[TRIBUNE] Grand-messe mondiale à Séville : l’aide au développement ne développe rien

L’aide internationale doit désormais être alignée sur nos intérêts stratégiques.
António Guterres, secrétaire général de l'ONU (capture d'écran YT)
António Guterres, secrétaire général de l'ONU (capture d'écran YT)

Une grand-messe mondiale de l'ONU sur « le financement du développement » s'est tenue, récemment, à Séville. La suppression récente de l’USAID aux États-Unis a marqué un tournant dans la remise en question de l’aide au développement. En France, Sarah Knafo a réussi à imposer ce débat à l’agenda politique, soulignant les absurdités d’une aide parfois versée à des régimes hostiles aux intérêts français, comme l’Algérie, ou à une puissance comme la Chine, deuxième économie mondiale. Mais c’est le principe même de l’aide au développement qu’il convient d’interroger.

L’aide n’a jamais développé de pays

Aucun pays n’a accédé au statut de puissance économique ou de membre de l’OCDE grâce à l’aide internationale. Ni la Corée du Sud, ni la Chine, ni le Vietnam – souvent cités comme exemples – ne doivent leur essor à l’aide extérieure. Ces pays ont surtout mis en place des stratégies internes rigoureuses : réforme agraire, industrialisation, ouverture aux marchés mondiaux, soutien au secteur privé.

À la fin des années 1950, Haïti et la Corée du Sud avaient un niveau de développement comparable. Aujourd’hui, l’un est un État failli, l’autre une puissance technologique. L’aide massive reçue par Haïti n’a pas empêché son effondrement. Inversement, c’est lorsque la Corée a vu les aides américaines diminuer qu’elle a lancé de véritables réformes.

Un effet d’éviction du secteur privé

L’aide crée une distorsion majeure dans les économies locales en attirant les meilleurs talents vers des emplois dans les ONG ou les institutions internationales, souvent mieux rémunérés que dans le secteur privé local. Les élites aspirent non pas à créer des entreprises mais à intégrer les cercles feutrés de l’aide internationale. Ce phénomène d’éviction, rarement analysé, est central dans le blocage du développement.

Des politiques sans évaluation sérieuse

Un autre problème majeur de l’aide est l’absence d’évaluation rigoureuse et indépendante. Une armée de consultants produit des rapports, mais ces documents sont rarement critiques – la reconduction du mandat de l’« expert » en dépend. Malgré plus de quarante ans de « coopération internationale », certains pays (Congo, Madagascar, Somalie…) n’ont enregistré aucun progrès notable dans le niveau de vie moyen, qui a même souvent régressé. L’assistance internationale se juge à ses intentions, non à ses résultats.

Des élites locales exonérées d’effort fiscal

Au cours des vingt dernières années, l’Afrique a connu une croissance économique soutenue, avec un taux moyen d’environ 4 % par an. Cette dynamique a entraîné l’émergence de classes moyennes et aisées, souvent grâce à la valorisation du foncier et à la spéculation immobilière.

Mais cette prospérité ne s’est pas accompagnée d’une responsabilisation fiscale. Dans de nombreux pays, l’impôt sur le revenu et l’impôt foncier sont quasi inexistants. Ces classes moyennes et supérieures, dont le niveau de vie est souvent supérieur à celui de la classe moyenne européenne, ne contribuent pratiquement pas au financement de l’État.
On aboutit ainsi à une situation absurde où les contribuables européens, fortement imposés, financent des programmes d’aide dans des pays où les classes aisées y participent peu.

Une bureaucratie internationale irresponsable

Au fil des décennies, l’aide est devenue une bureaucratie internationale protégée de toute remise en question. Des dizaines de milliers de fonctionnaires, d’« experts » et de consultants vivent confortablement de ce système, souvent avec un sentiment de supériorité morale. Une faible partie des sommes allouées au développement ou versées via des ONG parvient directement aux populations concernées, car il faut d’abord entretenir cette lourde machinerie de l’aide, dont le discours pseudo généreux vise avant tout à se perpétuer.

