[TRIBUNE] Colonialisme français : le sujet qui fâche

La plupart des pays colonisés par la France ont profité de cette politique généreuse aujourd'hui déclarée spoliatrice.
@Wikimedia commons
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« L’Afrique noire est mal partie », prophétisait, au milieu du siècle dernier, René Dumont, agronome écologiste, qui s’inquiétait de l’incapacité des pays du Sahel à développer par eux-mêmes leurs ressources agricoles, minières, artisanales et commerciales. Échappaient à cette critique ceux dont les nouveaux dirigeants avaient siégé au Parlement français avant l’indépendance, tels l’Ivoirien Houphouët-Boigny vice-Président du Sénat, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, ancien ministre de la France, et d’autres qui avaient siégé dans nos instances publiques.

À l’exception de ces élus préparés à conduire le destin de leur pays sous le bénéfice de leur expérience politique française, d’autres n’ont pas réussi à s’imposer longtemps chez eux. Dans la fièvre de l’indépendance acquise, ils ont été rapidement remplacés par des partisans forcenés de la rupture avec l’ancien colonisateur, tel le Guinéen Sekou Touré, ce qui les rendaient populaires. La compétence, la probité, ce n’était pas leur sujet, prioritairement préoccupés qu’ils étaient à se maintenir au pouvoir, à se prémunir de toute fâcheuse péripétie, à se ménager un exil doré - dans l’Hexagone, pourquoi pas.

Bien-pensants tiers-mondistes

La plupart des pays colonisés par la France - pour, selon l’intention de Jules Ferry, promouvoir les bienfaits de la civilisation occidentale, organiser le développement et assurer la paix - ont profité de cette politique généreuse aujourd’hui déclarée spoliatrice par les bénéficiaires. Ce le fut au prix du sang de nos soldats et avec l’argent de nos contribuables. Or, contrairement aux certitudes énoncées sans preuves par ceux qui dénoncent l’exploitation des pays colonisés par la France, une étude réalisée par des experts rigoureux tend à démontrer que sa colonisation a coûté plus cher à la France qu’elle ne lui a rapporté. Au risque de hérisser les bien-pensants tiers-mondistes, nous sommes tentés de le croire et de rappeler les pratiques coloniales qui honorent la France, sans cependant nier les abus dénoncés.

Car, contrairement aux Anglais qui ont laissé leurs conquêtes s’autogérer tout en s’appropriant une partie de leurs richesses et - pire - aux Belges qui ont pillé les vastes ressources minières du Congo, la France a, en Afrique comme en Asie, financé l’éducation, la santé, la protection des citoyens, l’investissement, le quadrillage portuaire et routier et la formation en métropole d’une élite, et à l’équivalence de la sienne. Et elle continue son mécénat au titre d’une coopération d’État à État et du versement, chaque année, de 15 milliards d’euros à l’Agence française pour le développement dont l’emploi, centré sur les sciences humaines au détriment de la croissance économique agricole et artisanale, est éminemment contestable.

En dépit de ces soutiens nationaux et internationaux, dans la plupart des ex-colonies françaises, les populations déplorent la faillite des fonctions régaliennes de l’État, la lente dégradation de l’organisation des filières agricoles, la fermeture d’écoles et de dispensaires de proximité, le recul des services publics et de la sécurité des citoyens. À titre d’exemple, il en est ainsi du Cameroun qui, pourtant, n’est pas encore exposé aux conflits ethniques et génocidaires des nations voisines ayant chassé la France pour lui préférer la Chine ou la Russie, nouveaux colonisateurs intransigeants et cupides. Et pourtant, en dépit de ses malheurs et souffrances, le peuple camerounais vient à nouveau de confier son destin à un président nonagénaire et manipulateur, reconduit pour un huitième mandat après quarante ans d’exercice du pouvoir.

L’Afrique est victime d’elle-même. Le salut de ses pauvres, ils l’ont compris, c’est la grande marche vers les pays du Nord ; elle est inéluctable et imparable. C’est une question de temps.

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François Guillaume
Ancien ministre de l’Agriculture

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Contrairement à ce qu’a dit notre Président actuel, que j’estime sans culture historique nationale, la France n’a pas fait de génocide en Afrique lors de ses différentes phases de colonisation même si celles-ci n’ont pas été des parcours de santé.
    Son raccourci insulte nos administrateurs, nos militaires, nos explorateurs, nos paysans et nos citoyens dont beaucoup ont œuvré pour le développement de ces nouvelles contrées sous les ordres des pouvoirs politiques de l’époque, n’oublions pas que les socialistes sont à l’origine des colonisations.
    Tous les pays dans laquelle la France s’est retrouvée impliquée n’ont pas gardé un mauvais souvenir de son passage et son départ n’a pas toujours été violent comme à Pondichéry où les habitants jouent encore à la pétanque.
    Les séparations n’ont pas toujours été violentes sauf quand elles ont été initiées par des idéologies venant de l’extérieur, les indépendances étant demandées par des partis communistes ou révolutionnaires.
    La France a laissé des pays avec des frontières acceptées par tout le monde (les états africains ont signé des accords pour ne pas toucher aux frontières issues de la colonisation) des infrastructures et un état.
    Pour avoir fait la guerre pour certains de ces pays après leur indépendance j’ai souvent entendu des paroles de populations locales qui demandaient ‘’quand est-ce que la France reviendrait’’ ?

  2. En général j’apprécie assez le ton de BV mais ici je lis un pur mensonge, injurieux pour moi (qui y suis né) pour ma famille, pour mon roi et mon pays. Quoiqu’en disent les puissances européennes qui ne nous ont jamais pardonné l’habileté de Léopold II qui permit à un tout petit pays de coloniser le pays le plus riche d’Afrique, la Belgique se montra le meilleur des colonisateurs.
    Deux trois exemples: 100% des enfants y étaient scolarisés en 1959 dans plus de 25.000 écoles (sans compter les écoles professionnelles et Jusqu’à deux universités) En 1958, le PIB par habitant était de $90. Il était le plus élevé d’Afrique.
    L’accroissement du PIB total de 1920 à 1959 est en moyenne de 4,8 % par an, celui du PIB commercialisé est de 5,9 % par an ce qui est exceptionnellement élevé.
    Par contre il ne serait pas faux d’affirmer que pour le Congo (comme pour d’autres) la décolonisation, elle, fut une catastrophe: Une étude récente du Fonds Monétaire International a calculé que pour rattraper le niveau de vie connu au Congo en 1959, à raison d’une croissance de 5 % par an, il faudrait attendre l’année 2075 soit 115 ans après l’indépendance.
    Oser dire que la Belgique a pillé les richesses du Congo est donc bien une énormité injurieuse et insupportable , et des excuses seraient bienvenues !

    • Je ne suis pas belge mais, ancien coopérant français sachant tous les efforts déployés pour aider nos anciennes colonies à progresser, je suis d’accord avec vous à propos du Congo belge. La Belgique avait d’excellents administrateurs coloniaux qui ont fait de leur Congo un pays qui progressait sur tous les plans

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