tant de peuples depuis de trop longues années et encenser sans réserver cette volonté aveugle de punir jusqu’à éradiquer des terroristes sans même penser à la souffrance de ces peuples, sans même respecter le minimum de ce dont ces peuples ont à coeur (les Lieux Saints par exemple) tient de l’inconscience et de l’irresponsabilité (et je suis modéré en écrivant cela).

  8. Pourquoi restons-nous muets face à ces massacres et pourquoi nous regardons ailleurs ? Parce que nous avons peu de prononcer les mots « Israéliens », « Israël », « juifs », « sionistes », « colonisateurs », comme nous avons peur également de prononcer les mots « Arabes », « musulmans », « islam ».
    Les sionistes font une publicité énorme pour se présenter comme les remparts de l’Europe contre l’islam et la barbarie, mais, tout en pratiquant une série sans fin d’actes barbares et ignobles, ils réalisent en fait leur rêve du « Grand Israël » qui inclut la Palestine et le Liban. Ils colonisent tout ce qu’ils convoitent, sans états d’âme et la Bible à la main en guise de cadastre et d’autorité supérieure. Tout en affirmant : « Nous ne croyons pas en Yahvé, mais il nous a donné cette terre ».
    Vous avez raison et êtes courageuse de vous exprimer ainsi, mais vous allez être taxée d’antisémitisme ! Ce sera à tort, totalement faux, mais les lois sont ainsi utilisées contre nous par des gens sans scrupules qui ne voient que leurs intérêts particuliers.

      • Ne mettons pas M. Mélenchon « dans le coup », car non seulement le Liban ne l’intéresse pas, surtout s’il y a des chrétiens qu’il hait par principe, mais également parce qu’ il instrumentaliste comme tous ses « apprentis » qu’il a formatés à LFI « la cause palestinienne » de façon détestable allant jusqu’à cautionner l’antisémitisme et le terrorisme sous prétexte de la défendre.
        Et puis il ne faut pas oublier les exactions de l’armée israélienne dans la Palestine occupée, voire dans les pays voisins et ces exactions ne datent pas de la guerre sans nom relancée à Gaza en 2024 ; elles ont même commencé en 1956 lors de « l’affaire de Suez ».
        Tout est une question de nuances, de dosage des causes et des reproches, de proportionnalité des mesures à prendre : nous sommes dans l’Orient compliqué. Le général de Gaulle voulait « s’en occuper » avec des idées simples ; les Israéliens avec l’appui des Etats-Uniens ou plutôt l’inverse comme on vient de le voir pour l’Iran, les dirigeants de Hamas (peut-être pas tous : un article de journaliste serait le bienvenu pour en parler), les uns comme les autres, n’ont même pas d’idées simples : ils attisent la guerre contre les peuples du Proche-Orient et risquent de les faire disparaître, alors que ces peuples, multimillénaires, ont beaucoup à nous apprendre en humanité, nous Occidentaux pas toujours très malins sur le plan culturel et religieux.

  9. Le drame du Liban est d’avoir accueilli des réfugiés palestiniens sur son sol, lesquels on montés avec l’aide puissante de l’Iran, une armée largement supérieure à l’armée nationale libanaise, le Hezbollah (le parti de Dieu). Et ce groupement, très actif, dicte sa loi au peuple libanais, attirant de surcroît sur eux l’ire d’Israël, agressé sans cesse par cette milice qui rêve d’éradiquer ce pays « du Jourdain à la mer » Débarrasser le Liban de cette engeance est comme une opération chirurgicale, avec un sérieux choc post opératoire, mais c’est une délivrance, c’est pour un mieux ! Il faut soutenir les forces israéliennes et américaines et acceuillir les chrétiens d’Orient le temps du conflit !

    • À vous lire, on se demande si vous ètes allé au Liban, à la rencontre des « vrais gens », des Orientaux, tels que les méprisent ces dirigeants Israéliens « sûrs d’eux et dominateurs », voire pire comme le général Sharon il y a 40 ans .La conclusion de votre propos n’est pas simplement consternante mais j’ai le regret de le dire, honteuse en pensant à ces Libanais que vous semblez ne pas connaître.

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