Toulon et le Var, têtes de pont d’un cartel mexicain
La police a mis fin à une organisation révélatrice de l'ampleur prise par le trafic de drogue, en France. L’affaire débute un an en arrière avec la saisie par les douanes, le 18 juin 2024, de 215 kilos de cristaux de méthamphétamine, près de Brignoles, dans le Var. Remontant la filière, les gendarmes démantèlent le réseau, aboutissant, le 19 mai dernier, à l’interpellation de quinze personnes. On apprend aujourd’hui, par un communiqué du procureur de Marseille, que c’est le cartel de Sinaloa, un État du nord-ouest du Mexique, qui a envoyé ses chimistes pour former nos laborantins varois.
Remarquable efficacité de nos services de police
Le laboratoire était installé dans une luxueuse villa de l’arrière-pays, près de Toulon. Selon les enquêteurs, 400 kilos de méthamphétamine en seraient sortis, durant le seul printemps 2024, pour un montant à la revente estimé à 11 millions d’euros. L’un des deux individus arrêtés lors de la saisie de juin 2024 - tous deux déjà « bien connus des services de police » pour trafic de cocaïne dans le sud de la France, à l’époque en lien avec la mafia italienne – est le beau-frère d’un membre du cartel de Sinaloa.
Il y a peu de motifs de se réjouir, par les temps qui courent, alors quand passe une occasion, il faut la saisir. Le coup de filet du 19 mai en est une en ce qu’il témoigne de l’extraordinaire efficacité de nos services de police. France Bleu nous révèle en effet que, pour cette opération de grande ampleur, les 190 gendarmes du Var et de la section de recherches de Marseille étaient « épaulés par des gendarmes des Bouches-du-Rhône, des Alpes-de-Haute-Provence, de Dordogne, des Yvelines, ainsi que des militaires de la gendarmerie maritime, des transports aériens et du PSPG (peloton spécialisé de protection de la gendarmerie) de Cadarache ». À quoi il faut ajouter les services de nos voisins européens, des intermédiaires et revendeurs de méthamphétamine ayant été localisés en Belgique et en Espagne. C’est d’ailleurs l’agence Europol qui a révélé, mercredi, que ce sont bien des chimistes du cartel de Sinaloa qui ont formé l’équipe du laboratoire démantelé près de Toulon.
Interrogé par France Inter, Bertrand Monnet, professeur à l'EDHEC Business School, spécialiste de l'économie du crime organisé qui a enquêté au cœur du cartel mexicain, explique que celui-ci « utilise des dosages très précis qu'il ne souhaite pas partager avec ses "associés" sur les différents continents où il opère ». Raison pour laquelle ils utilisent « systématiquement un ou plusieurs "commerciaux" pour ce genre d'opération, en lien souvent avec de grandes organisations criminelles régionales pour contrôler la logistique et les flux financiers ».
Des complicités locales
Il a été établi que la matière première nécessaire à la réalisation de la drogue de synthèse provenait de Chine. Arrivée par bateau, elle était discrètement transportée par la route jusque dans le Var avec la complicité d’entrepreneurs locaux. Parmi les quinze personnes interpellées figurent ainsi plusieurs chefs d’entreprise.
On sait que Toulon, fleuron de la marine française, eut, dans la seconde moitié du siècle dernier, des liens troubles avec le crime organisé. Les anciens se souviennent des amitiés douteuse du maire Maurice Arreckx, sénateur et président du conseil général du Var jusqu’en 1995, condamné dans des affaires de corruption et mêlé à l’assassinat de la députée Yann Piat (élue du FN, puis de l’UDF). Membre de la commission d’enquête sur la pénétration de la mafia en France, dénonçant la collusion de celle-ci avec les politiques varois, elle sera abattue par deux hommes à moto, le 25 février 1994.
Nettoyée après les années noires, la ville de Toulon est entièrement rénovée ; le centre de la vieille ville aujourd’hui est calme, tourné vers le tourisme et les activités du port marchand d’où partent en nombre les ferries pour la Corse et les Baléares. Hélas, comme tout le pays, Toulon n’échappe pas aux trafics, florissants dans les cités de la périphérie où l’on a, comme partout là encore, entassé en masse les populations immigrées, venues pour beaucoup travailler dans les chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. La désindustrialisation conduite sous l’ère Mitterrand les a laissées sur la touche, fabriquant des générations de jeunes amers et parfois sans autre vision d’avenir que les trafics
Les effectifs de police, municipale et nationale, ont été renforcés et le taux de criminalité est en baisse, cette année. Malheureusement, si, par la présence de l’arsenal, la Marine nationale préserve le cœur de ville, Toulon n’en est pas moins l’arrière-cour de Marseille…
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts
































22 commentaires
Normal! Police débordée et souvent empêchée d’agir, justice défaillante et parfois complice, de la main d’oeuvre recrutable dans une partie de la population……Un terrain de jeu idéal pour les cartels de la drogue (pas toujours mexicains, d’ailleurs)…
Les produits stupéfiants vont devenir les symboles de la mondialisation (mal)heureuse souhaitée et encouragée par notre responsable élyséen .
Les produits bases de cette drogue sont arrivés par un container chinois, quand fera t on le tri parmi les dockers qui touchent pour fermer les yeux ? et quand l’on voit arriver des mexicains dans des aéroports ne pourrait on pas les suivre mieux ? et tous ces petits aéroports pour avions de tourisme dans toute la France, les surveille t on suffisamment ? Etant Toulonnaise j’ai bien connu la période de l’assassinat de Yann Pia et je me rappelle bien des entrepreneurs mis en garde à vue à cette époque et blanchis et je peux vous dire que par mon travail cotoyant le domaine de la construction certains retraités maintenant n’étaient pas blancs comme neige et les ouvertures de plis au moment de chantiers étaient dépoyées dans des conditions peu normales !! mais le fric a toujours tout gâché et certaines municipalités fermaient et ferment les yeux !! hélas !!
Très juste, Madame. Et quand dans le port de Marseille, les navires des douanes sont affublés des drapeaux de la CGT, qui les en empêche ?
Trafic de drogue c’est quelques années en prison. A quand des sanctions très lourdes et sévères pour ses destructeurs de vie et de famille?