L’aide au service de nos intérêts !

Il ne s’agit pas de nier que certains projets peuvent avoir des effets positifs à court ou moyen terme, mais cela ne constitue pas un modèle de développement. Le temps du paternalisme et du néocolonialisme est révolu. L’aide internationale doit désormais être alignée sur nos intérêts stratégiques : contrôle des migrations, lutte contre le terrorisme, préservation de la nature, voire limitation des naissances. Les pays donateurs n’en seront que davantage respectés, car nul n’est dupe du mirage de l’aide au « développement ».

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Alain Destexhe
Médecin et sénateur honoraire belge. Son dernier livre paru : "Mayotte : comment l'immigration détruit une société" (Texquis, 2025).

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Pas besoin de « sommet « pour savoir que ça ne sert à rien, sinon à nous piquer toujours plus de sous
    Donc ça sert à rien donc on ne donne plus rien, message passé, merci

  2. J’ai confondu A, Guterres avec notre bon G. Larcher. Ils se ressemblent, la cantine doit être aussi bonne à l’ONU qu’au Sénat.

  3. EXCELLENTE étude dont toutes les facettes méritent d’être diffusées à l’intention des « honnêtes gens » dupées par les « malins » qui savent exploiter une présentation fallacieuse de l’état des lieux à l’échelle internationale !…

  4. IL n’y a rien à faire , il y aura toujours des hommes politiques évincés qui poursuivront leurs discours sans saveur ni odeur dans des organismes comme l’ONU, comme Cécile Duflot , Directrice Générale d’OXFAM qui a revendiqué le plafonnement de son salaire à 480 mille euros par an.
    Voila un bel exemple que Guterres poursuit bien.

  5. Si l’aide au développement servait à quelque chose ça se saurait ! En effet, étant donné les centaines, les millions de milliards versés depuis des décennies à certains pays pour leur développement, ces pays devraient être devenus bien plus riches que la France. Sauf, évidemment, si ces pays sont dirigés par des idéologues corrompus ou par des dirigeants aussi incompétents que ceux qui dirigent notre pauvre France, ce pays dont les gueux qui travaillent sont les plus spoliés du monde !

    • Ca sert,comme pour les  » associations » a nourrir des politiques ou des militants qui ne savent rien faire d’autre que dépenser
      notre argent
      e

    •  » ces pays devraient être devenus bien plus riches que la France. » Un seul l’est devenu, et largement : la Suisse, le pays des banquiers.

  6. Les seules vraies aides au développement ce fut la colonisation française et espagnole qui, contrairement à celle des Anglais, fut d’intégration.

  7. L’ONU , centre géopolitique du socialisme mondialiste tente depuis des années , de modeler la planète a sa guise . Elle prélève des milliards d’un côté et les redistribue (en partie) aux régions du monde qu’elle affectionne . Le président Trump a quitté ce tripot idéologique ruineux et inutile.

  8. Nous suons sang et eaux pour entretenir une vaste machinerie de détournement de notre argent. Combien de rétro-commissions dans ce basard ?

  9. L’aide au développement demeure une nécessité absolue, à moins que nous ne vivions en autarcie.

    • Les pays « en voie de développement » devraient appliquer l’adage aide toi , et le ciel t’aidera . Au lieu de cela leurs dirigeants pillent les aides internationales pour se remplir les poches , ou construire des tunnels comme à Gaza , et si une organisation décide de contrôler où va l’argent , elle est aussitôt taxée d’ingérence .

    • C’est bien, vous serez d’accord pour payer plus d’impôts alors et accueillir aussi quelques malheureux migrants chez vous ?
      Je ne vois pas ce que l’autarcie va voir là dedans, c’est le fait de n’avoir aucun échange commercial, là on ne fait que DONNER, une fois de plus vous employez des termes dont vous ne connaissez pas la définition, ce n’est pas nouveau

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